Décès de James Buchanan : un géant nous a quitté

James M. Buchanan en 2010

L’économiste américain James Buchanan, lauréat du prix Nobel d’économie en 1986, est décédé hier à l’âge de 93 ans.

L’économiste américain James Buchanan, lauréat du prix Nobel d’économie en 1986, est décédé hier à l’âge de 93 ans.

Par Emmanuel Martin.
Article publié en collaboration avec Libre Afrique.

James M. Buchanan en 2010

L’économiste américain James Buchanan (de son nom complet James McGill Buchanan), lauréat du prix Nobel d’économie en 1986, est décédé hier 9 janvier à l’âge de 93 ans. Son apport à la compréhension de l’économie et plus largement des sciences sociales et politiques, est immense.

En collaboration avec son compatriote Gordon Tullock, James Buchanan a co-initié la sous-discipline de l’économie des choix publics (ou analyse économique de la démocratie) avec le livre de 1958 The Calculus of Consent(« Le calcul du consentement ») et ensuite en lançant la revue scientifique Public Choice. L’idée que l’« échec de l’État » puisse être probablement pire que l’« échec du marché » a ainsi été injectée dans l’analyse économique. De même, la notion que les règles du jeu comptent énormément pour comprendre comment le « jeu social » est joué a initié l’économie constitutionnelle. Ses réflexions dans son ouvrage Les limites de la liberté font de Buchanan l’un des plus grands penseurs de la relation entre État et liberté.

Dans son célèbre What Should Economists Do ? (« Que doivent faire les économistes ? ») Buchanan a critiqué l’analyse économique dominante qui envisage l’économie comme une science de « l’allocation des ressources rares » (suivant la célèbre définition de Lionel Robbins), ou une science du « choix », définition qui est en fait le plus sûr chemin vers une ingénierie sociale dangereuse. Il se réfère plutôt à sa discipline comme une science de l’échange – origine de la création de valeur – et insiste sur la nécessité pour les économistes de mieux comprendre les institutions qui permettent et sécurisent l’échange.

Ses écrits en méthodologie économique comprennent également un très beau livre sur une défense (« autrichienne », diront certains) de la théorie subjective du coût, Cost and choice («Coût et choix »), avec d’évidentes conséquences critiques pour l’économie du bien-être « objective ».

Ses dernières œuvres sont une lecture indispensable de la théorie de l’évolution économique d’Adam Smith fondée sur l’idée que la division du travail est limitée par l’étendue du marché. Après l’analyse classique d’Allyn Young Increasing Returns and Economic Progress (« Rendements croissants et progrès économique »), Buchanan a inventé le concept de « rendements croissants généralisés » : augmenter le nœud d’échange génère davantage d’opportunités de division du travail, donc davantage de productivité et de croissance. Cette vision a des conséquences majeures en termes de défense de la libéralisation du commerce ou de la critique du partage du temps de travail (par exemple, les 35 heures par semaine en France) fondée sur la notion d’éthique du travail.

Critique de l’économie keynésienne ainsi que des dépenses publiques et de l’endettement incontrôlés, James M. Buchanan a contribué de manière immense à la cause d’une analyse économique de qualité et mais aussi à la cause de la liberté. En ces temps de crise des finances publiques, nos décideurs seraient bien inspirés de lire l’œuvre de cet économiste et intellectuel de premier plan.

Sur le web