Amérique Latine : s’inspirer de la Colombie plutôt que du Venezuela

Les dérives autoritaires et gauchistes d’une partie de l’Amérique Latine (Venezuela en particulier) ne sont pas une fatalité, comme le montre la Colombie.

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Venezuela CC Andreas Lehner

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Amérique Latine : s’inspirer de la Colombie plutôt que du Venezuela

Publié le 18 mars 2013
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Les dérives autoritaires et gauchistes d’une partie de l’Amérique Latine (Venezuela en particulier) ne sont pas une fatalité, comme le montre la Colombie.

Par Daniel Hannan, depuis le Royaume-Uni.

Venezuela CC  Andreas LehnerOn peut déjà observer le début d’un culte d’Hugo Chávez à la Eva Perón. Les latino-américains aiment les martyrs, et la récente mort du président vénézuélien a suscité l’émergence de théories du complot bizarres, mêlant CIA et utilisation d’armes biologiques. Tout en étant colérique, sentencieux et mégalomane, le comandante restait populaire.

Un vieux dicton vénézuélien dit qu’il n’y a pas de bons ou de mauvais présidents, mais seulement des dirigeants lorsque le prix du pétrole est élevé ou faible. Chávez bénéficia d’une extraordinaire flambée du cours des hydrocarbures, mais l’argent ainsi gagné profita à peine aux villages et villes délabrés. En grande partie, il fut gaspillé dans le népotisme, avec la création d’un si grand nombre de ministères que les Vénézuéliens en ont perdu le compte. Les seules personnes qui gagnèrent (beaucoup) sous le régime chaviste furent les cadres du parti, avec leurs chemises rouges, qui garnissaient leurs bourses grâce à leurs contrats publics et furent vite surnommés les ‘boligarchs’ : ils jouèrent un rôle dans la révolution bolivarienne que Chávez lança.

Suite à ces événements, on peut se demander sur quoi reposait le succès du chavisme, non seulement au Venezuela, mais aussi aux alentours ? Le chavisme, à proprement parler, est un mot particulièrement approprié pour baptiser le phénomène : ses représentants aiment à souligner leur anti-élitisme en prononçant de ronflantes et vulgaires tirades par rapport aux standards des discours politiques latino-américains.

L’Équateur de Rafael Correa et la Bolivie d’Evo Morales suivirent le scénario Bolivarien à la lettre, en entravant leurs parlements et cours suprêmes, en ignorant leurs constitutions et en ‘refondant’ leurs sociétés sur des principes socialistes. Au Brésil, en Argentine, au Nicaragua, au Paraguay et même en Uruguay, traditionnellement bourgeois, les formes extérieures du constitutionnalisme furent respectées, mais le pouvoir sombra dans les mains de populistes gauchistes belliqueux.

Ce serait aller trop loin que de nommer ces leaders des dictateurs : ce sont des antiparlementaires plutôt que des antidémocrates. Après avoir été plus ou moins légitimement élus, ils démantèlent les contrepouvoirs : la justice, les partis d’opposition, les commissions électorales et les chaînes de télévision privées.

Pour rester populaires, ils s’inventent des ennemis et des conflits : avec Washington, avec le FMI, avec ‘les riches’ et, quand toutes les autres possibilités ont été employées, entre eux. Chávez menaçait continuellement la Colombie. Evo Morales parlait régulièrement des provinces boliviennes perdues au profit du Chili au 19ème siècle. Cristina Kirchner ne cesse de s’agiter à propos des Malouines.

Ils tentent tous de déplacer le débat, car la dernière chose que ces dirigeants veulent est d’être jugés sur leur bilan économique. Malgré le boom des matières premières dont l’Amérique du Sud aurait dû être un massif bénéficiaire, ils ont consacré un régime de corruption, d’inflation et de rationnements.

Pourquoi donc réussissent-ils à gagner ? La réponse provient en grande partie de l’échec du centre droit, qui a eu sa chance dans les années 1990 et l’a gâchée. Il n’y a guère qu’en Colombie et, dans une certaine mesure, au Chili, qu’existe un conservatisme populaire qui soit électoralement crédible. Ailleurs, les chefs de file de droite ont à peine commencé à comprendre la gravité de leur situation, et à libérer leur esprit de conquête. La politique en Amérique Latine a longtemps été le domaine de riches héritiers, à la peau blanche et bardés de diplômes obtenus à l’étranger. Le chavisme est une réaction de quinze ans contre ce système. Dans les quartiers pauvres, les gens votent pour punir les vieilles élites.

