Hollande-Ayrault : l’essence et la panne

Sondages en berne pour l’exécutif : non que les Français condamnent une politique qui leur déplait, mais plutôt une absence de politique.

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Hollande-Ayrault : l’essence et la panne

Publié le 30 août 2012
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Sondages en berne pour François Hollande et Jean-Marc Ayrault : non que les Français condamnent une politique qui leur déplait, mais plutôt une absence de politique.

Par Hervé Karleskind.

Comme s’il était lui-même surpris par l’ampleur de la tâche, l’exécutif donne l’impression d’atermoyer et de se contenter de mesurettes hétéroclites qui ne renseignent pas sur sa détermination politique : s’ils ne désavouent pas leur choix des mois de mai et juin, les Français commencent en revanche à douter.

Pour François Hollande, comme pour Jean-Marc Ayrault, c’est inévitable, mais c’est beaucoup trop tôt : les sondages se font en effet déjà l’écho d’un possible retournement de l’opinion, retournement dont tout laisse penser qu’il sera durable et que rien ne se profile à l’horizon qui puisse laisser l’exécutif croire en des jours meilleurs.

Est-ce la raison pour laquelle les plus petites mesures, comme la baisse (totalement illusoire) des prix des carburants, ou la création de 150 000 contrats d’avenir pour les jeunes en galère sont annoncées à grands coups de klaxon, un peu comme si le gouvernement voulait se convaincre lui-même qu’il est à la manœuvre et qu’il est dans le droit chemin. Cette obsession du bien faire, bien dire et bien penser serait-elle invalidante au point de supporter des accusations de paresse, d’inertie ou d’indécision ?

Peu importe la vérité des faits, en politique seule compte l’impression : c’est elle qui fait les sondages. Et ils sont prématurément et sans doute durablement mauvais. Il faut en effet remonter à l’automne 1995 pour revivre un exemple comparable de retournement de l’opinion : à cette époque en effet, Jacques Chirac et Alain Juppé décident, six mois après que le premier a été élu grâce à une habile campagne menée sur la « fracture sociale », de virer à 180° en réformant de la façon la plus brutale qui soit l’assurance maladie et le système des retraites. La sanction ne se fait pas attendre : deux millions de manifestants dans les rues, des sondages calamiteux, un Premier ministre carbonisé.

Ce noir scénario pourrait-il se reproduire ? Oui si l’exécutif ne décide pas à mettre en place une politique lisible, cohérente et durable. Pour l’heure, il n’en prend guère le chemin, sauf avec les patrons avec qui il a compris que le moment n’était plus à casser la vaisselle : dix ministres, dont le Premier, sont attendus à Jouy-en-Josas pour les Universités d’été du Medef. Du jamais vu.

Pour le reste, un premier inventaire des (rares) promesses du candidat Hollande laisse sur sa faim : les prix de l’essence ne sont pas bloqués (et leur baisse reste soumise à tous les aléas qui affectent les cours du pétrole), les banques ne sont pas réformées, Angela Merkel n’a pas vraiment mordu la poussière, ni cédé aux ambitieuses rodomontades de François Hollande, le « Mur de l’argent » n’a pas été démoli… Quant au projet de loi de Finances, l’exercice le plus délicat avec celui du vote sur le traité budgétaire européen, il fait partie des cadavres encombrants dont le pouvoir ne semble savoir qu’en faire ni par quel bout les saisir.

Cent jours et quelques après son arrivée au pouvoir, le sortilège est donc rompu : non que les Français condamnent une politique qui leur déplait, mais plutôt une absence de politique, une sorte de paralysie molle faite d’indécision et d’atermoiements. Bonjour ivresse du temps de Sarkozy, bonjour paresse sous Hollande ?

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