Leçon d’économie de Bastiat à Hollande

Bastiat l'avait montré, en économie il y a ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas. François Hollande ferait bien de s'en rappeler.
Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
imgscan contrepoints760 Hollande la vie en rose

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Leçon d’économie de Bastiat à Hollande

Publié le 26 septembre 2012
- A +

Bastiat l’avait montré, en économie il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. François Hollande ferait bien de s’en rappeler.

Par François Lenglet, dans Le Point.

L’économiste le plus maltraité par les Français est un Français et, s’il n’avait pas eu l’esprit de disparaître en 1850, il eût été malheureux en cette rentrée 2012. Frédéric Bastiat, dans l’un de ses pamphlets les plus éclairants, s’est attaqué aux idées reçues avec une thèse simple, qui a traversé un siècle et demi sans une piqûre de rouille : en économie, il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Tel acte, telle décision a des conséquences visibles, et d’autres qui, pour être invisibles, n’en sont pas moins bien plus profondes et durables. Or, explique Bastiat,« il arrive presque toujours que, lorsque la conséquence immédiate est favorable, les conséquences ultérieures sont funestes, et vice versa. D’où il suit que le mauvais économiste poursuit un petit bien actuel qui sera suivi d’un grand mal à venir, tandis que le vrai économiste poursuit un grand bien à venir, au risque d’un petit mal actuel » [1].

Subventionner les prix du carburant, comme l’envisage le gouvernement pour tempérer la hausse du pétrole ? L’avantage, quoique modeste, est immédiat pour le budget des ménages. Mais, si le consommateur paie moins, c’est le contribuable qui prendra la relève : 1 centime de moins sur le prix du litre, c’est plusieurs centaines de millions d’euros d’impôts – ou de déficit – en plus. Dans le même temps, le gouvernement projette de mettre en place une fiscalité écologique, pour inciter les ménages et entreprises à réduire la consommation en énergies fossiles. L’argent prélevé avec les « impôts verts » servira donc, indirectement, à subventionner l’essence. C’est-à-dire à faire grimper la consommation en énergies fossiles. S’il y avait un championnat mondial de l’usine à gaz, nous aurions ici un bon candidat pour le podium. Usine à gaz à effet de serre, cela va de soi.

Créer des emplois publics pour les jeunes ? Là encore, le bénéfice immédiat est réel, pour occuper les armées qui s’épuisent à l’entrée du marché du travail à force de chômage et de stages. Mais, parallèlement, le gouvernement veut supprimer les allégements de charges sociales dans le secteur privé. Pour trouver de l’argent, on va donc augmenter le coût du travail, au risque de détruire des emplois. Ce qui se voit : quelques dizaines de milliers d’emplois créés dans le public. Ce qui ne se voit pas : quelques dizaines de milliers d’emplois supprimés dans le privé, au fil des prochains trimestres.« Vous comparez la nation à une terre desséchée et l’impôt à une pluie féconde, écrivait Bastiat. Soit. Mais vous devriez vous demander aussi où sont les sources de cette pluie, et si ce n’est pas précisément l’impôt qui pompe l’humidité du sol. » Voilà une adresse fort contemporaine.

À dire vrai, le martyre posthume de Bastiat n’est pas plus douloureux sous la gauche que sous la droite. Les mânes de notre économiste oublié ont été fort malmenés par le quinquennat Sarkozy et son feu d’artifice de mesures fiscales contradictoires. Quel que soit le président, en France, on s’attache d’abord à ce qui se voit, au détriment de ce qui ne se voit pas. Le mythe des « cent jours » aggrave encore ce travers : comment peut-on espérer raisonnablement redresser le pays en trois mois, sinon avec des mesures symboliques, donc superficielles et improductives ? Qui pouvait croire de telles fariboles ?

Voilà une quinzaine d’années que gauche et droite se succèdent et ignorent délibérément ce qui ne se voit pas : la lente détérioration de la compétitivité française, dissimulée par l’union monétaire européenne, qui nous a protégés des crises de change – l’euro a été utilisé par la France comme un chiffon pour assourdir le signal d’alarme – et lui a permis de continuer à financer des dépenses supérieures aux recettes. C’est cette chute de compétitivité qui est la cause première des maux français : le chômage et le déficit. Pendant les Trente Glorieuses, nous avions réglé ce problème grâce à la dévaluation et à l’inflation. À partir du milieu des années 80, nous nous sommes interdit de dévaluer, et nous avons trouvé un nouvel expédient, l’endettement, qui nous a permis de tenir un quart de siècle de plus, au prix de déséquilibres budgétaires croissants. C’était bien, mais c’est fini. Après avoir épuisé tous les recours disponibles, nous voici revenus à l’impératif fondamental : il faut rétablir la compétitivité de la production française, sans dévaluer et sans s’endetter davantage. Faute de quoi ce qui ne se voit pas finira par nous aveugler.

Pour lire le texte de Bastiat (cité par Lenglet ci-dessus) sur votre Smartphone, cliquez  ici


Article paru initialement dans Le Point, mis en ligne sur le site de Damien Theillier.

Voir les commentaires (20)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (20)
  • Bastiat avait tout montré. A côté, Nostradamus était moins clairvoyant qu’un indicateur des chemins de fer…

    • Quand le sage montre la lune… Bat s’étonne de la clairvoyance de ce doigt, qu’il compare à Nostradamus 🙂

      • Au risque de vous vexer, je me suis toujours méfié de deux choses:

        -Les gens qui font parler des auteurs 150 ans après leur mort
        -L’invocation du « bon sens » comme principe ultime de justification

        Ici, on a le rassemblement des deux…

        • « -Les gens qui font parler des auteurs 150 ans après leur mort
          -L’invocation du « bon sens » comme principe ultime de justification »

          Si vous avez des arguments pour prouver qu’une baisse d’1 centime c’est pas une augmentation de taxe ailleurs et qu’un emplois payé par les impôts n’est pas un emploi de moins quelque part exposez les.

