L’Euro : une histoire de compromis

Sept « pêchés capitaux » de l’Euro ont mené à une trahison : on avait promis aux peuples européens la prospérité, ils ont aujourd’hui le chaos.

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L’Euro : une histoire de compromis

Publié le 13 octobre 2012
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Sept « pêchés capitaux » de l’Euro ont mené à une trahison : on avait promis aux peuples européens la prospérité, ils ont aujourd’hui le chaos.

Par Emmanuel Martin.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.

Pour bâtir une maison, un architecte se doit de respecter des principes : il ne peut faire de compromis avec les lois de la physique. À bien des égards la construction de l’Euro a été une suite de compromis, qui ne pouvait inévitablement que mener à l’écroulement de la maison Eurozone.

Le premier des compromis vient sans doute de l’histoire tourmentée du continent et de ses deux rivaux continentaux, la France et l’Allemagne. Après trois guerres épuisantes avec le turbulent voisin teuton, la pilule de la réunification a été dure à avaler en France. Et face à la montée inexorable du Deutschemark depuis les années soixante, il s’agissait pour les français en perte de vitesse de neutraliser le monstre allemand : le deal fut « ta réunification contre l’Euro ».

Le deuxième compromis a été celui avec la théorie même qui justifiait supposément l’Euro : celle de la zone monétaire optimale. Deux conditions n’en ont pas été respecté :

  • la mobilité des facteurs (l’absence de langue unique est un obstacle majeur) et la flexibilité des marchés (voir les marchés du travail de la Grèce, de l’Italie ou de la France…),
  • la présence d’un système de transferts entre régions pour amortir les chocs (une discipline budgétaire commune suffirait…).

Le troisième compromis est un « compromis à l’intérieur du deuxième compromis » : la France et l’Allemagne furent les premières dans les années 90 et à nouveau dans les années 2000 à s’exonérer de la discipline budgétaire.

Le quatrième compromis suit logiquement : la Grèce, démocratie dysfonctionnelle à État fortement clientéliste et à finances publiques plus que très opaques, n’aurait jamais dû intégrer l’aventure. Mais n’était-elle pas le berceau de la démocratie européenne, comme le rappelait Giscard ? N’allait-elle pas accueillir les Jeux Olympiques, vitrine de l’Europe ? Elle ne pouvait pas, politiquement, ne pas rejoindre la zone Euro.

Le cinquième compromis est celui fait dès le lancement de l’Euro avec la vision monétaire traditionnelle de l’Allemagne (pour qui la monnaie est synonyme de contrat – et non de pouvoir comme en France). La politique monétaire européenne a été menée pour rétablir une Allemagne alors homme malade de l’Europe, pour doper sa machine à exporter. Cette politique monétaire européenne par définition « moyenne » (un compromis là encore) a généré des bulles dans les pays du Sud comme l’Espagne, aggravé leurs problèmes de compétitivité et de déficits de comptes courants.

Le sixième compromis touche au non-respect de la clause de no-bailout de la part de la BCE. On sait que le 10 mai 2010, après avoir tenu bon devant des hommes politiques qui réclamaient « une vraie banque centrale » (comprenez : qui fasse tourner la planche à billets pour financer la mauvaise gestion des deniers publics), Jean-Claude Trichet a avalé son chapeau (et son « in-dé-pen-dan-ce ») pour racheter des obligations grecques. Les traités n’ont plus de valeur…

L’Euro devait mener la stabilité des prix. En Grèce les prix ont grimpé deux fois plus vite qu’en Allemagne sur la première décennie de l’Euro. Et quand la monétisation actuelle des dettes du Sud ne pourra plus être stérilisée par le biais de la banque centrale allemande, ce qui devrait arriver d’ici peu, l’inflation va pointer son nez. Autre compromis donc, avec une « mission » fondamentale de l’Euro.

Au total ces sept « pêchés capitaux » de l’Euro ont mené à une trahison : on avait promis aux peuples européens la prospérité par cet instrument qu’est l’Euro ; ils ont aujourd’hui le chaos. Et alors que l’Euro était supposé n’être qu’un instrument, il devient une fin en soi, « irréversible », et ce, alors même qu’il a failli. Le MES, n’est de ce point de vue, que la continuation de cette suite de compromis, amplifiée par un aléa moral gigantesque.

L’Euro est d’essence purement politique, et donc, fondamentalement, de « compromis ». Les européens paient aujourd’hui le prix  de cette compromission compulsive de la part de leurs élites politiques. Leur porte de sortie se trouverait, non pas dans un retour aux monnaies nationales, mais dans l’ouverture monétaire : l’Euro ne serait qu’une monnaie parmi d’autres, toutes libres de circuler sur le territoire européen, chacune rendant les services monétaires à des populations qui ne seraient plus enfermées dans le carcan du monopole – du compromis. Alors que l’innovation monétaire libère peu à peu le voisin africain, faudrait-il que l’Europe se verrouille ?

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Sur le web.

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  • L’euro n’a de valeur que parce que c’est une monnaie a cours forcé. C’est sa « substantifique moelle », comme celle de toutes les monnaies papier nationales depuis la naissance du concept en Chine.

    Lui retirer ça est strictement équivalent à signer son arrêt de mort.

  • Pour moi il faut démonter l’euro unique.

    Faire un « euro » ou « écu » unique pour les transactions internationales, et revenir a des monnaies nationales adaptées à chaque pays.

    Des études montrent que le franc perdrait seulement 2% sur l’euro actuel, le mark lui prendrait 20%, la lire -10% etc. Un rééquilibrage compétitif pour les pays du sud et nous inclus. Il faudrait garder une coordination, un endroit où les pays peuvent discuter des valeurs pour les gérer au mieux. Le but étant pour le franc de dévaluer progressivement jusqu’au niveau du dollar. (-20% sur l’euro actuel).

    Quant à la Banque Centrale, désolé de le dire mais je suis absolument contre le fait qu’elle n’ait pas le droit de financer les Etats à « 0% ». Pour moi il est clair qu’il faut rétablir chaque banques nationales des pays pour leur permettre (avec contrôle) d’éponger tranquillement les dettes à coup quasi-nulle au lieu de faire payer 6% à l’Espagne, 20 à la Grèce etc ce qui n’a aucun sens et entraîne des casses énormes. Puis n’autoriser QUE les financements via la banque nationale pour les investissements, pas les coups de fonctionnements qui doivent rester sur les marchés pour obliger à la bonne gestion. (là aussi on doit mettre un contrôle).

  • Selon moi la concurrence monétaire comme l’étalon-or sont des solutions faibles vouées à être renversées par les politiciens socialistes, qui auront toujours besoin de création monétaire pour détourner les ressources économiques selon leurs lubies mégalomanes.

    Une seule solution: La démocratie directe.

    Il est vain de chercher à mettre le pouvoir monétaire à l’abri des politiciens. Ils finiront toujours par renverser les obstacles qu’on leur imposera.

    La démocratie directe leur retire définitivement le pouvoir d’entraîner leur pays dans les aventures socialistes.
    Le Franc suisse valait 1 Franc français en 1914, et 425 fois plus en 2002…

    @Flo
    Les États ne peuvent pas emprunter à 0% à leur banque centrale parce que cela anéantit la crédibilité de leur monnaie.
    Qui voudrait posséder une telle monnaie, à moins d’une rémunération exorbitante ?
    L’implication des banques privées visait à faire porter le risque au privé, donc à assurer la solvabilité des États.
    Finalement les politiciens ont asservi les banques à leurs intérêts…

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