La tragédie latino américaine est facile à résumer. L’État fait trop et trop peu à la fois. Trop peu dans le sens où il n’est pas parvenu à bâtir un régime dans lequel les droits de propriété seraient garantis, les conflits seraient arbitrés par des magistrats indépendants et des recours seraient disponibles pour chacun ; trop dans le sens où il a géré des plans massifs de travaux publics, a nationalisé de grandes entreprises, et a acheté massivement l’électorat par l’argent public. Un tel système ne peut manquer d’être corrompu. Si vous avez un désaccord avec votre voisin, vous ne vous fiez pas au tribunal : vous téléphonez à votre ami qui connait une personne bien placée. Si vous voulez devenir riche, vous ne fabriquez ou ne vendez rien ; vous vous assurez d’obtenir un contrat du gouvernement. Après des années de gestion calamiteuse, la population se résigne : elle  élit des autocrates non pas avec l’espoir d’un avenir meilleur, mais avec un cri de rage.

Y a-t-il une échappatoire ? Oui. La Colombie est parvenue à s’extirper de la marée rouge, et l’ancien président Alvaro Uribe est arrivé à un niveau de reconnaissance dont les Bolivariens ne peuvent que rêver. Comment ? En partie en gagnant contre les groupes terroristes et en désarmant les milices, ce qui a permis à la Colombie de restaurer l’État de droit. En partie aussi grâce à un programme de privatisation qui entraîna une diminution des risques de népotisme.

À travers le continent, malheureusement, la politique demeure une lutte entre différentes factions étatistes, chacune cherchant à s’approprier la machine gouvernementale. Beaucoup d’électeurs se réfugient dans la résignation.

Et n’imaginez pas que cela ne puisse pas se produire chez nous. Nous n’avons qu’à regarder certains pays du sud de la zone euro. La démocratie représentative y est encore un phénomène relativement nouveau. Elle pourrait se montrer plus fragile qu’on ne le pense.

Sur le web. Traduction Barem pour Contrepoints.

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  • Ce n’est pas Eva mais Cristina Kirchner.

  • Pas d’accord avec l’auteur quand il inclut le Brésil dans sa liste de régimes populistes. c’était peut-être le cas du temps de Getulio Vargas (président qui s’était suicidé en 1954 après avoir dirigé ce pays en dictateur pendant un quart de siècle, directement ou indirectement). Grâce à la présidence de Cardoso (1995-2003), le Brésil a retrouvé une stabilité financière et monétaire qui a permis son décollage économique. Lula a eu l’intelligence de ne pas remettre fondamentalement en cause les résultats acquis par son prédécesseur. Ca ne veut pas dire que tout y est rose; en particulier, la corruption, la criminalité sont préoccupantes, le taux de pauvreté important, Mais le Brésil est loin de correspondre à la parodie de démocratie et d’économie que représente le Vénézuela.
    Le Brésil est aujourd’hui une plus grande puissance économique que la Grande-Bretagne. Et oui !
    L’Argentine, c’est autre chose. Ce sera peut-être la France dans une vingtaine d’années si nous continuons à prendre au sérieux les contines enfantines de nos politiciens.

  • si vous voulez voire a quelle point monsieur Hannan est un démocrate allez voire sur le site ultra conservateur américain Cato son diatribe anti europe , un vrai démocrate

    • jadere06: « son diatribe anti europe , un vrai démocrate »

      Vous avez voté pour un truc européen vous ? Une décision, un accord, une taxe, un impôts, un amendement , un référendum , des élus, un président ?

      Ouvrez un dictionnaire sous « démocratie ».

      Déjà que la France avec ses quelques votations n’est même plus classée comme vrai démocratie je vous laisse deviner à quel point le qualificatif de « démocratie » pour l’Europe est ridicule.

  • Merci pour cet article plein d’objectivité.
    Je suis colombien et je suis avec beaucoup d’intérêt tout ce qui se dit en Europe sur l’Amérique Latine, et force est de constater que ce qui domine est l’ignorance du continent.
    La Colombie est un des seuls pays stables de la région. Ceci est un paradoxe d’autant plus que les différentes guerrillas n’ont pas (encore) été démantelées. Mais depuis que j’ai quitté mon pays pour mon autre pays -la France- je constate que la situation s’améliore (en lisant la presse, certes, mais aussi en parlant à ma famille et amis qui y sont restés).
    J’ai beaucoup d’espoir dans ce pays où les gens sont heureux (http://en.wikipedia.org/wiki/Happy_Planet_Index#2012_ranking) et l’envie d’aller de l’avant est bel est bien là.
    De plus, la tête de l’Etat n’est pas si corrompue comme dans la plupart des pays voisins.

