Ayn Rand dans La Grève : La prémonition d’une Amérique ayant perdu le contrôle

La Grève (Crédits : Les Belles Lettres, tous droits réservés)

Près de trente ans après sa mort, les romans d’Ayn Rand, en particulier La Grève, continuent de rencontrer un succès qui ne se dément pas.

Près de trente ans après sa mort, les romans d’Ayn Rand, en particulier La Grève, continuent de rencontrer un succès qui ne se dément pas.

Par Honkar Ghate (*).
Article original publié en anglais en décembre 2011. Traduction Chris Drapier, Institut Coppet

Près de trente ans après sa mort, les romans d’Ayn Rand continuent de rencontrer un succès qui ne se dément pas.  «  La Grève » [1] à lui seul, se vend plus aujourd’hui que lors de sa parution en 1957. Plus d’un million d’exemplaires ont été écoulés depuis les élections de 2008.

Tout particulièrement auprès des sympathisants du Tea Party où elle est considérée comme un prophète. Comment a-t-elle pu anticiper, il y a plus de cinquante ans, des États-Unis perdant totalement le contrôle de leurs finances, englués dans des dettes abyssales et paralysés par une déferlante de régulations ? Comment a-t-elle pu dépeindre des voyous semblant tout droit sortis de notre quotidien ?

On y trouve Wesley Mouch, qui, devant l’échec des programmes gouvernementaux, hurle comme l’élu démocrate du Massachussets Barney Frank pour en élargir les pouvoirs.

On y découvre Eugene Lawson, le « banquier au grand cœur » qui à l’instar de l’ancien secrétaire au trésor Henry Paulson ou Ben Bernanke, actuel président de la réserve fédérale, est toujours prêt à couvrir les dépenses les plus folles.

On y trouve Mr Thomson, qui comme le président Obama, tente de rallier la population autour de vœux pieux.

Il y a Orren Boyle, qui comme le président Bush, prétend qu’il faut abandonner les principes fondamentaux du libre marché pour sauver le libre marché.

Confrontés à ce massacre, que pouvons-nous faire ? Devriez-vous, comme les héros d’Ayn Rand, faire du « John Galt », cesser le travail, vous retirer en quelque vallée isolée et attendre l’effondrement du pays pour mieux le reconstruire ?

On a posé beaucoup de questions à Ayn Rand de son vivant. Ses réponses pourraient vous surprendre. Dans les années 1970, les États-Unis traversaient une grave crise financière (on y a inventé le mot « stagflation »), la violence urbaine se développait, et les politiciens en quête de pouvoir tel que le président Nixon, ont alors institué un salaire minimum, le contrôle des prix qui ont abouti, entre autres, à trouver des pompes à essence sans essence.

Comment, se demandent les gens, a-t-elle pu prévoir tout ça ? Était-elle prophète ? Absolument pas, répondit-elle. Elle n’avait fait qu’identifier les causes fondamentales entraînant le pays de crise en crise.

La solution consistait-elle à « faire du Galt » en s’éloignant de la société ? Ayn Rand répondit à nouveau par la négative. La solution était à la fois plus simple et plus compliquée. « Tant que nous n’en sommes pas arrivés à la censure des idées » énonça-t-elle, « nous n’avons pas à quitter la société comme le font les personnages de La Grève… Mais savez-vous ce qu’il faut faire ? Il vous faut couper les ponts d’avec la culture, en rejeter toutes les idées, l’entière philosophie dominante d’aujourd’hui. »

Le fait que La Grève ne soit pas un roman politique peut vous étonner. Mais le cœur du roman expose l’idée que notre sort n’est pas dû à la corruption des politiciens (ce n’est qu’un symptôme) ni à une défaillance naturelle dans le logiciel humain. La raison de ce malheur repose dans les idées philosophiques et les idéaux moraux que la plupart d’entre nous embrassent.

« Vous avez crié que les péchés de l’Homme détruisent le monde et maudit la nature humaine pour son absence de volonté à pratiquer les vertus que vous exigez » déclare John Galt, le héros du roman, à un pays en crise. « À partir du moment où, à vos yeux, vertu signifie sacrifice, vous avez demandé toujours plus de sacrifices à chaque nouveau désastre ».

Il développe : « Vous avez sacrifié la Justice à la pitié » (par exemple en exigeant que le droit de propriété soit accessible à ceux qui n’en ont pas les moyens au prix de subventions et d’abandons de saisies pour les épargner quand ils ne pouvaient plus payer) »

« Vous avez sacrifié la raison aux croyances » (par exemple en tentant d’empêcher la recherche sur les cellules souches pour des raisons bibliques ou de foi aveugle comme la rhétorique délibérément creuse qu’emploie M. Obama pour nous faire croire que l’espoir et le changement produiront de la prospérité comme par un coup de baguette magique.

« Vous avez sacrifié la richesse aux besoins » (comme par exemple les mesure de santé prises par M. Bush ou l’Obamacare, toutes deux mises en œuvre sous prétexte que les gens auraient besoin d’une « santé gratuite »).

« Vous avez sacrifié l’estime de soi au déni de soi ». (par exemple en attaquant Bill Gates pour avoir fait fortune et en l’idolâtrant quand il la distribue).

« Vous avez sacrifié le bonheur au devoir » par exemple les exhortations « à la Kennedy » de chaque président appelant à « ne pas se demander ce que mon pays peut faire pour moi, mais ce que je peux faire pour mon pays ».

Le résultat ? Pourquoi vous recroquevillez-vous d’horreur à la vue du monde qui vous entoure ? Ce monde n’est pas le produit de vos défauts, ce n’est que le produit et l’image de vos vertus. Ce n’est que la concrétisation de votre idéal moral.

C’est ce qu’Atlas Shrugged nous demande de remettre en question : nos idéaux. Repenser nos convictions, notre philosophie de A à Z. À défaut de le faire, nous continuerons à passer d’une crise à l’autre.

Faites grève, nous exhorte le livre, mais intellectuellement, puisque la grève signifie le rejet des termes fondamentaux de nos opposants et le fait d’affirmer les nôtres.

Cette façon de penser est ardue, affirme Rand, mais nécessaire pour parvenir aux rives d’un autre monde, tel que décrit à la fin du livre.

Si La Grève fait partie de vos prochains achats, vous serez étonné de voir qu’une histoire publiée en 1957 capte avec autant d’acuité le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui et présente avec autant de discernement la route à suivre pour un futur plus prometteur.

(*) Le docteur Onkar Ghate est vice-président et membre d’honneur de l’Ayn Rand Institute. Il enseigne à L’Institute’s Objectivist Academic Center, donne des conférences sur la philosophie et l’objectivisme à travers l’Amérique du Nord et publie des articles sur les romans et la philosophie d’Ayn Rand. Il a récemment publié « A teacher’s guide to Atlas shrugged » un manuel pédagogique édité chez Penguin.


Sur le web

  1. Publié en français sous le titre « La Grève » aux éditions Les belles lettres et traduit de l’anglais par Sophie Bastide-Foltz (2011).