          Mais comme vous détestez tout ce qui a plus de 150 ans c’est pas les math qui eux datent de 4000 ans qui vont vous étouffer c’est clair, quand au bon sens il est encore plus ancien.

  • Excellent !!!
    Et , malheureusement de stricte vérité !!!

  • « Le point » qui cite Bastiat dans un éditorial, c’est surtout ça, la nouvelle importante. Go libéralisme, Go, Go !!!

    • Très cher, vous me l’otez du clavier.

    • Quel bonheur !
      Cela fait des années que je dois préciser, lorsque je parle de Bastiat, que je ne fais pas référence à l’ancien second ligne de l’équipe de France de Rugby.

      Encore un effort, et nous aurons un « Ron Paul » Français à la présidentielle …

      • Il faudrait demander a Alternative economique de nous dire pourquoi Bastiat a tort… AU moins on connaitrait tous les « arguments » des gauchistes (des gauchistes de gauche comme de droite dirais-je) face au bon sens.
        Mais alter eco etant peuple de cretins de base, ils ne le feront pas. Proudhon s’y est deja casse les dents…

  • Bastiat (ou nul n’est prophète en son pays) mérite plus d’attention, il est vrai. D’autant plus que ses écrits sont limpides et clairs, et démontent souvent les faux raisonnements économiques. Pourtant, l’article poursuit en déclarant que le gouvernement entend « Subventionner les prix du carburant » en baissant les taxes… la confusion est, dans le contexte, quelque peu ironique.

  • Charentais libéral
    27 septembre 2012 at 14 h 32 min

    Bastiat était vraiment un visionnaire, lire deux de ses citations ci-dessous :

    «Les abus iront toujours croissants et on en recalculera le redressement d’année en année, comme c’est l’usage jusqu’à ce que vienne le jour d’une explosion. Mais alors, on s’apercevra qu’on est réduit à compter avec une population qui ne sait plus agir par elle-même, qui attend tout d’un ministre ou d’un préfet, même la subsistance, et dont les idées sont perverties au point d’avoir perdu jusqu’à la notion du Droit, de la Propriété, de la Liberté et de la Justice »…

    ‘La chimère du jour est d’enrichir toutes les classes aux dépens les unes des autres ; c’est de généraliser la Spoliation sous pretexe de l’organiser. Or, la spoliation légale peut s’exercer d’une multitude infinie de manières ; de la multitude infinie de plans d’organisation : tarifs, protection, primes, subventions, encouragements, impôt progressif, instruction gratuite, droits au travail, droit au profit, droit au salaire, droit à l’assistance, droit aux instruments de travail, gratuité du crédit, ect. Et c’est l’ensemble de tous ces plans, en ce qu’ils ont de commun, la spoliation légale, qui prend le nom de socialisme. »

  • Les abrutis de libéraux qui sont à l’origine de la crise actuelle après la dérégulation éhontée de l’économie en la faveur des riches nous préconisent donc de lire des conneries comme Batsiat. En même temps, ceci reflète bien leur niveau d’intelligence, proche du néant !

    • un peu moins d’insultes et au moins un argument pour démontrer que Bastiat s’est trompée dans ses écrits, cela vous permettrait de ne pas passer pour le dernier des idiots.

    • « Les abrutis de libéraux qui sont à l’origine de la crise actuelle après la dérégulation éhontée de l’économie »

      Mwarf.
      Quelle supplice que de vivre dans une société peuplée de pareils idiots.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Michel Faure.

Les libéraux n’ont jamais été vraiment écoutés en France. Aujourd’hui, avec la crise de la Covid-19, ils sont inaudibles et certains s’en réjouissent.

Nous sommes entrés, nous dit-on avec délice, dans « un moment keynésien », comme s’il s’agissait d’une nouveauté alors que ce moment dure depuis six décennies. On fête aussi déjà la fin du libéralisme, comme si nous laissions derrière nous une longue et calamiteuse période d’un État modeste et régalien.

Mais c’est l’étatisme qui règne en France, pas le lib... Poursuivre la lecture

1
Sauvegarder cet article

Par Damien Theillier.

Petite explication par Pascal-Emmanuel Gobry :

Pour un keynésien, Noël est évidemment une bonne chose. Noël, c’est une poussée très forte de la consommation. Les gens dépensent leur argent. Ces dépenses créent de l’activité économique : tous ces jouets, il faut les fabriquer, les acheminer, les marketer, les distribuer… Tout ça crée de l’activité économique, et donc de la croissance et des emplois. Après tout, à un instant T, l’économie n’est que la somme des décisions individuelles de dépenses. Que du bon ... Poursuivre la lecture

Par Damien Theillier.

L’un des événements qui marqua à tout jamais Frédéric Bastiat, fut sa rencontre avec l'industriel et économiste anglais Richard Cobden (1804-1865), qui défendait le libre-échange et contribua à l'abolition des lois protectionnistes en Grande-Bretagne (1848-1851).

Par ailleurs, on ne le sait pas, mais Karl Marx fut un lecteur de Frédéric Bastiat. Il reprocha à Bastiat son manque de scientificité (postface de la deuxième édition du Capital). En réalité Bastiat refusait de penser l’économie sur le modè... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles