Encore un siècle américain et pas chinois

Le modèle de développement économique chinois s’essouffle tandis que les États-Unis connaissent un regain de croissance.

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Encore un siècle américain et pas chinois

Publié le 26 mars 2013
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Le modèle de développement économique chinois s’essouffle tandis que les États-Unis connaissent un regain de croissance.

Par Guy Sorman.

Le taux de croissance chinois ne doit pas faire illusion : tombé en-dessous de 8% (en admettant que les statistiques chinoises soient fiables), la croissance chinoise n’est plus suffisante pour absorber dans le secteur industriel les cent millions de paysans pauvres qui, chaque année, essaient de gagner les villes. Ce ralentissement de la croissance chinoise s’explique par un épuisement du modèle adopté il y a trente ans, basé sur l’exploitation d’une main-d’œuvre à bon marché, sous-traitant pour le marché mondial, en particulier pour le consommateur américain. Les salaires chinois ne cessent d’augmenter, de l’ordre de 10% par an, en raison de la concentration des ouvriers dans les villes qui deviennent plus exigeants et du taux d’inflation pour les produits courants que l’on estime à 10%. La Chine devrait changer de modèle pour améliorer la qualité de sa production et innover, mais des causes structurelles s’y opposent. Il est très difficile de devenir entrepreneur en Chine sans l’aval du Parti communiste ; de plus, les crédits bancaires vont en priorité au secteur public : les épargnants qui sont nombreux ne peuvent pas investir dans des entreprises nouvelles : leur épargne se dissout sur des comptes bancaires dont la rémunération est inférieure à l’inflation ou dans des investissements immobiliers absurdes qui, tôt ou tard, seront détruits par l’éclatement de la bulle spéculative.

Cette congélation du marché financier chinois, le contrôle de l’économie par les apparatchiks du Parti, l’absence de propriété intellectuelle protégée dissuadent l’innovation. La quasi-totalité des brevets chinois ne valent qu’en Chine et il n’existe aucune invention ou marque significatives Made in China.

L’avantage comparatif des exportations chinoises vers le monde développé risque fort aussi d’être érodé par deux grandes zones de libre-échange dont la négociation est imminente, entre les États-Unis et l’Union européenne à l’Ouest, et entre tous les pays démocratiques riverains du Pacifique à l’Est. Dans les deux cas, la Chine n’a pas été conviée à ces négociations.

Sans aucun doute, les nouveaux dirigeants chinois connaissent toutes ces menaces, mais sauront-ils transiter vers un nouveau modèle économique ? On en doutera parce que cette transition aurait de sérieuses répercussions politiques, comme la convertibilité de la monnaie chinoise qui conduirait à une fuite de capitaux et à un effondrement du secteur public qui reste la base du Parti communiste. Le nouveau Président Xi Jinping n’a d’ailleurs manifesté aucune intention de faire évoluer ni le modèle politique ni le modèle économique.

Les États-Unis paraissent d’autant moins menacés de perdre leur leadership économique (et militaire) que la crise de 2008 paraît bien effacée. Une croissance de 3% pour 2013 est envisageable et le chômage s’en est retourné à un taux acceptable de 7,5%, touchant avant tout les travailleurs non qualifiés. On retiendra surtout que ce regain américain est dû à la création d’entreprises nouvelles et à l’émergence de produits et services nouveaux ; le Dakota du Nord a actuellement un taux de croissance de 9% grâce à l’exploitation du gaz de schiste. On assiste aussi à une ré-industrialisation des États-Unis parce que l’innovation (robotisation et duplicateurs en trois dimensions) restaure les marges compétitives des produits Made in USA. Le vingt-et-unième siècle devrait être américain ; on doutera qu’il soit chinois.


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  • eh ouais, la Chine TANGue – promo sur les oeufs de cent ans en ce moment, foncez y’en aura pas pour tout le monde.

  • Bonjour,

    Il paraît qu’ils ont des accents keynésiens et ont construit pas mal d’infrastructures d’états, aéroports, routes et même villes fantômes … et qu’une bulle immobilière est sur le point d’exploser …

    • Ils ont surtout des accents hollandais : le changement, c’est maintenant. Il est toujours surprenant, quand on y revient après 5 ans, de découvrir que l’aéroport fantôme a été multiplié par deux et qu’il bourdonne d’activité, ou les embouteillages sans fin sur l’autoroute où on avait vu les cantonniers guère gênés par le trafic balayer la voie de gauche. Quant à la bulle immobilière, hum, combien de m2 de logement par habitant en Chine ?

