Morale laïque

Le mot "morale" pose problème. Le "vivre ensemble" suppose certes des règles de politesse, mais déterminer ce qui est juste va au-delà.
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L'enseignement de la morale laïque doit "arracher l'élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel" a précisé Vincent Peillon.

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Morale laïque

Publié le 4 septembre 2012
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Le mot « morale » pose problème. Le « vivre ensemble » suppose certes des règles de politesse, mais déterminer ce qui est juste va au-delà.

Par Vladimir Vodarevski.

L’enseignement de la morale laïque doit « arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel » a précisé Vincent Peillon.

Deux articles qui se télescopent dans Le Figaro d’hier. L’un traite des projets de « morale laïque » de Vincent Peillon, le ministre de l’éducation nationale français. L’autre des cours « d’éducation morale et nationale » que le gouvernement chinois veut imposer aux élèves du territoire de Hong Kong. Coïncidence malheureuse, ou rappel de ce que peut être la « morale » ?

L’éducation est un domaine sensible. Éduquer les enfants au « vivre ensemble », pourquoi pas. Les règles de politesse, se lever quand un professeur entre en classe, pour apprendre à se lever pour saluer quelqu’un plus tard, s’habiller correctement, ne pas être débraillé, ne pas parler trop fort dans son mobile en public, baisser le son de son baladeur dans les transports, aider les personnes âgées, les mamans avec une poussette dans les escaliers du métro, dans les transports en commun. Sensibiliser aux règles de santé publique, à l’utilité de se laver, aux problèmes  de l’alcoolisme, de la drogue, du cannabis. Sensibiliser au surpoids.

On remarquera que même dans les domaines ci-dessus, il peut y avoir des dissensions. Les règles vestimentaires ne font pas l’unanimité. La critique du cannabis non plus. Se lever quand entre un professeur, un proviseur, n’est pas acceptable pour tous. Il n’y a pas de consensus. Mais Vincent Peillon veut aller plus loin. Le Figaro le cite : « La morale laïque, c’est comprendre ce qui est juste, distinguer le bien du mal, c’est aussi des devoirs autant que des droits, des vertus et surtout des valeurs ».

Où finit l’éducation, où commence l’embrigadement ? Où commence le domaine de l’école, où est celui des parents ? L’écologie est-elle une valeur ? Faut-il enseigner la discrimination positive comme une valeur ?

Ce qui pose problème, c’est le mot « morale ». Il est très fort. Le « vivre ensemble » suppose des règles de politesse, de respect d’autrui, de sa propriété, de la propriété commune. Déterminer ce qui est juste va au-delà. Est-il juste de se défendre avec une arme à feu quand on est soi-même menacé d’une arme ? Est-il juste de gagner beaucoup d’argent en revendant une entreprise qu’on a créée ? Ce ne sont pas des sujets consensuels. Qui peut décider ce qui est juste ? Cela doit-il être enseigné comme une morale, ou être un débat ?

Le danger est d’empêcher tout débat, de déterminer par la loi, et donc de l’imposer à la société, ce que doit être l’opinion de chacun. De décréter ce que nous devons penser du régime politique idéal. Alors que la République doit autoriser la liberté d’expression, le débat, et que l’école doit former au débat, à l’autonomie de pensée. Sans compter le rôle des parents : l’enfant appartient-il à l’État ou est-il sous la responsabilité de ceux qui l’ont conçu ?

Le concept de « morale laïque » est ainsi ambigu, et ouvre la possibilité à des dérives. Il doit être précisé. Il est cependant étonnant qu’il ne suscite pas plus de débats, à gauche comme à droite. Notre société semble incapable de débattre, de réfléchir sur les sujets de société, se contentant de la communication, du marketing, et des effets de mode ou d’annonce. Les médias dominants se contentant d’être une caisse de résonance, plutôt que de susciter le débat.

—-
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  • « arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel »

    Il s’agit donc bien de créer un homme nouveau.

  • premier pas vers un régime totalitaire style culte du chef Nord-Coréen.

    J’imagine qu’il faudra tous que l’on chiale à la mort de untel.

  • Surtout que morale laïque ça ne veut rien dire, c’est un fourre-tout pour mettre plein d’idées dedans. On sent bien l’embrigadement.

    • Oui mais ça fait plaisir aux laïcards !

      • … des fois que quelqu’un aurait l’idée criminelle de rajouter « judéo-chrétienne » au mot morale. …
        Sûr que c’est une agence de com qui a planché sur le sujet du terme à utiliser pour ne pas « heurter » certains citoyens électeurs …

    • Oh si, morale *laïque* ça veut dire très clairement que l’Etat reconnaît que la mission jadis assurée par les religions et les familles est importante, et qu’il va donc la monopoliser et en imposer sa version à chacun. Encore un monopole.

