Euro : pas d’autre choix que l’union politique ?

Pour ceux qui lisent l’Allemand, ce billet d’opinion de Berthold Kohler, l’un des rédacteurs en chef du Frankfurter Allgemeine Zeitung, vaut absolument la peine d’être lu. Nous avons traduit des passages clés ci-dessous.

Sans tomber dans le populisme, Kohler enfonce le clou sur le problème posé par la version des choses poussée par certains politiciens, selon laquelle « le seul choix possible pour les européens est de chercher refuge dans une union politique ». Cependant, comme l’explique Kohler, c’est une fausse dichotomie.

« Parmi les supposées certitudes, il y en a une qui est que l’organisation de l’Europe n’a jamais cru que dans ses heures de crises. Cependant, bien des contradictions, différences, et conflits d’intérêts qui nous ont amené à la précédente escalade de crises, étaient simplement mis de côté, passés sous silence et balayés sous le tapis, à l’aide d’un tas d’argent (allemand). Ces squelettes dans le placard de la maison européenne ont joué un rôle essentiel pour assurer que le surendettement des états évolue en la mère de toutes les crises de l’UE.

De toutes façons personne ne discute plus sérieusement le fait que c’était une erreur d’établir une union monétaire sans poser d’abord les fondations d’un budget commun et d’une politique fiscale et sociale commune. Les états participants n’étaient pas prêts à accepter d’abandonner de la souveraineté comme il l’aurait fallu. De nombreux états membres de l’euro n’y sont toujours pas prêts. Les avertissements des experts ont, au mieux, été ignorés. L’euro a été décrit comme un soigneur miracle de et par lui même. Cette bulle de croyance a, comme les spéculations similaires du même type, a éclaté. Cependant, les débris des anciens axiomes politiques européens se sont déjà coagulés pour former un nouveau dogme. Il n’y a qu’un seul choix : abandonner l’euro et revenir aux monnaies nationales -régulièrement associé à un « échec » de l’Europe et à un retour au moyen-âge ou un grand bond dans une Union Politique qui seule peut sauver l’euro.

De cette façon, on dit aux Européens qu’ils n’ont en vérité aucun choix, qu’il n’y a qu’une solution pour sortir de la crise, celle dont n’ont déjà pas voulu la majorité d’entre eux par le passé. Pour cette raison, les descriptions de l’union politique sont faites de façon largement vague. Ce qui est imprimé en petits caractères n’est pas très populaire. Toute forme de standardisation est associée à une perte de diversité et d’autonomie. »

Kohler conclue que :

« Non seulement les conditions économiques et nationales dans les pays participants, mais aussi leurs toiles de fond politique et leurs utopies idéales, sont toujours trop disparates pour être capables d’être accommodées au sein d’une union politique. Croire que cette variabilité peut être réduite à un commun dénominateur par un coup unique de génie constitutionnel et politique, qui aura l’accord enthousiaste de tous les peuples de l’Europe contre toutes les expériences précédentes, c’est sous-estimer la force de leurs cultures, de leurs méthodes collectives, de leurs mythes et mentalités, la diversité même qui appartient à l’essence de l’Europe. »

Dans le mille.

Ecrivant dans Die Welt, le correspondant politique Alan Posener, avance un point de vue similaire:

« La crise en Europe n’est pas qu’une question d’argent, mais aussi des limites de « l’union toujours plus poussée ». Le modèle  de Jean Monnet d’intégration par voie d’une commission [européenne] supranationale est dépassé … C’est une bonne chose … L’heure est venue de la vraie démocratie en Europe. »

Dépassé, en effet.

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Sur le web.