« France : état d’urgence » de Christian Saint-Étienne

Dans France : État d’urgence, Christian Saint-Étienne dresse un portrait lucide mais insuffisant de la France d’aujourd’hui.

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Christian Saint-Etienne

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« France : état d’urgence » de Christian Saint-Étienne

Publié le 11 mars 2013
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Comme François de Closets, Christian Saint-Étienne est favorable à un moyen terme entre l’étatisme et le libéralisme.

Son constat de l’état de la France est indéniable, sauf pour les aveugles :

La France est aux abois au début de 2013. La république de l’envie a institué la médiocrité en mode de gouvernement. Le principe de précaution a mis de grosses lunettes noires sur les yeux de nos inventeurs et de nos entrepreneurs. Le corporatisme et la territorialisation de la république en baronnies, d’autant plus revendicatrices qu’elles sont impuissantes, ont émietté la volonté nationale. Le système productif implose et le chômage gangrène la société. L’explosion haineuse est proche.

Comme François de Closets, il fait la distinction entre droit de et droit à, c’est-à-dire entre droits naturels et droits-créances :

Le basculement des droits d’être vers les droits à avoir […] a fait entrer dans la médiocrité consentie.

Il inclut dans les droits de les droits d’être éduqués et en bonne santé, mais il ne voit que l’État pour les satisfaire :

Imposer les revenus, en particulier élevés, pour payer les charges communes, notamment celles d’éducation et de santé publiques permettant d’assurer l’égalité des chances est parfaitement légitime.

Cela n’est pas étonnant car il croit en l’existence d’un contrat social qui lierait individus et État. Ce curieux contrat se passerait fort bien du consentement des individus et d’objet précis confié à l’État… C’est pourquoi, de manière tout à fait surréaliste, Christian Saint-Étienne distingue deux grands types de contrat social qui résulteraient des « choix philosophiques et politiques concernant l’homme et sa nature » :

Le premier type de contrat social suppose le déterminisme de l’homme et donc l’égalité de résultats, le second type associe libre arbitre et égalité des chances.

Or la France aurait choisi le premier type de contrat depuis des décennies avec ce résultat mirobolant :

Une part croissante de nos jeunes talents quitte le territoire depuis le milieu des années 1990, tandis que nous attirons des personnes peu qualifiées qui viennent pour bénéficier d’un contrat social résidentiel sans contrepartie.

Christian Saint-Étienne constate également qu’ayant fait ce choix de contrat social la France a raté le train du nouveau système technique qui s’est mis en place depuis trois décennies et qui est « le fruit de l’essor de l’économie de l’informatique et d’Internet et de l’économie entrepreneuriale de l’innovation. » :

Notre seule perspective collective est une consommation de produits importés payés par une dépense publique à crédit.

Et un partage du travail, c’est-à-dire un partage des miettes qui restent, mais plus pour longtemps.

Pour que la France se réindustrialise, Christian Saint-Etienne est favorable à une solidarité conditionnelle – il faut sauver le modèle social avant qu’il ne meure en ne redistribuant que sous conditions –, à une compétition régulée – la liberté d’entreprendre ? un poco ma non troppo –, à une volonté d’excellence qui se traduit par l’optimisation de l’entrepreneuriat, du financement, de la fiscalité, autrement dit à une ouverture d’esprit et à une « collaboration confiante entre acteurs privés et publics » :

Comme on est loin de la France du nouveau quinquennat célébrant la finance sans visage, les entrepreneurs menteurs qui doivent être cadrés par la puissance publique, les riches qui doivent dégorger une richesse mal acquise, le progrès qui est devenu un risque. Alors il faut transférer la charge des impôts des entreprises vers les individus : il faut […] provoquer un choc de compétitivité immédiat par la baisse des charges grâce à la CSG sociale et à la TVA emploi, au moment même où nous devons produire un effort majeur de réduction des déficits publics.

