L’État s’endette, les banques en profitent

Banques argent finance (Crédit : 401(K) 2013/Creative Commons)

La dette publique profite aux banques. Mais si ça vous fâche, ne blâmez pas les banques. Blâmez le gouvernement.

La dette publique profite aux banques. Mais si ça vous fâche, ne blâmez pas les banques. Blâmez le gouvernement.

Par David Descôteaux, depuis Montréal, Québec.

Notre endettement public profite aux banques. Mais si ça vous fâche, ne blâmez pas les banques. Blâmez le gouvernement.

Les banques profitent de l’endettement du Québec, écrivaient hier mes collègues d’Argent. « Profitant de l’appétit du gouvernement du Québec pour l’endettement, la Banque Nationale est la championne de la vente de titres de dette obligataire publique au pays, une activité qui s’avère très payante. »

Ok. Mais il n’y a rien de mal là-dedans.

Oui, les grandes banques font beaucoup d’argent avec les gouvernements. Quand une municipalité, une province ou un pays s’endette davantage, il fait appel aux banques pour émettre des titres de dette sur les marchés. Les banques encaissent des millions de dollars grâce à ce rôle d’intermédiaire. Mais il s’agit d’un rôle normal et essentiel dans un système financier. Qui comporte d’ailleurs un certain risque pour la banque.

Par contre, je vous l’accorde, ça peut devenir très payant si le gouvernement est accroc au crédit. C’est pourquoi certaines banques, aux États-Unis, n’hésitent pas à prendre les grands moyens pour s’accaparer ce rôle.

Qui veut être pusher?

Charles Gasparino est journaliste américain. Au début de sa carrière, il a révélé comment Wall Street s’enrichissait grâce aux émissions de dettes des municipalités. Les grandes banques embauchaient des lobbyistes et consultants. Non seulement pour être choisi comme souscripteur de dette publique, mais pour inciter les municipalités à s’endetter davantage!, écrit-il dans son plus récent livre Bought And Paid For.

Pour être considérée comme souscripteur, explique Gasparino, la banque (ou un regroupement de banques) doit contribuer à la caisse électorale des politiciens qui ont le pouvoir d’influencer sur ces décisions. C’est comme ça qu’il faut jouer la game si on veut devenir le « pusher » du gouvernement, écrit le journaliste.

Je ne dis pas que ça se passe comme ça au Québec. Loin de là. Mais les grandes firmes de Wall Street ont amassé des millions en jouant ce rôle auprès des gouvernements.

Tout ça devrait nous rappeler une chose : les grandes entreprises et notamment les banques, que certains perçoivent à tort comme des partisans du libre marché et d’un plus petit gouvernement, sont au contraire loin de se plaindre quand l’État décide d’engraisser davantage…

Oui, les banques font d’énormes profits. Mais c’est en grande partie parce que nous, consommateurs, nous endettons comme si demain n’existait pas. Et parce que le gouvernement fait la même chose…

Lire aussi :

Sur le web