2013 et l’économie « Ponzi »

Charles Ponzi

Selon un récent rapport du Boston Consulting Group, de véritables chaînes de Ponzi plombent les économies développées. Dix pistes pour s’en sortir.

Selon un récent rapport du Boston Consulting Group, de véritables chaînes de Ponzi plombent les économies développées. Dix pistes pour s’en sortir.

Par David Descôteaux, depuis Montréal, Québec.

Charles Ponzi

J’espère que ces derniers jours, vous avez fait le plein de joie, d’allégresse et de pensée positive. Parce qu’un récent rapport du Boston Consulting Group (BCG) sur l’état de l’économie mondiale au départ de 2013, intitulé « Ending the Era of Ponzi Finance », va vous ramener les pieds sur terre.

Les économies développées sont de véritables chaînes de Ponzi, note l’auteur Daniel Stelter. Il fait référence à la classique fraude financière. Celle qui consiste à payer les anciens investisseurs avec les fonds procurés par les nouveaux, jusqu’à ce que l’escroquerie se dévoile au grand jour.

Le monde développé a légué un boulet à la génération suivante. En empruntant la richesse de demain pour financer sa consommation d’aujourd’hui. Il a aussi réduit son potentiel de croissance future, ajoutant au fardeau de la prochaine génération.

Dettes et promesses

Selon la Banque des règlements internationaux, la dette combinée des gouvernements, ménages et entreprises des pays de l’OCDE est passée de 160% du PIB en 1980, à 321% en 2010. Ajusté pour l’inflation, les gouvernements ont quatre fois plus de dettes qu’ils en avaient en 1980. Les ménages, six fois plus.

Le problème : la majorité de ces nouvelles dettes a servi à financer la consommation courante, la spéculation, et à payer les intérêts sur les dettes existantes. Au lieu de servir à augmenter notre productivité. En 1960, note l’auteur, chaque dollar additionnel de crédit aux États-Unis générait 59 cents de PIB. Au tournant des années 2000, ce même dollar de crédit produit seulement 18 cents de PIB.

Sortir de ce trou prendra du temps. Cinq ans après la crise financière, seuls l’Italie, le Japon et les États-Unis ont commencé à réduire leur endettement. Et dans le cas des citoyens américains, ce sont surtout des défauts de paiement. Plusieurs pays comme le Royaume-Uni, la France ou l’Espagne (on pourrait ajouter le Canada) continuent d’empiler de nouvelles dettes.

L’autre problème, ce sont les promesses (les passifs non capitalisés) des gouvernements et des entreprises. Surtout les dépenses en régimes de retraite et en santé. L’espérance de vie a doublé depuis un siècle, pendant que les taux de fertilité diminuaient de moitié. Le concept de Liberté 55 ne tient plus la route, alors que le nombre de retraités devant être supportés par les travailleurs augmente constamment. L’auteur pose la question : les jeunes seront-ils capables de payer pour tous ces vieux ? Et surtout, accepteront-ils de payer ?

Le moteur tousse

Une solution possible à ces défis : la croissance économique. Malheureusement, cette croissance se trouve elle-même ralentie par la montagne de dettes, et par d’autres facteurs. Comme un secteur public trop gros. Une étude, citée par le BCG, conclut qu’une hausse de la taille du gouvernement de 10% est associée à une diminution du taux de croissance de l’économie d’entre 0,5% et 1%.

Et le nombre de bras, qui diminue au lieu d’augmenter. Selon les projections des Nations unies, la population en âge de travailler va diminuer ou stagner dans le monde occidental entre 2012 et 2050, à cause du vieillissement de la population. Résultat : moins de PIB, donc moins de revenus pour payer la dette actuelle.

Ajoutons la faible croissance de la productivité. Et de l’innovation. Qui n’arrive plus à hausser notre qualité de vie comme avant. (La plomberie intérieure a manifestement fait plus pour le bien-être de nos ancêtres que le iPad ou Facebook pour nous, illustre l’auteur…) La détérioration des infrastructures. La possible fin des ressources naturelles abordables. Et la hausse des inégalités à l’intérieur de certains pays, qui érode la confiance envers le capitalisme et le libre marché.

