La campagne de Romney en perte de vitesse ?

Les difficultés s’accumulent dans le camp Romney. À la traîne dans de nombreux sondages, avec un écart d’environ 3% par rapport au Président sortant, le candidat républicain semble peiner à convaincre une majorité de l’électorat du bien-fondé de sa candidature.

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La campagne de Romney en perte de vitesse ?

Publié le 3 octobre 2012
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Les difficultés s’accumulent dans le camp Romney. À la traîne dans de nombreux sondages, avec un écart d’environ 3% par rapport au Président sortant, le candidat républicain semble peiner à convaincre une majorité de l’électorat du bien-fondé de sa candidature.

Par Philippe Deswel.
Publié en collaboration avec Le Bulletin d’Amérique.

Le mois de septembre est traditionnellement le moment où la campagne présidentielle débute aux États-Unis. L’attention de la nation se fixe alors sur les candidats et leur programme. Le long processus de primaires, de caucus, qui a abouti au choix de Romney par les militants du GOP pour porter leur étendard au mois de novembre, n’a attiré, comme il est de coutume, l’intérêt que d’une fraction limitée de l’électorat. L’audience dépasse maintenant celle des Américains familiers aux rouages de la politique et des partis. L’équipe de Mitt Romney a voulu concevoir ce premier moment de la campagne post-conventions comme une phase de construction d’une relation de confiance entre le candidat et son électorat. Le résultat reste, à ce stade, plutôt mitigé.

Le savoir-faire et l’expertise du technicien

Par tempérament, Romney s’inscrit, selon nombre de ceux qui l’ont côtoyé, davantage dans la catégorie des techniciens que des affectifs. Homme d’affaires à succès, diplômé de Harvard et ancien du cabinet Bain et, plus brièvement, du Boston Consulting Group, il met en avant sa maîtrise des chiffres et sa réussite personnelle pour convaincre son public.

Une attitude qui crée toutefois une relation de verticalité avec les électeurs, plutôt que d’horizontalité, de proximité ou d’identification forte. Un certain manque, perçu par beaucoup, d’aura et de charisme politique vient compliquer l’opération de séduction que le candidat républicain se doit de mener à une phase si avancée de la course pour la Maison Blanche.

Loin d’être familier aux arcanes de Washington, Romney se présente comme un homme qui puisse apporter un vent d’air frais et de renouveau dans la capitale fédérale. Il s’appuie sur son expérience de gouverneur du Massachussetts, bien que son mandat n’ait duré que de 2003 à 2007, avec de nombreux accomplissements à son actif, et sur sa remise à pieds des Jeux Olympiques de Salt Lake City de 2002, pour illustrer son goût des défis, y compris politiques. Mais il semble, d’après certains observateurs, parfois manquer à son esprit rationnel, pragmatique, presque froid et calculateur, l’instinct qui est l’apanage des hommes politiques aguerris.

Un candidat Romney rattrapé par ses maladresses

Lui et son équipe ont pu faire dernièrement les frais d’une telle approche. Le site Internet Mother Jones, proche des Démocrates, a publié des extraits saisis en off d’une prise de parole jugée malheureuse lors d’un dîner de donateurs organisé le 17 mai dernier dans la maison d’un investisseur financier à Boca Raton, en Floride. Il y accuse, notamment, les 47% d’électeurs d’Obama crédités dans les sondages d’être dépendants des aides fédérales et de se poser en « victimes. » D’après cet extrait, il affirme ne rien pouvoir pour convaincre cette partie du peuple américaine sourde à son message de confiance et de réussite individuelle. Sur le front extérieur, il jugerait par ailleurs le processus de paix israélo-palestinien au point mort.

Ces propos ont déclenché une vive polémique et quelque peu diminué la portée du message de Mitt Romney à moins de deux mois de l’élection. Certains y ont vu une marque de l’élitisme du multimillionnaire, et un manque d’osmose entre Romney et la majorité des électeurs. Le candidat a paru renvoyer face à face une moitié de l’électorat contre l’autre au lieu de tout miser sur le rassemblement.

