Hamas, une « victoire » en trompe-l’oeil

Manifestation pro Hamas à Damas en 2008 (Creative Commons, Thephotostrand)

Si l’on regarde les vrais enjeux du conflit, il faut ranger le Hamas plutôt dans le camp des perdants du dernier conflit avec Israël.

Si l’on regarde les vrais enjeux du conflit, il faut ranger le Hamas plutôt dans le camp des perdants du dernier conflit avec Israël.

Par Fabio Rafael Fiallo.

À entendre les déclarations de victoire des dirigeants du Hamas et les manifestations de liesse qu’ils ont organisées dans les rues de Gaza ces derniers jours, il est presque impossible de ne pas se laisser persuader que leur mouvement est sorti gagnant de la dernière confrontation avec l’État hébreu.

Pour expliquer un tel débordement de joie, le Hamas invoque qu’il a pu « résister» à l’« ennemi sioniste ».

Ce genre de proclamation de victoire correspond à une vision pour le moins simpliste, que voici : dans une guerre asymétrique, le plus faible gagne s’il ne se fait pas détruire par le plus fort.

On l’a entendu en d’autres occasions. Ce fut le cas, pour n’en rappeler qu’un exemple bien connu, lors de la première guerre du Golfe, quand Saddam Hussein, après avoir dû signer une cessation d’hostilités qui avait tout l’air d’une défaite en rase campagne, proclama avoir remporté une « victoire morale », et ce parce qu’il avait « résisté » à l’« ennemi américain ».

L’argumentaire ne tient pas debout. Si cette manière d’évaluer le résultat d’une confrontation militaire était valable, à chaque fois qu’Israël décide de riposter à des attaques terroristes, il devrait annoncer d’emblée qu’il part pour perdre la guerre, puisque son objectif n’est pas d’annihiler l’ennemi mais tout simplement de l’obliger à cesser ses attaques.

Il existe un critère plus approprié pour jauger le résultat d’un conflit militaire comme celui qui nous occupe. Le voici : pour prétendre avoir gagné une confrontation de ce genre, il faut remplir deux conditions. Primo, avoir obtenu par les armes ce que la partie adverse avait refusé d’accorder préalablement (sinon, à quoi bon s’être engagé dans une guerre alors qu’on n’en avait pas besoin ?). Secundo, faire en sorte que les gains obtenus par le biais de la guerre soient plus importants que les pertes et dommages subis durant celle-ci.

À la lumière de ce critère, il faudra ranger le Hamas plutôt dans le camp des perdants. Voici pourquoi.

Le Hamas présente comme une victoire le fait d’avoir obtenu l’engagement d’Israël de ne pas procéder à des éliminations ciblées de ceux qui, depuis Gaza, auraient perpétré ou commandité des attaques terroristes contre Israël. Or, ce que le Hamas oublie de reconnaître, c’est que, réciproquement, il s’est engagé à prévenir les opérations terroristes. Le Hamas aurait donc pu éviter de subir des dégâts considérables s’il avait stoppé ces attentats avant la riposte israélienne.

Le Hamas prétend également avoir gagné le soutien de la nouvelle Égypte, gouvernée par les Frères Musulmans. Sauf que, le Hamas n’avait pas besoin d’entrer en guerre contre Israël pour montrer les affinités qui existent entre ce mouvement et les Frères Musulmans ; on les connaissait déjà. Par contre, ce que le récent conflit entre le Hamas et Israël a permis de faire découvrir, c’est plutôt les limites de la solidarité de l’Égypte des Frères Musulmans envers le Hamas.

En effet, Ismail Haniyeh, le chef du Hamas dans la bande de Gaza, était allé jusqu’à demander publiquement l’intervention de l’Égypte contre Israël [1]. Mais au lieu d’acquiescer à la demande du Hamas, le nouveau pouvoir égyptien – soucieux de ne pas perdre l’aide militaire des États-Unis et sans pouvoir compter sur la loyauté parfaite d’une armée héritée de l’ère Moubarak – a préféré se mettre au-dessus de la mêlée et jouer le médiateur dans la négociation d’un cessez-le-feu entre le Hamas et Israël.

Il y a eu, certes, le ballet diplomatique autour du Hamas, avec la présence à Gaza de l’Émir du Qatar, puis des premiers ministres turque et égyptien. Mais ces percées diplomatiques – qui marquèrent surtout un affaiblissement du poids relatif de l’Autorité palestinienne – auraient pu avoir lieu sans un conflit militaire avec Israël.

Le Hamas se réjouit aussi d’avoir lancé des missiles pouvant atteindre Tel-Aviv. Mais, au détriment du Hamas, cette expérience a permis de découvrir, et le ciblage imprécis, rudimentaire, de ces engins, et, non moins important, la capacité d’Israël de les détruire en vol.

Le Hamas se vante, enfin, qu’Israël ait desserré les restrictions imposées au trafic de biens et de personnes depuis et envers la bande Gaza. Ici, le Hamas oublie que tout dépendra de lui : s’il ne respecte pas son engagement de faire cesser les attaques contre Israël, l’État hébreu a prévenu qu’il renforcera à nouveau les restrictions.

Le Hamas ne peut pas même se prévaloir d’une « victoire » sur le terrain de l’opinion publique. Tout au long du récent conflit entre le Hamas et Israël, la « rue arabe » aura fait partie des abonnés absents – elle a d’autres chats à fouetter par le temps qui court.

Pour résumer, on peut dire que tout ce que le Hamas prétend avoir gagné par la voie armée, il aurait pu l’obtenir sans avoir à endurer les pertes considérables infligées par Israël à l’infrastructure militaire et politique de ce mouvement.

En réalité, c’est plutôt Israël qui aura atteint des objectifs qui ne pouvaient être atteints que par le biais d’un conflit armé.

Primo, en éliminant le chef militaire du Hamas, Ahmed Jabari, Israël a frappé à la tête du Hamas. Deuxio, Israël a débilité fortement l’infrastructure militaire du Hamas, détruisant, selon les chiffres de l’armée israélienne, 19 centres de commandement, 26 sites de fabrication et de stockage d’armements et près de mille lance-roquettes [2].

Tertio, Israël a pu tester avec succès l’efficacité de son système de défense antimissile « Dôme de fer ». Et maintenant que le système a fait ses preuves, l’État hébreu pourra procéder à des ajustements techniques et, éventuellement, à une réduction du coût de fabrication.

Vu sous cet angle, le Hamas pourra continuer à pavoiser, prétendant avoir « gagné » tous et chacun des conflits militaires avec l’« entité sioniste ». Israël, à son tour, ne verra pas d’inconvénient à les « perdre » tous d’une telle façon.


La version en anglais de cet article est parue dans le site TheCommentator.com.

  1. « Nous appelons nos frères en Égypte à prendre les mesures nécessaires pour dissuader l’ennemi », cité in “Egypt intervenes to stop bloodshed as the rockets and bombs rain down”, The Times, Londres, 16-11-2012.
  2. Chiffres de l’armée israélienne.