Quand on compare les mérites d’une baisse de la dépense publique et des hausses d’impôts pour réduire les déficits, il ressort que :

Les corrections budgétaires résultant d’une baisse des dépenses publiques conduisent à des baisses plus faibles du revenu national que celles dues à une hausse des impôts, sauf dans la phase baissière d’un cycle de conjoncture où la correction doit avoir l’impact le plus faible possible sur la demande. Mais même dans ce dernier cas, il convient de supprimer d’abord les gaspillages de dépense publique.

Comme les entrepreneurs ne sont pas assez grands pour réindustrialiser tous seuls le pays – « Nous appellerons dorénavant industrie, toute activité de production de biens et services exportables à base de processus normés et informatisés » –, l’État doit compléter leur management micro par son management macro :

Il faut renforcer la capacité d’action à long terme de l’État dans le cadre d’un plan d’action national élaboré avec les forces vives du pays.

L’État, baptisé de stratège, est selon Christian Saint-Étienne, un des trois éléments clés de la reconstruction du pays avec « des métropoles puissantes et des régions responsables du maillage du territoire par un puissant réseau de PME et d’ETI (entreprises de taille intermédiaire, de 250 à 5000 personnes). »

Comme tout bon étatiste qui se respecte, il faut tout de même faire payer les riches, mais il ne faut pas les matraquer parce qu’on en a besoin pour redistribuer :

Seul l’impôt proportionnel au revenu [CGS] peut assurer un financement sain de la dépense publique. Il doit être complété par un impôt progressif (IPR : tranches de 0 % jusqu’à 7500 euros, de 15 % jusqu’à 60 000 euros, de 35 % au-delà et, provisoirement, de 45 % au-delà de 150 000 euros) dont le but sera d’assurer une redistribution permettant de contenir les écarts de revenu et de patrimoine entre citoyens.

Évidemment Christian Saint-Étienne évoque la sortie de crise de l’euro. Pour lui il y a deux solutions rationnelles, qui sont toutes deux aussi constructivistes l’une que l’autre : « Soit la création d’une fédération économique de pays quittant ensemble la zone euro, soit une division en deux de la zone. » Je laisse le lecteur intéressé par ce genre de constructions le soin de se reporter au livre…

Il me semble plus intéressant de souligner le postulat idéologique sur lequel repose l’étatisme intermédiaire de Christian Saint-Étienne, qui reste un étatisme :

La société de confiance est construite par la délibération collective en s’appuyant sur le postulat que l’individu reste fondamentalement libre, et non pas totalement prédéterminé, il est à la fois responsable de ses décisions et impliqué dans le processus de délibération collective. Il est ensuite coresponsable des décisions délibérées prises collectivement.

C’est beau, c’est grand, c’est magnifique, mais c’est parfaitement utopique, inefficace et contraignant…

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  • ouep, bien beau d’être dans le constat, il faut voir l’avenir. Pour moi il est clair qu’il n’y en a pas, à moins de passer par une guerre civil et un conflit écono-intellectuel avec le reste du monde.

    Les problèmes relatés ici sont vrais certes, mais pas de remèdes.

    On ne parle pas des tonnes de brevets financés par l’état, et profitant aujourd’hui à des salariés et entreprises qui ne sont plus en France.

    à ce propos, une entreprise de semiconducteur faisait état récemment qu’avec les financements type crédit impot recherche qu’elle touche, la rentabilité des salariés en R&D était presque au niveau de celle en Indes !!! le fruit de ce travail de recherche part aux US aujourd’hui…

    Beaucoup de « tetes pensantes » des labos de recherches sont las de constater qu’ils ont des idées, qu’on les met au placard, et que des entreprises étrangères inondent le marché Français de leurs trouvailles ensevelies quelques années auparavant, les brevets n’y pouvant rien.

