Le printemps arabe ne fait que commencer

La rue arabe présente un risque d’embrasement. Mais les islamistes sont réfrénés par toute une série de contraintes.

La rue arabe présente un risque d’embrasement. Mais les islamistes sont réfrénés par toute une série de contraintes.

Par Marc Crapez.

Manifestations contre le film américain «Innocence of Muslims».

Les manifestations qui secouent le monde arabo-musulman, de la Malaisie au Soudan, ne remettent pas en cause le bien-fondé et le bon déroulement de la sortie de la dictature, et de la longue marche vers la démocratie, qui ont débuté voici un an et demi, sous l’appellation de printemps arabe.

En dépit de l’irruption prévisible de partis islamistes, il y a lieu d’être raisonnablement optimiste. La sortie de la dictature s’effectue sans chaos. Le scénario pessimiste de la poudrière égyptienne se trouve démenti et pourrait le demeurer car c’est l’inattendu qui surgit dans l’Histoire.

Il n’existe pas véritablement d’islamistes modérés. Mais il y a des islamistes réfrénés. Par toute une série de contraintes. Aucune entité étatique ne semble sur le point de tomber dans l’escarcelle de l’islamisme. Celui-ci ne s’empare que de zones sahéliennes allant du Mali au Yémen. Le salafisme wahhabite ne parvient à fonder que d’éphémères émirats islamistes dans des contrées désertiques ou escarpées. Il ne représente donc pas une menace totalitaire. Même si l’islam en général et l’Iran chiite en particulier demeurent belligènes.

Distinguer la rue arabe de l’opinion publique

Une nouvelle fois, la rue arabe brûle des drapeaux américains et montre le poing à l’Occident chrétien. Cette rue arabe doit toutefois être distinguée de l’opinion publique ou du corps électoral, auxquels une dominante de bons pères de familles ou de jeunes femmes confère davantage de modération.

Ces attroupements d’émeutiers, composés notamment de jeunes hommes désœuvrés et de vieux fanatiques, ne sont pas représentatifs de l’opinion publique arabe qui aspire à la démocratie. Mais, a contrario, l’opinion publique arabe est travaillée par cet islam fondamentaliste qui, à la faveur d’un processus démocratique, peut s’emparer du pouvoir, à l’image de ce qui s’est passé dans les territoires palestiniens. Le risque est donc permanent que la rue arabe ne mette un pays à feu et à sang.

Face à cette situation, la majorité des élites occidentales renvoient dos-à-dos l’islamisme et une menace chrétienne-fondamentaliste, en commençant par déplorer la nullité du film en question. Cela exprime un lâche soulagement. Ces élites sont non seulement effrayées (comme tout le monde) par la rue arabe, mais sont même prêtes à lui offrir une victime expiatoire, en la personne d’une idéologie islamophobe que sécréterait l’Occident.

Ce parallélisme est captieux car les fondamentalistes chrétiens ne sont pas belliqueux. Ce ne sont pas eux qui cherchent à déclencher des lynchages ou des guerres. Ils cherchent à démontrer, au besoin par des provocations, que la rue arabe est redoutable, ce qui n’est pas faux, et qu’il ne peut y avoir de coexistence pacifique avec l’islam car il représenterait un danger de type totalitaire, ce qui est une opinion.

Il importe donc de dire, avant toute chose, non pas que le film en question est nul, mais qu’il est et doit demeurer sous la protection tutélaire du premier amendement de la Constitution américaine. Contrairement à ce qu’exigent la rue arabe, et même une partie de l’opinion publique arabe, les auteurs de ce film n’ont pas à être réprimés.

La seule chose qui fait du tort à l’islam, ce sont les musulmans qui montrent le poing à l’Occident. C’est en acceptant mentalement que la liberté d’expression comporte des atteintes blessantes à sa conception du sacré que l’opinion publique arabe fera un pas supplémentaire vers la démocratie.