  • Pour ceux qui ne savent pas ce que veut dire « Morale Laïque » dans le débat sur l’école selon la sauce PS, je les invite à lire les rapports de Jean Glavany :
    Le Guide Pratique de la Laïcité – Fondation Jean Jaurès – Jean Glavany
    Laïcité : les deux points sur le i – Fondation Jean Jaurès – Jean Glavany
    Ces rapports sont édifiants :
    C’est à la société française d’adapté la laïcité aux exigences religieuses…

  • On se demande comment font tous les autres pays dans lesquels ce concept de laïcité (et par la même occasion le terme lui-même) n’existe même pas ! C’est sûr, ils vivent dans un véritable enfer !

  • Tout ça, c’est du blabla. Pendant que tout le monde en parle, se pose la question de la signification de morale et de laïque, on oublie que le problème de l’école est ailleurs. Pourquoi tant d’enfants ne savent ni lire ni écrire en 6ème et que fait-on concrètement. Une autre paire de manche !

    Avec cette histoire de morale, on sodomise les mouches, on s’attache au détail qui n’aboutira concrètement à rien de sérieux et on enfume la population. Cette histoire de morale finira dans les cartons, au mieux, avant de resurgir d’ici quelques années. Au pire, on fera une bon petit prêchi-prêcha à la con bien politiquement correct aux enfants sur le temps d’apprentissage du français et du calcul.

    Du vent et de la com’ et cela se transformera en caca, comme tout ce qui se fait dans l’EN depuis quelques décennies.

  • Il y a quelques décennies, le plus petit dénominateur commun des jeunes sortants de l’école, c’était qu’ils savaient lire et compter.

    Maintenant, par défaut, puisqu’il est acté que cet objectif n’est plus accessible, ils font en sorte que ce soit un minimum de savoir vivre ensemble, avec une morale laïque, qui jusque là venait tout naturellement de la connaissance.

    C’est donc une régression pour l’éducation nationale.

  • Cette question est bien plus fondamentale qu’il n’y paraît: C’est l’admission de l’échec du rationnalisme, et c’est aussi et surtout la fin d’une parenthèse chrétienne durant laquelle Dieu et César étaient distincts.

    Le point de départ et le constat que la moral doit toujours être perçue comme absolue: On ne souscrit à une morale que si on la croit universelle et permanente. La morale fait partie de la vision de l’homme en général, de l’anthropologie.

    La morale est absolue mais il est impossible de s’accorder pour la définir, sauf, dans une certaine mesure, sur la base d’une religion.
    C’est pourquoi toute civilisation part d’une religion, et Malraux prédisait en 1956 qu’en l’absence de religion la France se dissoudrait.

    La civilisation occidentale est fondée sur la religion chrétienne, qui circonscrit l’absolu à la morale chrétienne qui nous est encore familière.
    Cette morale est abstraite et idélaiste et donc impropre à êter imposée, en rupture avec son antériorité juive, dont pourtant elle se présente comme l’accomplissement (d’où une certaine contradiction, féconde mais complexe, entre l’Ancien et le Nouveau Testament, les Évangiles étant souveraines, on l’oublie trop souvent).

    Pour autant le christianisme ne nie pas la nécessité d’une autorité régalienne: Il soustrait simplement l’absolu de son champ de compétence.

    Le concept est original, unique, et propre à la chrétienté, mais il a sa logique et a fonctionné près de mille ans: Le champ de l’absolu relève d’une autorité universelle et non coercitive; tout le reste, d’une autorité temporelle et coercitive.

    La mise à bas de ces principes par les Lumières, la Révolution et 1905 a remis la morale et la spiritualité entre les mains de l’autorité régalienne, qui ne s’est pas privée d’utiliser la force pour les balayer.

    Voilà dans quel contexte s’inscrit la « morale laïque », dont la vacuité intellectuelle et l’obscurantisme promettent d’atteindre de sommets.
    On ne saurait surestimer la gravité de ces questions.

    La libéralisme ne peut pas advenir, et peut-être même pas subsister à l’état de pensée, hors d’une morale de type chrétien, abstraite, désintéressée, et non coercitive: C’est la condition de la notion d’individu libre et responsable.
    Entre laïcisme et islam, le sort du libéralisme me paraît lié à celui du christianisme.

    • Belle réflexion Fucius auriez vous lu Philippe Nemo?

      Sinon il faut remarquer que c’est dans un monde qui professe sa haine de la morale (cf Mai 68) que malgré tout on recherche à la proclamer et que c’est dans un monde qui en vient à nier la famille que l’on cherche à l’imposer par l’école…

      • Je n’ai pas encore lu Philippe Némo mais je l’ai écouté.
        C’est passionnant et réconfortant pour moi, qui me sens si seul à voir que notre problème est de nature religieuse.
        Mais je pense aussi que le libéralisme est la victime collatérale de la déchristianisation, que christianisme et libéralisme ont partie liée et sont donc combattus avec une même férocité par le socialisme.