    Le point de rupture est dépassé depuis longtemps, et on y reviendra pas. Il y a eu des révolutions technologiques en France (téléphonie, mems, imagerie, radio fréquence…), on a intuité de très nombreuses techniques et technologies, seulement aucuns ne profitent aujourd’hui à la France et aux Français.

  • « Christian Saint-Etienne distingue deux grands types de contrat social qui résulteraient des « choix [sic] philosophiques et politiques concernant l’homme et sa nature » »

    Il faut le répéter sans cesse: C’est une question religieuse.
    1 – L’anthropologie (« l’homme et sa nature ») fonde tous les choix institutionnels et politiques
    2 – Le libéralisme (liberté, individu) et la morale sont de cet ordre
    3 – Une religion est par définition de qui porte une anthropologie.

    Le socialisme est une religion séculière, comme Vincent Peillon (et ses pères « spirituels ») ou, à l’autre extrême, Philippe Némo, l’ont démontré.

    La grande victoire des socialistes a été de s’emparer du magistère moral, donc du monopole de la question anthropologique. Ce fut fait par l’emploi brutal (voire fasciste) de la force régalienne entre 1880 et 1905.

    Comprendre que le socialisme est une religion, c’est réaliser d’un coup dans quel délétère piège dialectique nous sommes pris, et tout s’éclaire.

    Comme l’islam, le socialisme est une religion totalement incompatible avec la laïcité – d’où la connivence entre socialistes et islamistes.
    La laïcité, c’est la distinction de deux autorités, l’une spirituelle et l’autre régalienne.
    L’autorité spirituelle définit l’absolu, donc l’anthropologie et la morale.
    L’autorité régalienne est coercitive, et temporelle puisqu’elle n’est pas absolue. C’est pourquoi nous pouvons avoir des institutions démocratiques, contrairement aux pays musulmans ou socialistes.

    Bien entendu, tout cela repose sur le christianisme, et le fait que le Christ a aussi obstinément revendiqué l’autorité spirituelle et morale, que rejeté la régalienne.

    Le christianisme, et lui seul, a posé toutes les bases de la démocratie libérale : Société civile, subsidiarité, laïcité. Le socialisme les rejette toutes, n’en adoptant la terminologie que pour la pervertir et en détruire les notions.

    Le socialisme a imposé le dogme selon lequel tout dogme procède d’une religion transcendante, et donc le matérialisme est le préalable à l’esprit critique.
    Pourtant c’est à la faveur de l’athéisme que se sont imposés en Occident les totalitarismes du 20e siècle, du nazisme au communisme – dont l’intolérance à ses périodes les plus douces éclipse les périodes les plus sombres des Inquisitions…
    Hors d’Occident, le totalitarisme est l’ordre normal.

    Quand Bastiat condamne les publicistes, quand Tocqueville prédit les ravages de la charité publique, quand Ayn Rand condamne la prédation étatique, la une vision de l’homme qu’ils défendent est celle du christianisme.

    Quand J-F Revel met en garde contre la tentation totalitaire, il faut comprendre que la question anthropologique ne peut pas être négligée sans conséquence dramatiques.

    • « Comme l’islam, le socialisme est une religion totalement incompatible avec la laïcité – d’où la connivence entre socialistes et islamistes. »

      Ainsi, l’AKP, le PJD, les FM sont des partis socialistes? Affligeant.
      Limitez-vous à ce que vous connaissez, et faites la distinction entre l’immigré et le musulman.

    • S’il existait des mouvements musulmans tier-mondistes dans les pays arabes, la dominante actuelle est l’islamisme libéral, en particulier en réaction au socialisme laïcard « modéré » qui a souillé le monde arabe pendant des décennies.

      En dehors du Moyen-Orient, l’accusation de socialisme est tout aussi infondée. Et même dans sa nature, l’Islam a été dévoilé à un peuple urbain, vivant du commerce.
      Dirions-nous que le christianisme orthodoxe est intrinsèquement bolchevique?

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