De fait, il faut noter que le site à l’origine de cette polémique, Mother Jones, a avoué avoir édité le contenu de la prise de parole. Une à deux minutes d’enregistrement sont, ainsi, mystérieusement manquantes, à un moment pourtant clé de l’intervention. Cette technique augmente le risque de citation hors contexte et réduit la fiabilité de la source, par ailleurs fermement opposée à la candidature Romney. Le candidat du GOP, suite à cette polémique naissante, a voulu rebondir en affirmant que la campagne qu’il menait était à « 100% » orientée vers la défense des États-Unis et des intérêts américains.

Avantage aux démocrates ?

À ce stade de la campagne, Romney reste convaincu que l’économie est la priorité numéro un des Américains, avec le niveau de la dette fédérale en seconde position. En dépit de ce diagnostic qui tendrait à le favoriser, le candidat n’a pas bénéficié à plein de « l’effet convention » à la fin du mois d’août. Peu de faits saillants sont à retenir d’une convention républicaine jugée terne à Tampa, mis à part la présentation officielle du ticket Romney-Ryan et un discours de nomination avant tout centré sur les affaires domestiques. Celles-ci ont été jugées comme les plus importantes en temps de crise et de désengagement de nombreux fronts extérieurs. On retient, aussi, une intervention improvisée de Clint Eastwood face à une chaise vide censée représenter un Président sortant « absent. »

La convention démocrate, en revanche, a attiré l’attention malgré le fait que la nomination du candidat démocrate ne présentait aucun suspens. Les médias ont eu tendance à dépeindre une défense enflammée et attendue de l’action du Président par son épouse, ainsi qu’une intervention remarquée de l’ancien Président Bill Clinton, qui s’est livré à un moment à une véritable démonstration d’arithmétique publique devant son audience. Cette défense de l’actuel Président ne peut toutefois masquer les nombreux manques de son bilan, ni le sentiment de la plupart des catégories d’électeurs d’avoir été trahies par l’oubli des promesses de 2008, dans un contexte de stagnation économique aggravée.

Ainsi, la campagne semble pour le moment illustrer moins les faiblesses du bilan du Président sortant que le manque de force de conviction de Romney. D’autant que ce dernier doit convaincre sur son programme économique et budgétaire. Les solutions du candidat Romney restent à valider par une majorité d’électeurs au mois de novembre pour pouvoir être mises en œuvre, dans le cadre d’un duel dont les contours deviennent de plus en plus précis entre le Président sortant et son principal opposant. Si ce dernier peut sembler en perte de vitesse, la route qui mène au jour de l’élection, le 6 novembre, promet d’être encore longue.

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  • « Un certain manque, perçu par beaucoup, d’aura et de charisme politique vient compliquer l’opération de séduction que le candidat républicain se doit de mener à une phase si avancée de la course pour la Maison Blanche. »

    je ne pense pas que ce soit le fond problème.

    Romney n’attaque pas assez Obama, il essaie juste de dire que lui est un bon candidat et qu’avec lui tout ira mieux.

    cette stratégie marcherait en 2008, si les américains avaient le choix entre deux nouveaux candidats. Le problème c’est que là les américains ont eu 4 ans d’Obama et dans leurs têtes, grâce à la propagande médiatique notamment, c’est pas si mal.

    ils ne voient pas trop de raison de changer de président.

    Romney doit :
    1. cesser d’appeler Obama « President Obama », même si Biden lui a bien rendu la pareille avec son « president romney ». Clinton disait « Mr. Bush » et Hollande parlait du « candidat sortant ».
    2. faire tourner en boucle les vidéos du « you didn’t build that » et où on voit Obama dire à un entrepreneur qu’il préfèrerait que celui-ci reste au chômage et qu’il y gagnerait plus en étant au chômage qu’en se lançant dans une activité
    3. attaquer Obama sur la politique étrangère désastreuse qu’il a mené, notamment sur le fait que des célébrités amis d’Obama se voient mieux protégés qu’un ambassadeur dans une zone sensible (bien que je sois pas sûr que Romney compte faire mieux)
    4. parler des 16T de dette !!!!!

    au contraire, là j’ai l’impression que Romney essaie juste de se faire aimer du public.

    • Obama, représente aussi la réussite personnelle, tant appréciée des Américains.

      Après avoir remboursé ses 125000 $ de prêt d’études il est arrivé à la plus haute marche qu’un politique peut gravir.

      Les histoire de réussite par résilience, ils adorent, c’est d’ailleurs le thème préféré du cinéma Américain.

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