Leçon d’économie de Bastiat à Hollande

imgscan contrepoints760 Hollande la vie en rose

Bastiat l’avait montré, en économie il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. François Hollande ferait bien de s’en rappeler.

Bastiat l’avait montré, en économie il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. François Hollande ferait bien de s’en rappeler.

Par François Lenglet, dans Le Point.

L’économiste le plus maltraité par les Français est un Français et, s’il n’avait pas eu l’esprit de disparaître en 1850, il eût été malheureux en cette rentrée 2012. Frédéric Bastiat, dans l’un de ses pamphlets les plus éclairants, s’est attaqué aux idées reçues avec une thèse simple, qui a traversé un siècle et demi sans une piqûre de rouille : en économie, il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Tel acte, telle décision a des conséquences visibles, et d’autres qui, pour être invisibles, n’en sont pas moins bien plus profondes et durables. Or, explique Bastiat,« il arrive presque toujours que, lorsque la conséquence immédiate est favorable, les conséquences ultérieures sont funestes, et vice versa. D’où il suit que le mauvais économiste poursuit un petit bien actuel qui sera suivi d’un grand mal à venir, tandis que le vrai économiste poursuit un grand bien à venir, au risque d’un petit mal actuel » [1].

Subventionner les prix du carburant, comme l’envisage le gouvernement pour tempérer la hausse du pétrole ? L’avantage, quoique modeste, est immédiat pour le budget des ménages. Mais, si le consommateur paie moins, c’est le contribuable qui prendra la relève : 1 centime de moins sur le prix du litre, c’est plusieurs centaines de millions d’euros d’impôts – ou de déficit – en plus. Dans le même temps, le gouvernement projette de mettre en place une fiscalité écologique, pour inciter les ménages et entreprises à réduire la consommation en énergies fossiles. L’argent prélevé avec les « impôts verts » servira donc, indirectement, à subventionner l’essence. C’est-à-dire à faire grimper la consommation en énergies fossiles. S’il y avait un championnat mondial de l’usine à gaz, nous aurions ici un bon candidat pour le podium. Usine à gaz à effet de serre, cela va de soi.

Créer des emplois publics pour les jeunes ? Là encore, le bénéfice immédiat est réel, pour occuper les armées qui s’épuisent à l’entrée du marché du travail à force de chômage et de stages. Mais, parallèlement, le gouvernement veut supprimer les allégements de charges sociales dans le secteur privé. Pour trouver de l’argent, on va donc augmenter le coût du travail, au risque de détruire des emplois. Ce qui se voit : quelques dizaines de milliers d’emplois créés dans le public. Ce qui ne se voit pas : quelques dizaines de milliers d’emplois supprimés dans le privé, au fil des prochains trimestres.« Vous comparez la nation à une terre desséchée et l’impôt à une pluie féconde, écrivait Bastiat. Soit. Mais vous devriez vous demander aussi où sont les sources de cette pluie, et si ce n’est pas précisément l’impôt qui pompe l’humidité du sol. » Voilà une adresse fort contemporaine.

À dire vrai, le martyre posthume de Bastiat n’est pas plus douloureux sous la gauche que sous la droite. Les mânes de notre économiste oublié ont été fort malmenés par le quinquennat Sarkozy et son feu d’artifice de mesures fiscales contradictoires. Quel que soit le président, en France, on s’attache d’abord à ce qui se voit, au détriment de ce qui ne se voit pas. Le mythe des « cent jours » aggrave encore ce travers : comment peut-on espérer raisonnablement redresser le pays en trois mois, sinon avec des mesures symboliques, donc superficielles et improductives ? Qui pouvait croire de telles fariboles ?

Voilà une quinzaine d’années que gauche et droite se succèdent et ignorent délibérément ce qui ne se voit pas : la lente détérioration de la compétitivité française, dissimulée par l’union monétaire européenne, qui nous a protégés des crises de change – l’euro a été utilisé par la France comme un chiffon pour assourdir le signal d’alarme – et lui a permis de continuer à financer des dépenses supérieures aux recettes. C’est cette chute de compétitivité qui est la cause première des maux français : le chômage et le déficit. Pendant les Trente Glorieuses, nous avions réglé ce problème grâce à la dévaluation et à l’inflation. À partir du milieu des années 80, nous nous sommes interdit de dévaluer, et nous avons trouvé un nouvel expédient, l’endettement, qui nous a permis de tenir un quart de siècle de plus, au prix de déséquilibres budgétaires croissants. C’était bien, mais c’est fini. Après avoir épuisé tous les recours disponibles, nous voici revenus à l’impératif fondamental : il faut rétablir la compétitivité de la production française, sans dévaluer et sans s’endetter davantage. Faute de quoi ce qui ne se voit pas finira par nous aveugler.

Pour lire le texte de Bastiat (cité par Lenglet ci-dessus) sur votre Smartphone, cliquez  ici


Article paru initialement dans Le Point, mis en ligne sur le site de Damien Theillier.