Élections américaines : Paul Ryan est-il extrémiste ?

À en croire les médias, Paul Ryan, le colistier de Mitt Romney pour la présidentielle américaine, serait un dangereux « extrémiste ». Mais que signifie « radical » dans la bouche d’un Démocrate ?

À en croire une bonne partie des médias, Paul Ryan, le colistier de Mitt Romney pour la présidentielle américaine, serait un dangereux « extrémiste ». Mais que signifie « radical » dans la bouche d’un Démocrate ?

Par David Harsanyi, depuis les États-Unis.

Quand on s’échange généreusement des noms d’oiseau comme « radical » ou « extrême », c’est qu’il est temps de savoir de quoi on parle. Après tout, le candidat à la vice-présidence Paul Ryan, j’en suis certain, incarne ces idées en action et en esprit.

Ces temps-ci, les idées radicales apparaissent sous de nombreuses formes : un plan pour permettre aux futurs retraités de choisir leur assurance-santé, ou un autre qui réduit marginalement le déficit budgétaire, ou encore un autre plan, et là les choses se font à la prussienne, qui tente d’équilibrer le budget fédéral en deux décennies.

Si l’on devait en croire les médias, il faudrait accepter que ramener les dépenses discrétionnaires à leur niveau de 2008, comme Ryan l’a suggéré, revient à laisser un ploutocrate en peintures de guerre et financé par les frères Koch déchirer le contrat social et en jeter les morceaux dans un feu de joie allumé par le Ku Klux Klan. À peu près tous les articles, tous les interviewers, toutes les références faites à Paul Ryan sont imprégnés de ce ton qui demande implicitement « Ce ne serait pas un peu n’importe quoi ? ».

Mais ajouter 11.000 milliards à la dette publique, comme le fait la proposition de budget d’Obama, eh bien, c’est considéré comme une proposition raisonnable. Un jour, peut-être quand les gens qui s’attachent aux faits s’arrêteront de triturer chaque virgule des propositions budgétaires de Ryan, pourront-ils expliquer comment le plan d’Obama est censé marcher et à quoi aboutissent des dépenses illimitées, vous savez, pour les enfants.

Enfin, ça, c’est s’ils survivent. Medicare, comme on vous l’a dit, va cesser d’exister tel qu’il est maintenant une fois que les jihadistes du marché libre auront pris la Maison Blanche, aboli ce programme et exercé leur revanche sur nos aînés. Et non, forcer les Américains à participer à un programme de redistribution quelques années avant son effondrement n’est pas une proposition radicale. Au contraire, offrir aux Américains de moins de 55 ans un choix entre des options (un petit peu plus) en concurrence pour faire baisser les prix, le tout financé environ au même niveau que la proposition d’Obama, peut recevoir le label définitif de « controversé ».

Et quand le président coupe 700 milliards de Medicare pour financer un nouveau projet de droits-créances qui en coûtera 1.000, il reste dans le cadre de nos traditions non radicales, même si l’on force tout le monde à participer. Quand Ryan propose des coupes similaires pour faire survivre Medicare, c’est une sorte de Périclès qui affamera nos grands-mères.

Disons-le ainsi : le plan de Ryan injecte dans Medicare la même idée réactionnaire avec laquelle se bat l’Américain moyen chaque jour quand il cherche sur le marché à acheter de la nourriture, des meubles ou un téléphone, ce qui, selon beaucoup de Démocrates, constitue un darwinisme social à laquelle personne ne devrait être soumis.

Ce qui me rappelle : si vous vous trouvez attiré par certaines de ces idées générales qu’on trouve dans un livre d’Ayn Rand, alors mon ami, vous êtes à vie un extrémiste. Si, à l’opposé, votre formation idéologique a été effectuée par une brochette de penseurs vedettes du gauchisme, vous êtes quelqu’un de bien. Pour sûr, personne ne va demander à ce que vous acceptiez de répudier les enseignements de Frank Marshall Davis ou de Karl Marx dans leur totalité.

Voilà le monde dans lequel nous vivons. À Washington, les extrémistes soutiennent (relativement) fermement l’idée de maintenir longtemps les mêmes taux d’imposition dans une situation économique exécrable, alors que les présidents raisonnables n’ont aucun scrupule à foncer dans une escalade fiscale, tant qu’ils font campagne sur l’augmentation des impôts des riches (qui représentent un montant dérisoire rapporté aux dépenses).

Il se trouve que les radicaux fournissent des budgets qui font des prévisions pessimistes de croissance sur plusieurs années, alors que les politiciens rationnels ne prennent même pas la peine de faire voter leurs budgets.

Encore une fois, Ryan le Déraisonnable a soutenu le TARP, les sauvetages des constructeurs automobiles et les augmentations de périmètre de Medicare, ce qui nous permet de nous mettre d’accord : la radicalité, ça n’existe pas. Ça dépend juste, j’imagine, de votre manière de voir les choses.

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Paru sur Reason.com le 16.08.2012 sous le titre What Democrats Mean When They Say “Radical”.
Traduction : Benjamin Guyot pour Contrepoints.

David Harsanyi est un journaliste de Human Events.