« Ils ont tué l’histoire-géo » de Laurent Wetzel

L-histoire-geo-WETZEL

Sous la présidence de Sarkozy, l’enseignement de l’histoire-géo en terminale scientifique a été rendu facultatif. Laurent Wetzel a écrit un essai sur le sujet.

Sous la présidence de Sarkozy, l’enseignement de l’histoire-géo en terminale scientifique a été rendu facultatif. Laurent Wetzel a écrit un essai sur le sujet.

Par Francis Richard.

En France l’enseignement est un quasi-monopole d’État. Il est quasiment impossible de créer une école libre qui ne soit pas sous contrat… Qui dit monopole d’enseignement, dit monopole des programmes. Dans ces conditions, quand on veut tuer une matière humaniste, obligatoire jusqu’alors, il suffit de la rendre facultative.

L’éducation nationale française, sous la présidence de la République précédente, a ainsi rendu facultatif, en 2009, l’enseignement de l’histoire-géo en terminale scientifique. Cette décision catastrophique a fait bondir Laurent Wetzel. Normalien, agrégé d’histoire, ancien enseignant d’histoire-géo, ancien inspecteur d’académie – inspecteur pédagogique régional d’histoire-géographie, il a pris sa plume et, de sa plus belle encre, a écrit un essai sur le sujet.

Les différentes pétitions – appels du 6 décembre 2009 dans Le Journal du dimanche et du 10 décembre 2009 dans Le Monde notamment – et articles de presse n’ont pas alors infléchi la position de Nicolas Sarkozy et de Luc Chatel, ministre de l’Éducation nationale …

Retraité, Laurent Wetzel n’est plus tenu au devoir de réserve et ne se tient donc plus sur la réserve.

Ainsi relève-t-il le faux grossier qui figure dans l’énoncé du sujet d’histoire médiévale au concours de l’agrégation d’histoire 2011. Ainsi relève-t-il les erreurs historiques graves qui émaillent le corrigé inclus dans le rapport sur le concours d’accès 2011 au corps des professeurs de lycée professionnel et publié début 2012.

Laurent Wetzel ne s’arrête pas en si bon chemin. Il passe « en revue une série d’inexactitudes révélatrices relevées dans les textes ou les directives publiées par le ministère de l’Éducation nationale ». Parmi ces inexactitudes, il y a celle de présenter un Voltaire idéalisé en défenseur de la tolérance, alors que, par exemple, il n’a jamais épargné les Juifs de sa haine, comme le prouvent les multiples citations faites par l’auteur.

Pour un normalien digne de ce nom, rien n’est plus rédhibitoire que d’écrire dans un charabia qui aurait certainement fait les délices de Molière. Un véritable charabia est pourtant employé dans un ouvrage intitulé Aides à la mise en œuvre des nouveaux programmes (sous-entendu d’histoire, de géographie et d’éducation civique) et publié depuis 2009 par le Centre régional de documentation pédagogique de l’Académie de Versailles. Extrait :

Chaque temporalité peut avoir une multiplicité d’acteurs sociaux et il importe de bien expliquer aux élèves que leur saisine est toujours un acte intellectuel. On montre que l’individu, le groupe d’individus, la catégorie sociale, etc., ou bien la somme emboîtée et dialectisée de tous ces acteurs, est bien captée et fixée dans une temporalité précise.

Laurent Wetzel cite de nombreux extraits de ce tonneau-là, sans faire de commentaires. Il a bien raison. Ils se passent de commentaires…

Laurent Wetzel montre que l’exemple vient d’en haut et il épingle François Fillon, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Nadine Morano, Cécile Duflot, Bruno Le Maire, François de Mazières (député-maire de Versailles). D’être bardés de diplômes ne les a pas empêchés de proférer de grosses contrevérités historiques et géographiques. Ils auraient pourtant trouvé les bonnes réponses dans les manuels actuels de classes primaires et secondaires…

Le milieu de l’Éducation nationale ne trouve pas davantage grâce aux yeux de Laurent Wetzel. Sa description argumentée des comportements des inspecteurs généraux en général, de deux directeurs généraux de l’enseignement, d’un recteur d’académie et d’un secrétaire général, en particulier, en donnent une image méconnue et guère reluisante.

Laurent Wetzel espère que le gouvernement actuel reviendra dès 2013 sur la décision de 2009 de rendre facultatif l’enseignement de l’histoire-géo en terminale scientifique, que les professeurs en ces matières seront inspectés par des personnes compétentes et que la parole leur sera rendue. Car, il ne faut pas se voiler la face : l’Éducation nationale française connaît un désastre sans précédent et il ne faut surtout pas demander aux « experts » qui en sont responsables d’y remédier.

En conclusion de cet essai, l’auteur, après avoir exprimé l’impératif de se souvenir de Victor Duruy, qu’il considère comme un modèle de ministre de l’Instruction publique, écrit ces lignes :

L’histoire et la géographie concourent à développer en chaque élève ce que Pascal appelait « l’esprit de justesse », celui qui consiste à « pénétrer vivement et profondément les conséquences des principes ». C’est plus qu’assez pour ne pas négliger leur enseignement.

Oui-da, pour être un honnête homme, au sens du XVIIe, un scientifique ne peut se contenter de l’esprit de géométrie…

• Laurent Wetzel, Ils ont tué l’histoire-géo, 152 pages, François Bourin Éditeur, 2012, 152 pages.

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