      Je suis assez d’accord sur le principe avec l’article, mais c’est un instantané, valable quelques années tout au plus, qui ne présage en rien du siècle.

  • Si le taux d’inflation réel est de 10% tandis qu’il est officiellement fixé à 3%, cela signifie que la croissance chinoise n’est pas de 8% mais plutôt de 1%. Retour au réel pour le PCC ?

  • Les États-Unis sont sous perfusion monétaire, donc ils iront « bien » tant que Bernanke jouera avec les photocopieuses de la FED. Après cela, je ne donne pas cher de la croissance réel du pays…
    La Chine est par contre en effet dans un état peu reluisant, je suis d’accord.

  • Marque chinoise, huawai, zte.

    Olivier delamarche n’a pas le même enthousiasme aux sujets des Etats-unis.
    http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=Z6TRAJeTfZM

    http://www.shadowstats.com/alternate_data/unemployment-charts

  • En forme contrepoint aujourd’hui !

    7.5% de chômeur quand on enlevé des statistiques ceux qui nous gènes, en voila de la bonnes statistiques, et après on a l’outrecuidance de se moquer de celles chinoises…

    En voila une belle jambe, un état sur 50 qui fait une croissance sur une énergie qui n’est pas partout aux US. Cela va t’il permettre de résoudre l’incommensurable dette américaine.

    Bref Chine et US sont dans le même bateaux et se tiennent l’un l’autre et tous deux ont leurs problèmes qui risquent fort de leur péter à la figure. Pour l’instant le chiffon est agité par l’Europe et c’est bien ce qui sauve cette situation du je me tient-tu me tien.

    • je vois l’effondrement de toutes les grandes puissances

    • +1 Eagle

      rajoutons le fait que les Quantitative Easing à répétition risquent un jour ou l’autre de se terminer en bulles provoquées par le malinvestissement.

      L’Amérique est bien mal embarquée.

  • Oui mais ils flinguent leur monnaie a coup de quantitative easing. pour les citoyens, les banals habitants, pour les gens moyens, le XXIeme siecle sera encore et toujours Suisse…

  • Un tout petit détail : en détenant une bonne partie de la dette américaine, la Chine a fait mine de rien des USA une « ferme » ou une colonie. Idem avec ses investissements en Afrique, Amérique du Sud, etc.
    Donc, où que se produise l’essor elle est gagnante 🙂

    Notons, pour notre modestie, les prises de participations minimes de la Chine dans nos rutilants pays. Cela en dit long …

  • @ Eagle,

     » En voila une belle jambe, un état sur 50 qui fait une croissance sur une énergie qui n’est pas partout aux US.  »

    Sorman n’a pas dit que le Dakota du nord était le seul état qui tirait de la croissance avec le gaz de shiste; il a seulement évoqué cet état en exemple car il tire une très forte croissance grâce à cette énergie. D’autre états sont aussi producteurs de gaz de shiste comme le Texas, la Pennsylvanie ou l’Arkansas qui tirent aussi une croissance non négligeable par leur production de ce gaz.

    L’avantage des USA sur la Chine réside dans l’innovation. C’est ce dernier le moteur d’une croissance viable à long terme. Les USA sont avec le Japon les pays les plus productifs en matière de brevets validés dans le monde. Les américains placent aussi chaque année leurs chercheurs dans plusieurs attributions de nobel scientifique et médicale.

    Les Steeve Job et les Bill Gate sont américains et non chinois. L’état des USA peut faire faillite à cause son énorme dette publique. Cela restera virtuel. Son secteur privé très diversifié reste un atout non négligeable pour tirer de la croissance.

    Rien à voir avec certain pays comme l’Espagne ou la Grèce dont leur économie dépendait essentiellement du tourisme et du secteur de la construction.

    D.J

    • « Les Steve Jobs et les Bill Gates sont américains et non chinois »
      Ce sont surtout des symboles de la fin du 20e siècle. Leurs remplaçants du siècle nouveau pourront-ils reprendre le flambeau ? C’est possible, mais loin d’être certain. Les Chinois sont-ils disqualifiés à priori dans cette course ? C’est loin d’être évident, le désir d’innover, d’arriver, est bien plus présent chez leurs jeunes qu’aux US, mais l’environnement est bien moins favorable. Nul ne peut dire où s’établira l’équilibre…

  • Un petit répis n’est pas une victoire. La Chi-chine se diversifie, mais on ne peut plus l’ignorer.