    • L’uruguay vous êtes sur ??? Moi qui pensait que c’était un pays tranquille !

      Dans la liste des pays corrompus vous pouvez aussi ajouter le Mexique même si ses dirigeants sont globalement pro capitalistes et libéraux non gauchistes. Ils ont signé l’ALENA après tout !

      Vous oubliez le Chili dirige par un chef d’entreprise et le Pérou véritable dragon latino honte a vous ^^

      Je crois beaucoup au Chili la Colombie le Mexique le Pérou et le Brésil pour faire des affaires

      En revanche l’Argentine le Venezuela la Bolivie l’Équateur et le Nicaragua hors de question que j y mette les pieds.

  • Beaucoup de désaccord avec l’article.
    Je vis depuis plus de 8 mois en Colombie et même si je ne peux me vanter de connaitre la situation du pays parfaitement, certains passage de l’article m’ont fait bondir.
    Déjà la caricature est poussé à son extrême: dès l’en tête on parle de « dérives autoritaires et gauchistes ».
    Vous faites aussi l’impasse sur le projet qui a unit ces dirigeants (malgré de grandes divergences que vous oubliez): une unification d’une continent indépendamment des Etats-Unis. Car oui, vous avez beau dire que l’Amérique latine s’invente des ennemis, mais dans les années 80-90 on ne peut pas nier que le continent était à la botte des Etats-Unis et du FMI à travers des dirigeants marionnettes (les USA considère depuis bien longtemps que l’Amérique latine est « leur chasse gardée ». Oublier ou critiquer ce processus d’indépendance ne me parait pas la meilleure solution lorsqu’on cherche un « échappatoire » à ce continent.

    Ensuite sur la situation colombienne, que je connais un peu. Certes le pays se débrouillent plutôt bien économiquement, exceptionnellement bien même pour un pays en guerre. Néanmoins je peux vous assurez que niveau corruption le pays n’a rien à envier à ces voisins.
    Enfin faire passer Uribe pour un héros c’est quand même fort de café. Sous ses mandats nombreux ont été les scandales liés à des paramilitaires où des victimes innocentes ont été utilisés à des fins electoralistes. Avec le scandale de la parapolitique c’est même un tiers du parlement qui a été impliqué dans des affaires de corruption. Aujourd’hui l’ex-président est encore loin d’être blanchi. Alors excusez-moi mais parler de lui comme celui qui aurait « restauré l’Etat de droit » et juste une insulte aux nombreuses victimes de cette période. Et la privatisation, même si elle a ses avantages, laisse une bonne partie de la population sur le tapis: Bogotá avec sa division géographie en est un excellent exemple ==> un véritable apartheid.

    • Également expatrié en Colombie, je ne suis pas vraiment d’accord avec votre désaccord. Et ce principalement car j’ai eu la chance de voyager sur ce continent ainsi que de parler avec les habitants ainsi que des expatriés de divers pays (Venezuela, Bolivie, Pérou ou encore Argentine). Il y subsiste de nombreux problèmes, en Colombie comme ailleurs, mais vous n’imaginez pas le bonheur de lire enfin un article positif sur le pays (à mon humble avis) le plus prometteur de ce continent.

      Si les inégalités sont forte (peut être les plus importantes en AmSud), cette situation d’apartheid dont vous parlez me semble exagérée. Les réformes entreprises en Colombie sont sans commue mesure avec les pays voisins. Les « dérives autoritaires et gauchistes » dont parlent l’auteur et que vous critiquez sont des réalités bien présentes dans des pays comme le Venezuela, la Bolivie et l’Argentine (qui a pourtant une si bonne presse en Europe) ; expropriation, justice inexistante, chasse à la propriété privé, système fiscale écrasant pour les propriétaires fonciers et les entreprises et j’en passe ! La Colombie sous la présidence d’Uribe dans les années 2000 puis de Santos aujourd’hui a entrepris une modernisation de son économie et de son cadre juridique impressionnante et dont certains pays (européen) gagneraient à s’inspirer. Quand à l’influence néfaste des USA du siècle précédent cela temps me semble révolu, et je suis on ne peut plus d’accord avec M. Hannan lorsqu’il évoque ce leitmotiv de persécution permanent par l’occident agité par le petit club Evo, Kristina et feu Hugo, qui ne cherchent qu’a masquer leurs bilans économiques calamiteux.

      Il y a encore beaucoup de chemin à effectuer en terme de réforme sociales (surtout dans le système public d’éducation), ou de corruption en effet, mais en la regardant à travers un œil Sud-Américain, la Colombie est un modèle de développement économique sur les 15 dernières années.

      « Rome ne s’est pas construite en un jour »

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