Des Prix Nobel qui jouent à l’économie

Médaille Nobel (image libre de droits)

Lloyd Shapley et Alvin Roth ont reçu le prix Nobel d’économie 2012. Pourquoi ?

Lloyd Shapley et Alvin Roth ont reçu le prix Nobel d’économie 2012 il y a une semaine. Pourquoi ? 

Article publié en collaboration avec l’Aleps.

Lloyd Shapley et Alvin Roth ont reçu le prix Nobel d’économie. Pourquoi ? Pour avoir, dit-on, proposé une nouvelle formulation de la loi de l’offre et de la demande. Certes offre et demande doivent s’accorder : un commerçant sans client ferme boutique, et un malade sans médecin va souffrir ou mourir. Mais les deux économistes américains auraient eu le mérite de découvrir un modèle infaillible pour sceller cet accord.

Sont-ils d’ailleurs des économistes ? Shapley le dit simplement : « Je suis un mathématicien alors que cette récompense est destinée aux économistes ». Alvin Roth a réalisé un « travail empirique » à partir de la découverte de Shapley en plaçant 20.000 jeunes médecins en recherche d’emploi dans les hôpitaux américains. Shapley et Roth s’inscrivent dans le corps de la théorie des « appariements » (assortiments) permettant la formation d’un couple durable.

Pour les jurés du Nobel et les commentateurs, ces oeuvres devraient permettre de « rendre les marchés plus efficients », grâce à un nouveau modèle (mathématique) de rencontre de l’offre et de la demande. Ce modèle se déduit de la théorie des jeux, qui se propose de trouver la solution la plus logique pour chacun des deux joueurs dont les intérêts sont différents, mais peuvent converger (jeux coopératifs), ou diverger (conflits, du genre des Kriegspill, jeux stratégiques auxquels se livrent les états-majors militaires).

Question : le marché est-il un jeu coopératif, et les joueurs arrêtent-ils leurs décisions en fonction de ce qu’ils pensent de la décision de l’autre joueur ? Certes le marché est coopération, et coordination. Mais une économie de marché ne se résume pas à la signature d’un contrat, et les signataires ne sont pas des robots programmés par des mathématiciens. Le marché est information, et les parties en présence font des choix subjectifs, sans cesse variables, et influencés par le contexte institutionnel.

C’est dire que l’économie sur laquelle Roth et les autres travaillent ne correspond à aucune réalité. Le processus d’appariement relève davantage de la planification centralisée que de l’économie de marché, où la loi de l’offre et de la demande n’implique pas l’intervention d’un arbitre extérieur, mais le libre choix des contractants. L’économie mathématique a égaré les économistes, qui ont trahi leur science pour jouer à l’économie modélisée.