        Je ne suis pas sûr que Némo aille jusque là, je l’ai surtout entendu dire que le socialisme est une religion, et que la « révolution papale » a été déterminante. Pour ma part je suis convaincu que l’apport évangélique a été bien plus déterminant, après qu’il y a eu suffisamment de réflexion pour en tirer tous les enseignements et pour les propager jusqu’à ce qu’ils entraînent des évolutions socio-politiques, comme la sortie de l’esclavage ou le principe de séparation entre Dieu et César, qui signifie pratiquement que tout ce qui est absolu est idéal et abstrait, et que l’ordre coercitif est toujours relatif et imparfait. C’est ce contexte qui a permis la liberté et l’individu.

         » c’est dans un monde qui professe sa haine de la morale  »

        Effectivement un cours de morale par ceux qui la rejetaient comme un carcan jusqu’au terme depuis 2 siècles est un retournement et un aveu d’échec, mais qui vient trop tard: Leur forfait est oublié, on ne leur en tiendra pas rigueur.

        D’autre part ils sont restés relativistes et donc nihiliste, quoique leur dogmatisme les empêche de s’en aviser. Leur « morale » sera donc fausse, mensongère, stupide et contreproductive, mais certainement pas assise sur une anthropologie raisonnable.

        Quelle collection de paradoxes tout de même: Le dogmatisme des soi-disant rationnalistes; la confiance en la providence chez les athées…
        Ce serait amusant si ce n’était la ruine du capital intellectuel et humain de la France, et la destruction obstinée de tout ce qui l’avait rendue si brillante.

        • Pour vous avoir déjà croisé lors d’autres discussions, je suis assez d’accord avec vous (sur les conséquences de la sécularisation).
          C’est assez drôle, j’ai terminé il y a peu « La France aveuglée par le socialisme » de Ph. Némo et je ne pouvais qu’être d’accord avec une grande partie de son argumentaire : la maçonnerie oriente la république dans son sens, comme l’Eglise l’a fait plus tôt (quoique de manière souterraine pour la FM) ; l’Education Nationale fait office de clergé de la franc-maçonnerie (dans son rapport au religieux, au libéralisme) ; l’école qui, auparavant, avait pour but d’être un lieu d’instruction devient une « garderie » (fait pas ci, fait pas ça) ; cette déclaration de V. Peillon tombe à pic!
          Les problèmes d’incivisme et compagnie ne sont-ils pas la conséquence logique de mai 68, qui prônait fièrement l’abolition de tout ordre (moral)?
          Comment être surpris par la déroute d’une population qui, depuis lors, a pour unique but de se comporter comme Peter Pan, de ne pas suivre de règle, de ne rien reconnaître de supérieur, de jouir au maximum de la vie et d’éviter toute entrave, d’éviter toute responsabilité… Comment donc s’étonner que les enfants de ces « adulescents » ne respectent plus rien? Car leur aieux ne leur ont, sur le fond, donné aucune règle à respecter?…

    • Je ne pense pas que le sort du libéralisme soit lié à celui du christianisme.
      Le libéralisme requiert le respect de quelques principes, pour lequel le christianisme n’est ni nécessaire, ni suffisant.
      Et l’objectivisme d’Ayn Rand, athée, me parait à même de promouvoir le libéralisme, aussi bien en tant que pensée qu’en temps que fondement d’une société.

  • Très bon article. Et voilà que l’Education Nationale prétend éduquer les élèves à la place de leurs parents… On se croirait dans un bon totalitarisme…

  • Dans le terme « Education Nationale », il y a « éducation ». La moitié du désastre vient de là. L’autre moitié vient du mot « nationale ».

  • En belgique, de l’école primaire au bac, les élèves ont un cours à choisir (obligatoire) de 2 heures par semaine et qui traite de l’histoire de leur religion. Cette disposition est valable pour 6 religions reconnues par l’état ainsi que 2 « philosophies non confessionnelles » qui sont le bouddhisme et la morale laïque (c’est l’état qui fait les catégories).
    Je pense que c’est en belgique que mr. Peillon a piocher ce concept et vu de cette manière il ne me dérange pas car il laisse le choix et que le mot laïcité correspond ici a son sens libéral qui est la liberté de croyances et d’opinions dans l’espace public avec pour seul limite le trouble à l’ordre public.
    En revanche, une morale laïque imposée à tous est tout simplement autre chose que ce que décris les mots qui compose ce concept.
    Enfin, à titre personnel, la seule fois où je suis tombé sur ce vocabulaire de morale laique ou philosophie laique, c’était dans un ouvrage sur l’histoire de la franc maconnerie, donc je voudrai poser la question de savoir comment mr peillon comprend ce concept ?

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