L’Europe et les continents

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La notion de continent est géographique, non identitaire. Il n’y a que les Européens qui affirment leur identité par rapport à un continent.

Par Jean-Baptiste Noé.

Lors d’un dîner amical, la semaine dernière, nous étions six à table. Deux Français et quatre Américains : un Brésilien, un Étasuniens, un Canadien, un Chilien. Je fis remarquer que les Américains étaient majoritaires ce soir-là, ce qui ne plut guère à la personne qui venait de Chicago. « Nous sommes les vrais Américains » dit-il. « Personne ne se définit par son appartenance continentale ».

Ce qui est vrai. Personne ne se sent attaché à un continent. Les Chiliens sont Chiliens, les Japonais, du Japon, non pas Asiatiques. La notion de continent est géographique, non identitaire. Il n’y a que les Européens qui affirment leur identité par rapport à un continent. Sauf que l’Europe, justement, n’est pas un continent. Du point de vue géographique l’Europe n’est pas distincte de l’Asie, ce n’en est que la péninsule prolongée, ce que faisait déjà remarquer Paul Valéry. C’est pourquoi beaucoup parlent de continent eurasiatique. Mais l’Europe n’est pas l’Empire romain, qui a contrôlé l’Afrique et l’Asie.

L’Europe n’est donc pas, de prime abord, une existence géographique. C’est d’abord une existence identitaire, c’est-à-dire culturelle. Être Européen, c’est donc se rattacher en premier à une culture particulière, avant que d’être le fils d’un bout de terre. Voilà ce que comprennent bien les personnes non Européennes. Comme quoi, le regard extérieur est toujours utile pour se connaître. Ce qui renvoie aussi à la construction de l’Union Européenne, que certains voudraient limitée à un territoire ou bien à des considérations seulement économiques. C’est conduire l’Europe à l’échec. Car l’Europe est d’abord une culture, ce que les Américains, les vrais, ont bien compris.


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