Comment la droite peut-elle attirer les votes des immigrés ?

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Pour conquérir le vote des populations immigrées, les beaux discours ne suffisent pas.

Pour conquérir le vote des populations immigrées, les beaux discours ne suffisent pas.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume Uni.

Les élections présidentielles de 1984 ont signé le plus grand triomphe de la droite conservatrice américaine. Ronald Reagan a remporté la victoire dans tous les États sauf le Minnesota de Walter Mondale. Et pourtant un fait étonnant s’est produit. Si l’on divise les votes en fonction de l’origine ethnique, et qu’on les appose aux données démographiques américaines de 2012, Mondale aurait remporté la maison blanche.

Pour être clair, les Républicains américains ne peuvent l’emporter sans gagner les voix des électeurs latino-américains. Avant la dernière élection, ils restaient optimistes sur leurs chances. Il n’est pas rare pour les immigrés de voter pour les partis de gauche, et le calcul était que ces Américains d’origine hispanique abandonneraient la gauche une fois qu’ils se seraient définitivement installés. Reagan ne cessait de plaisanter sur le fait que les Hispaniques étaient des conservateurs qui s’ignoraient, et George W. Bush a obtenu un score favorable auprès des électeurs d’ascendance mexicaine.

Et pourtant, 71% de cette population ont soutenu Obama le mois dernier. Les Républicains se trouvent confrontés à la perspective inquiétante que le vote démocrate va de pair avec le fait d’être hispanique – et non plus avec le fait d’être jeune, Américain de première génération ou d’avoir de faibles revenus.

Les votes en fonction de l’ethnie ne sont pas si rares après tout. Les Juifs américains penchent aux deux tiers pour les Démocrates, au mépris du reste de leurs données démographiques. Selon la dernière célèbre complainte de Martin Himmerfarb, « les Juifs gagnent autant que les Episcopaliens, et votent comme les Portoricains. » Mais la communauté juive représente moins de 2% de l’électorat américain. Le véritable désastre pour les Républicains, ce sont les Portoricains qui votent comme des Portoricains – de même que les Colombiens, Mexicains, Honduriens, Équatoriens, Nicaraguayens et tous les autres.

Le GOP fait face au problème commun à tous les partis de droite du monde. Les communautés immigrées, malgré l’initiative que demande le déménagement dans un autre pays, et malgré leurs valeurs souvent conservatrices lorsqu’il s’agit de commerce, d’autosuffisance, de famille et autres, ont tendance à pencher à gauche.

Je n’ai en tête qu’une seule exception majeure dans l’époque contemporaine, et une bonne en plus. Durant les dernières élections canadiennes, les Conservateurs ont obtenu plus de votes de la population immigrée que des natifs du Canada. Par quel miracle ? Pas en changeant leurs politiques à l’égard de l’immigration ou du multi-culturalisme, mais uniquement par acharnement au travail.

Les Tories canadiens ont compris que la plupart des immigrés vivaient, au moins au départ, dans des zones représentées par les politiciens de gauche. Parce que ces politiciens étaient leurs premiers contacts avec la politique canadienne, ils avaient tendance à définir les termes dans lesquels les nouveaux venus percevaient les différents partis. La première impression compte. La réussite des Conservateurs canadiens est due au fait qu’ils se sont mis dans le bain des immigrés : dans les centres communautaires, les mosquées, les temples et dans les festivals. Et cela, pas seulement une ou deux fois par an mais continuellement sur plusieurs années, jusqu’à ce que ces communautés commencent « à voter pour leurs valeurs », pour reprendre la phrase de ce brillant Ministre de l’Immigration, Jason Kenney.

C’est une chose de comprendre ce qu’il est nécessaire de faire. C’en est une autre de faire en sorte que son parti mette en place le travail de longue haleine qui en découle. Si j’étais un stratège républicain, je commencerais désormais à construire une nouvelle forme de média conservateur en langue espagnol : Noticias Zorro, mais avec des feuilletons télévisés. Je songerais à un programme pour 2016 très llamativo du style : Rubio-Martinez. (Et je n’aurais même pas honte d’utiliser des mots tels que llamativo).

Par dessus-tout, j’engagerais des ressources au niveau local afin d’établir un premier contact avec les nouveaux venus hispanophones, en leur offrant des conseils fiscaux, des cours de langue et des centres de soutien pour le développement d’entreprises.

En Grande-Bretagne, mon propre parti commence de bien plus loin, en ayant déjà perdu toute une génération d’électeurs immigrés. Raisons de plus pour s’y mettre.

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Sur le web.
Traduction : Virginie Ngo pour Contrepoints.