Charlie Hebdo : la défense de la souveraineté

imgscan contrepoints709 Intouchables Charlie Hebdo

Les déclarations les plus irresponsables sont celles des politiciens qui jugent les caricatures de Charlie Hebdo malvenues.

Les déclarations les plus irresponsables sont celles des politiciens qui jugent les caricatures de Charlie Hebdo malvenues.

Par Acrithène.

Dans une société, la capacité d’imposer une règle par la menace d’une sanction violente en réaction à son infraction, est le privilège du législateur, quel qu’il soit. Aussi, lorsque des intégristes menacent quiconque sur notre territoire d’une réponse violente à une caricature religieuse, ce n’est pas seulement la liberté d’expression, droit finalement assez relatif en France, qui est mise en doute mais la souveraineté de nos institutions politiques. Ce qui fait question avant tout, ce n’est pas de savoir si Charlie Hebdo devrait ou non pouvoir publier des caricatures religieuses, mais de savoir si quiconque, à l’exception du Parlement, a le droit d’édicter des règles de conduite en France, et de les faire appliquer par la force.

Si l’on admet, que la règle édictée par un agent étranger doit être prise en compte par les citoyens avant qu’ils ne jouissent des libertés publiques, et ce en raison de la violence qui en dériverait, nous donnons à cette règle les attributs de la loi. Et alors, nous reconnaissons à son initiateur une forme de souveraineté sur notre territoire. Pourtant, la seule réponse que peut apporter un État souverain à une telle tentative d’usurpation est la guerre. Aussi les déclarations les plus irresponsables sont-elles celles des politiciens qui jugent ces caricatures malvenues du seul fait qu’elles provoqueront des représailles violentes. Nous ne leur avons pas confié le pouvoir pour qu’il le laisse à d’autres.

Par ailleurs, lorsqu’une sénatrice UMP prétend faire payer à Charlie Hebdo le coût de sa protection, elle ignore une des rares solidarités vraiment légitimes dans une société. A savoir qu’il n’est pas possible d’agresser un de ses membres sans entrer en conflit avec tous les autres. Aurions-nous dû faire payer la Grande Guerre aux seuls lorrains et alsaciens au prétexte qu’ils constituaient l’essentiel de notre discorde avec l’Allemagne ? C’est l’ensemble de la société qui autorise Charlie Hebdo à publier ces caricatures, et lorsqu’une autorité tierce prétend restreindre cette liberté, ce n’est pas la caricature qui est mise en cause, mais le droit de la société d’édicter ses propres règles. C’est donc la société toute entière qui est attaquée.

Au-delà de ce principe, se trouve le devoir de l’État de protéger les libertés fondamentales de ses citoyens. L’État ne naît que du renoncement des individus à se faire justice eux-mêmes et à recourir à la violence pour défendre leurs libertés. Et ce renoncement n’a de sens que dès lors que l’État prend en charge cette défense. Aussi Charlie Hebdo n’a-t-il aucune responsabilité quant aux éventuelles violences résultant de ses opinions. En effet, la responsabilité de garantir les libertés publiques est celle de l’État. La seule responsabilité d’un journal dans un pays libre est celle de la vérité. Et libre à chacun de critiquer ou de soutenir Charlie Hebdo sur cette question…