    • Les effets de l’inflationnisme mettent énormément de temps à se faire sentir en profondeur dans la société économique mondiale, c’est seulement lorsque la société mondiale dans son ensemble commencera vraiment à souffrir durement de l’inflationnisme de la FED que les Etats-Unis commenceront eux-mêmes à vraiment souffrir, par un argument évident basé sur l’échange. Et là, ce sera la fin.

  • La reprise US n’est vrai que dans les chiffres. L’essentiel des créations d’emploi sont faites dans le secteur publique, la FED fait marché la planche à billet et le taux de chômage est « bidonné » : on ne compte pas les gens ayant arrête de chercher un emploi, et ils sont beaucoup, d’autant qu’il n’y a pas d’indemnité chômage les poussant à se faire enregistrer comme demandeur d’emploi. Si on regarde les statistiques : sur l’ensemble de la population dite « active », ils étaient 68% en 2010 à travailler, ils ne sont plus que 62% aujourd’hui : 5 points d’actifs qui travaillaient en 2010 ne travaillent plus en 2012.

    Non les américains ne sont pas de retour à la croissance, et les plans d’économies notamment dans le secteur militaire (où les demandes publiques tirent clairement l’industrie) qui vont sérieusement mettre du plomb dans l’aile au retour de la croissance au USA. D’autant qu’à cela s’ajoute des problèmes politiques concernant certaines envies d’indépendance notamment du Texas (dont le statut particulier leur permettrait d’être facilement indépendant)

    De la même manière, en Chine, la croissance ne baisse que peu, le problème majeur, c’est nourrir tout le monde : il y a un gros risque de mouvement sociaux d’ampleur en Chine de par des contraintes en termes de ressources et de nourriture.

    Sinon, j’aimerais en savoir un peu plus sur cette histoire de zone de libre-échange entre l’Amérique du Nord et l’Europe, parce que ça me parait extrêmement pompeux.

  • si Sorman vit entre Paris et New York CELA DOIT ÊTRE TRÈS HUMIDE CE QUI EXPLIQUE SONT RHUM!!!! DE CERVEAUX …….

  • N’oubliez pas que les chinois ont génocidé leur propre population féminine, les conséquences des infanticides depuis 15-20ans commencent à montrer leur conséquences, sex ratio de 125garçons pour 100 filles.

    Notons que l’enseignement ultra élitiste en chine n’est pas bon pour l’innovation, et pour preuve, malgré leur force de frappe, les chinois ne savent pas se démarquer par la qualité, l’inventivité.

    Leur système ne laisse aucune chance aux gens inventifs, comme en france, on donne TOUT aux gens qui ont simplement des bonnes notes, regardez donc comment sont parachutés les ingénieurs du corps des mines

    Un mec comme steve jobs, n’aurait eu aucune chance en france ou en chine

  • quand on voit l’americain moyen, obèse, borné, toujours fourré dans son eglise ou son temple, perclu de dettes pour pouvoir rouler en 4×4. on a du mal a imaginer qu’ils resteront longtemp encore la première economie mondiale.
    si le gaz de schiste fait baisser les couts au states, qu’est ce que se sera en chine, ou les reserves sont encore plus grande.
    la bulle immobilière en chine, c’est comme le serpent de mer. quand on voyage en asie, ca saute au yeux qu’ils peuvent encore construire des logement pendant tres longtemp.
    quand au  » model adopté il y a 30 ans  » , il a d’abord enrichi les campagnes avec la fin du collectivisme, c’est il y a 20 ans, que le système c’est retourné contre les paysans: baisse des prix agricoles, et exodes vers les usines. aujourd’hui, on en est plus la: forte hausse des salaires, qui permet l’ orientation vers le marché interieur, et nouvelle hausse des prix agricoles, qui devrait fixer a nouveau les paysans sur leurs fermes.
    la chine, pays surpeuplé, est le laboratoire du monde de 9 milliars d’habitants. china is back, le delaille lama peut cracher tant qu’il veut, il faudra compter avec l’empire du millieu.

  • Les commentaires sont fermés.

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