Les défis sont immenses. Mais pas insurmontables. L’auteur du rapport du BCG propose dix pistes de solution, que je résume ci-après.

Un plan de match pour 2013

Voici le plan de match que doivent suivre les économies développées pour sortir au plus vite de ce bourbier.

— S’attaquer aux dettes. Et tout de suite. Toutes les parties prenantes devront contribuer. Cela inclut des annulations de dettes, des restructurations de celles-ci, l’austérité, des hausses de taxe, et même de l’inflation pour diminuer la valeur des dettes.

Revoir les promesses intenables. Les politiciens doivent reconnaître que les milliards en promesses de retraite ou de programmes sociaux futurs sont hors de contrôle. Et ce, dans plusieurs pays développés. Il faut se sortir la tête du sable et trouver des mesures pour ramener ces coûts sous contrôle. Et ça inclut de renier certaines promesses.

Rendre l’État plus efficace. Un oxymoron ? Souhaitons que non. En faisant plus avec moins, l’État pourrait réduire son poids dans l’économie, sans nécessairement sabrer les services et les dépenses prévues.

Contrer la baisse de main d’œuvre à venir. Par exemple en augmentant la participation des travailleurs âgés sur le marché du travail. Et même celle des femmes, dans certains pays. Aussi, en stimulant une hausse de la natalité par des mesures bien ciblées.

Renverser la tendance démographique. En plus des mesures proposées dans le point ci-haut, les pays développés devront accueillir encore plus d’immigrants. Plus de « bras », pour produire plus. Idéalement, les plus motivés et les mieux éduqués.

Investir en éducation. La qualité de l’éducation est un facteur décisif pour tirer le meilleur parti du talent entrepreneurial des citoyens. Et ainsi augmenter le potentiel de croissance des économies développées.

Réinvestir dans les infrastructures. Une clé de la productivité, trop longtemps négligée par de nombreux pays développés.

Faire plus avec moins de ressources. Si l’ère des ressources à faible coût achève, ce ne sera pas un choix. Les pays riches devront rompre le lien de dépendance entre développement économique et forte consommation de ressources.

Coopérer globalement. La concurrence entre nations stimule la création de produits novateurs. Mais une plus grande coopération est aussi nécessaire entre pays développés pour répondre aux défis communs. Et pour éviter de sombrer dans le cercle vicieux du protectionnisme et du chacun-pour-soi.

Provoquer une nouvelle vague de croissance. Pour y arriver, le monde développé — notamment ses gouvernements — doit faciliter la tâche aux ingénieurs et aux scientifiques afin qu’ils innovent. Ils doivent également encourager la prise de risque, et retirer les bâtons des roues des entrepreneurs pour permettre à ceux-ci de lancer de nouvelles entreprises.

Tout un programme ! Surtout connaissant la nature des politiciens, qui préfèrent repousser les difficiles réformes à plus tard. Jean-Claude Juncker, premier ministre du Luxembourg cité dans l’étude, résume bien pourquoi les politiciens seuls seront incapables d’y arriver. « Nous savons tous quoi faire, nous ne savons juste pas comment nous faire réélire après avoir fait tout ça… »

Une nouvelle ère débute. La fin du party à crédit. Attendez-vous à moins de services, plus de taxes et de contributions de toute sorte, et à un marché du travail où ça va jouer dur pour les années à venir. Les politiciens ont un rôle à jouer : celui de se greffer des couilles. Et d’agir comme des leaders — c’est-à-dire accepter de déplaire à plusieurs groupes, pour le bien commun. Plus vite nous acceptons d’avaler la pilule, et enclenchons des réformes nécessaires, plus vite nous mettons la table pour une reprise économique durable et prospère pour tous.


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