Fed : Le rapport qui fait grincer des dents

Façade de la Federal Reserve Bank

Timide reprise américaine : la politique actuelle de la Fed en est-elle à l’origine ou la freine-t-elle ?

Timide reprise américaine : la politique actuelle de la Fed en est-elle à l’origine ou la freine-t-elle ?

Par Lucas Heslot.

Dans un rapport du 20 février, certains dirigeants de la Fed s’alarment des conséquences d’un éventuel retour à la normale de la politique monétaire : un arrêt des assouplissements quantitatifs et un relèvement des taux directeurs pourraient être opérés une fois le chômage retombé sous la barre des 6,5%. L’Amerique est confrontée à un grave dilemme : si mettre un terme à cette politique monétaire n’est pas sans risques, persévérer dans ce qui pourrait être une erreur serait dramatique.

Les risques d’un retour à la normale

Bien que timide jusqu’ici, la reprise américaine semble s’accélérer depuis début 2013, avec un taux de chômage passant de 7,9% en janvier à 7,7% en février. L’indice boursier Dow Jones de New York a atteint un record historique. Ces récentes informations semblent annoncer que l’économie américaine va dans le bon sens.

Les économistes cherchent à savoir si la politique actuelle de la Fed est à l’origine de la reprise ou si elle la ralentit. Le risque d’arrêter, c’est le risque de tuer cet optimisme boursier, de faire dégringoler les marchés en leur retirant leur morphine. Cela pourrait créer une réaction en chaine dont les éventuelles conséquences sur l’économie sont floues, mais qui pourrait néanmoins mettre un coup d’arrêt net à la reprise, aussi virtuelle soit-elle (les démocrates craignant naturellement un tel scénario, qui les mettrait à mal pour les élections de 2014). Pour autant, le jeu en vaut-il la chandelle ?

Les risques de continuer

Oui, la croissance est là. Cependant, y a-t-il création de richesse, ou seulement appréciation d’actifs sous l’effet de la drogue que nous offre Bernanke, le « Chairman » de la Fed ? Les signes ne manquent pas pour faire retomber l’euphorie : on observe un ralentissement progressif de la croissance depuis 2011, ce qui laisse à penser qu’elle était peut-être seulement due aux stimuli d’Obama. En tout cas, on assiste bien à la reprise la plus lente depuis la seconde guerre mondiale, ce document de l’Heritage Fondation faisant foi :

De quoi se poser des questions sur l’efficacité des assouplissements quantitatifs… Mais ce n’est pas tout.

Le manque de rigueur d’Obama en matière de gestion des dépenses publiques a amené la dette américaine à des niveaux jamais atteints en temps de paix. Par sa politique des taux bas, Bernanke soutient ce laxisme et essaye de le masquer, avec la bénédiction du président. Ces mouvements s’avèrent particulièrement risqués dans la période dans laquelle nous sommes, où l’équilibre budgétaire est une variable indispensable au retour de la confiance et de la stabilité dans l’économie, condition sine qua non d’une reprise durable.

Cette politique des taux bas a un autre défaut, celui de créer des bulles censées soutenir la consommation. Ce n’est pas un secret depuis l’éclatement de la bulle internet, certains faiseurs d’opinion keynésiens ne se cachent plus et considèrent que les bulles sont indispensables à la croissance économique, comme nous l’explique le prix Nobel d’économie Paul Krugman dans le New York Times en 2002 :

Pour combattre cette récession la Fed a besoin de plus qu’une volte-face, elle a besoin d’une explosion des dépenses des ménages pour compenser les investissements moribonds des entreprises, et pour cela, Alan Greenspan doit créer une bulle immobilière pour remplacer la bulle du Nasdaq.

Ce conseil n’est apparemment pas tombé dans l’oreille d’un sourd, avec les conséquences qu’on connait… Et toujours pas aux oubliettes en 2013, puisque Bernanke, en soutenant les bulles et le laxisme budgétaire, est en train d’en créer une nouvelle qui combine ces deux problèmes : celle des prêts étudiants.

Selon les comptines keynésiennes de la Fed donc, restaurer la confiance et la consommation se fait par l’illusion d’abondance monétaire, autrement dit, l’illusion de richesse. Ce paradigme très court-termiste s’avère pour le moins dangereux, comme le montre ce graphique de Gavekal Research :

À en croire cette courbe, il n’y a plus de temps à perdre.

L’urgence : relever les taux

Ces éléments permettront à tout le monde de se faire une idée de l’effet d’un tel rapport dans le monde financier. Ils nous permettent de comprendre que, s’il est une urgence primordiale pour consolider la croissance à long terme, c’est celle du relèvement des taux d’intérêts : bien qu’il y ait matière à débats sur l’impression monétaire, la politique des taux bas ne sert manifestement que le laxisme de Barack Obama.

Pour relancer le capitalisme, la solution n’est pas de détruire sa principale essence, à savoir la rémunération du capital, en adoptant des taux d’intérêt artificiellement bas. Cela ne fait qu’encourager la dépense publique, l’endettement à outrance et le mal-investissement, et entraîne une croissance à court terme fragile au détriment de la croissance future. Comme le dit si bien Simone Wapler d’Agora, « Les économistes keynésiens sont les prisonniers de la caverne de Platon : ils prennent les reflets pour la réalité, les ombres pour les objets, les vacillements de flamme pour de véritables mouvements. »

Alors comment, pour le redressement de l’économie américaine et mondiale, faire confiance à ceux qui l’ont mise à terre en 2001 et 2008 ? Si ce rapport finira sûrement très vite au fond d’un tiroir, il a le mérite de mettre le doigt là où ça fait mal.


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