La mort d’Europe

Voici un rappel éloquent de la vision quasi-prophétique de Charles Gave donnant, en 2003, son sentiment sur le devenir à brève échéance de la zone euro et de l’UE.

Paru en mars 2003, l’ouvrage de Charles Gave intitulé « Des lions menés par des ânes – Essai sur le crash économique (à venir mais très évitable) de l’euroland en général et de la France en particulier » est aujourd’hui, en 2012, devenu d’une brûlante actualité.

Le crash annoncé mais que nul, finalement, n’a su éviter tant nos européistes de service ont mis du coeur à le rendre inévitable, est en train de détricoter, État membre après État membre, la noble construction issue de l’après-guerre européen et pervertie à souhait.

Tout est parti de la Grèce (antique), mettant instantanément à feu la bombe à retardement des États surendettés jusqu’à provoquer, au coeur même de la zone euro, un violent incendie se propageant alors, à la vitesse d’un cheval au galop, partout en Union européenne.

Voici donc un rappel éloquent de la vision quasi-prophétique de Charles Gave donnant, en 2003, son sentiment sur le devenir à brève échéance de la zone euro en particulier et de l’UE en général :

Toute l’histoire de l’Europe depuis la Révolution française a été dominée par des tentatives plus malheureuses les unes que les autres d’imposer la force “d’une” loi à des populations disparates, depuis Napoléon, en passant par Bismarck, et en terminant par Hitler.

La solution par la force “d’une” loi n’a jamais fonctionné, et ne fonctionnera “jamais”. Nous y sommes : à nouveau le lit de Procuste est avancé.

Cette fois, ce n’est plus un État, mais une technocratie transétatique qui cherche à imposer ses règles. La crise morale, économique et financière dans laquelle nous entrons à toute vitesse a été créée de toutes pièces par son désir d’uniformité. Les structures de décision de l’Europe actuelle sont incapables de régler, ou même de comprendre, les problèmes qui se posent au Vieux Continent, pas plus que M. Gorbatchev ne pouvait réformer le communisme, et pour les mêmes raisons. Régler les problèmes suppose de se débarrasser d’abord de ce qui les a créés, c’est-à-dire les structures existantes. Pour régler les problèmes russes, il fallait d’abord virer Gorbatchev…

Les technocrates au pouvoir et leur idéologie “sont” le problème, et attendre d’eux la solution est hilarant (…) “Rien” dans les structures de décision actuelles ne permet de faire face à ces événements inévitables. Cette incapacité à traiter les problèmes structurels engendrera inévitablement une énorme crise politique.

Nous entrons, sans doute aucun, dans une situation prérévolutionnaire, comme dans les précédents débuts de siècle. L’Europe de 1820 ne ressemblait en rien à l’Europe de 1790. L’Europe de 1920 n’avait qu’un rapport très lointain avec celle de 1890. Il est à craindre que l’Europe d’ici à 2020 ne connaisse à nouveau des convulsions difficilement imaginables aujourd’hui…

Puis vient le coup de grâce imparable que je résume en trois calamités telles que les imagine Charles Gave en conclusion de son livre : 1. “Nous ne parierions pas par exemple sur la survie de l’euro, sur l’existence d’une armée européenne, ou sur la construction d’une Europe fédérale” 2. “La balkanisation d’un certain nombre d’États européens apparaît tout à fait possible” 3. “Attachez vos ceintures, la météo annonce de considérables trous d’air, le pilote de l’avion est fou et pense qu’il est aux commandes d’une locomotive”.

Dont acte et que le ciel (après nous être tombé sur la tête) nous vienne en aide plutôt que les ânes qui, aujourd’hui comme hier et peut-être même demain si nous les laissons faire, nous mènent tout droit en enfer. Euh… Bonnes vacances quand même !