L’Église catholique : de droite ou de gauche ?

Saint Pierre de Rome (Crédit : WolfgangStuck, Creative Commons)

Une organisation religieuse qui cherche à influencer les politiques publiques peut-elle être vue comme opposant courageusement la vérité aux pouvoirs politiques ou imposant ses valeurs sur le reste d’entre nous ?

Une organisation religieuse comme l’Église catholique qui cherche à influencer les politiques publiques peut-elle être vue comme opposant courageusement la vérité aux pouvoirs politiques ou imposant ses valeurs sur le reste d’entre nous ?

Par A. Barton Hinkle, depuis les États-Unis.
Un article de Reason.

Saint Pierre de Rome

La question du jour : une organisation religieuse qui cherche à influencer les politiques publiques peut-elle être vue comme (a) opposant courageusement la vérité aux pouvoirs politiques ou (b) imposant ses valeurs sur le reste d’entre nous ?

Pour la plupart des gens, la réponse à cette question est : ça dépend. Imaginons que l’organisation religieuse en question est l’Église Catholique et Apostolique Romaine et que la politique publique compte forcer les institutions catholiques à payer pour les moyens de contraception de ses salariés ? Dans ce cas alors une Église qui s’oppose serait ou bien félicitée par les conservateurs (en général) pour son opposition de principe au nom de la liberté religieuse, ou bien dénoncée par les progressistes (en général) pour son comportement théocratique.

C’était la situation en 2012, quand le gouvernement Obama a dévoilé les premiers détails du projet de loi sur la contraception, et tout au long du débat qui s’en est suivi, et encore quelques mois plus tard quand l’administration a accepté un compromis.

Celui-ci (selon lequel les compagnies d’assurance devront en théorie payer elles-mêmes pour les mesures de contraception, et ainsi laisser les institutions chrétiennes en dehors de ça) ont davantage tenu du coup de pub que de la concession sincère, dans la mesure où la plupart des institutions de l’Église s’assurent elles-mêmes. Aussi plus de 40 diocèses, écoles et autres organes catholiques ont intenté un procès – conduisant beaucoup à répéter la plainte de Margaret Talbot, du New York Times. Ce procès, se lamentait-elle, « va intégrer l’Église dans le jeu de la politique partisane ». Mon Dieu.

Bizarrement, peu ont semblé avoir de telles peurs quand le groupe des sœurs catholiques the Nuns on the Bus [littéralement « les Nonnes en Bus »] se sont lancées le printemps dernier dans un tour de 9 États américains pour dénoncer les propositions pour le budget émanant de Républicains, et notamment celles de Paul Ryan, décrétées mesquines et cruelles. Et personne ne s’est lamenté non plus quand elles ont proposé à Mitt Romney de passer un jour avec elles, afin qu’elles puissent lui montrer ses erreurs ; ou même quand un groupe d’évêques catholiques s’est proposé de critiquer Ryan pour les « failles morales » de son plan budgétaire.

En fait, quelques-uns des critiques de l’Église ont soudainement souhaité être ses meilleurs amis pour toujours. Prenons ThinkProgress, le site internet du Center for American Progress et de la gauche conventionnelle. Pendant le débat sur la contraception, ThinkProgress a brodé encore et encore sur l’idée que l’Église tentait « d’imposer ses valeurs sur ses concitoyens », comme le dit un billet du 13 avril. Et pourtant, en août, le même ThinkProgress avait découvert les vertus de la participation des religions en politiques : « Des nonnes envoient des lettres à Romney sur son « malheureux manque de connaissance » à propos des pauvres », pouvait-on y lire.

Cela est d’autant plus étrange quand vous observez de plus près ce que les groupes catholiques voulaient dans chaque cas. Les institutions catholiques qui ne voulaient pas payer pour la contraception de leurs salariés n’ont pas interdit à ceux-ci son utilisation. Et ils ne voulaient clairement pas empêcher leurs non-salariés de le faire tout autant. Ils ne comptaient pas changer ce projet de loi pour quiconque d’autre – et enfin, ils n’étaient certainement pas dans l’optique d’interdire à la pharmacie du coin la vente de mesures de contraception.

Par contraste, les Nuns on the Bus et les évêques qui se sont opposés aux plans budgétaires de Ryan désiraient que la force coercitive du gouvernement permette la réalisation de la justice sociale qu’ils recommandent. Ils voulaient que les non-catholiques tout autant payent pour ce qui est leur interprétation de l’Évangile  En termes d’imposition des valeurs aux autres, ils vont donc beaucoup plus loin que dans le premier cas, où l’Église voulait juste qu’on la laisse tranquille.

William McGurn l’a vu certainement ainsi. Il y a quelques mois, l’éditorialiste conservateur pour le Wall Street Journal a déclaré que selon lui l’Église Catholique « représente probablement la seule institution dans le monde qui parle toujours le langage de la Déclaration Américaine des Droits et Devoirs de l’Homme ». C’était durant le débat sur la contraception. Alors que des catholiques commençaient à attaquer Paul Ryan, McGurn chantait un autre refrain: « Aujourd’hui, se lamentait-il, « la poussée progressiste dans la vie du catholicisme américain a substitué une orthodoxie politique à celle religieuse. »

Un tel double-langage est en fait du réchauffé. Dans les années 80, on trouvait partout des évêques catholiques pour dénoncer la politique économique de Reagan, pour appeler à un gel de l’armement nucléaire ou pour soutenir les pauvres et incompris communistes du Nicaragua, etc. En 1985, ces évêques condamnaient le taux de chômage de 7,1% comme « moralement inacceptable » et réclamaient publiquement que le Congrès rejette les fonds pour le développement des missiles nucléaires MX. Tout cela laissait nombre d’individus à droite dans une certaine rage. C’était un lieu commun dans les cercles conservateurs de considérer l’Église catholique comme un groupe d’idiots utiles exploités par le Kremlin. La gauche de son côté considérait l’Église comme un fier et clair modèle de compassion dans un monde devenu fou. C’était la même chose, il y a un encore an, quand l’Église catholique défendait les droits des immigrants illégaux (par là gagnant l’opprobre de William F. Buckley) et exprimait des réserves sur les pactes de libre-échange.

La position catholique sur la peine de mort irrite la Droite. La position catholique sur l’avortement irrite la Gauche. Ceux engagés en politique sont tour à tout enragés ou ravis par l’Église. Et pourtant l’Église, qui raisonne de ses principes à des conclusions politiques et non pas dans le sens inverse, ne semble jamais tenir compte des prédispositions partisanes de ses positions.


Article original titré « Catholic Church: Right-Wing Pawn or Left-Wing Front Group? » publié le 27.08.2012 par reason.com – Traduction : YB pour  Contrepoints.