Espérance de vie, rappel historique

Omnubilés par l'immédiateté, nous perdons de vue l'essentiel : l'amélioration de nos conditions de vie. Exemple avec l'espérance de vie.
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Espérance de vie, rappel historique

Publié le 16 juillet 2012
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Obnubilés par l’immédiateté, nous perdons de vue l’essentiel : l’amélioration extraordinaire de nos conditions de vie. Un exemple avec l’espérance de vie à la naissance, depuis le XVIIIe siècle.

Par Georges Kaplan.

François Ier de France, né le 12 septembre 1494 et mort le 31 mars 1547, a donc vécu 52 ans et 7 mois. Claude de France, sa première épouse, est née le 13 octobre 1499 et a rendu l’âme le 20 juillet 1524 ; elle a donc vécu 24 ans et 9 mois. De cette union sont nés les 7 enfants légitimes du roi. Louise de France, l’ainée, ne survivra pas plus de 3 ans et 1 mois ; Charlotte de France, sa cadette, décèdera à 7 ans et 11 mois ; François III de Bretagne, le fils ainé du roi, survivra 18 ans et 6 mois ; Henri II de France, le quatrième de la fratrie, vivra 40 ans et 4 mois ; Madeleine de France disparaîtra à 16 ans et 11 mois ; Charles II d’Orléans passera l’arme à gauche à 23 ans et 8 mois ; Marguerite de France, enfin, battra le record de sa fratrie en atteignant 51 ans et 4 mois. En moyenne, l’espérance de vie à la naissance du couple royal était donc de 23 ans et 1 mois[1].

Louis XV de France est né le 15 février 1710 et s’éteindra le 10 mai 1774 à 64 ans et 3 mois. Marie Leszczyńska, son épouse, fera mieux encore : née le 23 juin 1703, elle tiendra jusqu’au lendemain de son 65ème anniversaire. De leur union vont naitre les 10 enfants légitimes de Louis XV. Si Élisabeth de France atteindra 32 ans et 4 mois, sa sœur jumelle, Henriette de France, mourra à 24 ans et 6 mois ; Marie Louise, la troisième fille du couple royal, aura encore moins de chance et décèdera à 4 ans et 7 mois ; Louis de France, le premier fils de la fratrie, atteindra 36 ans et 4 mois mais Philippe Louis, son petit frère, ne vivra que 2 ans et 7 mois ; le record de la fratrie revient à Adélaïde de France qui verra le XIXème siècle en atteignant presque les 68 ans ; sa petite sœur Victoire de France s’en sortira bien aussi en vivant 66 ans et 1 mois ; Sophie de France décèdera à 47 ans et 8 mois ; Thérèse de France ne vivra pas plus de 8 ans et 5 mois ; Louise de France, enfin, atteindra l’âge tout à fait honorable de 50 ans et 6 mois. En moyenne, l’espérance de vie à la naissance des enfants de Louis XV et Marie Leszczyńska aura donc été de 34 ans et 1 mois.

Ces deux exemples appellent une remarque : nous parlons de fratries royales et pas n’importe lesquelles, celles des enfants du souverain le plus puissant d’Europe. Ces espérances de vie à la naissance sont donc calculées pour les familles qui disposaient sans doute des meilleures conditions de vie possibles à l’époque : que ce soit du point de vue du logement, de l’alimentation, de la sécurité ou de l’accès à des soins médicaux, il est plus que vraisemblable que les enfants de François Ier et ceux Louis XV étaient de ceux qui bénéficiaient des meilleures chances de survie au XVIème et XVIIIème siècle respectivement.

Et maintenant, un petit graphique tiré du 410ème bulletin d’information de l’INED [2] :

Ce graphique illustre l’espérance de vie à la naissance estimée pour l’ensemble de la population française de 1740 à 2004. Sur la deuxième moitié du XVIIIème siècle, vous pouvez constater comme moi que nos ancêtres, les contemporains de la fratrie des enfants de Louis XV et Marie Leszczyńska, vivaient moins de 30 ans en moyenne tandis qu’aujourd’hui, notre espérance de vie à la naissance est supérieure à 80 ans[3]. En deux siècles et demi, nous avons gagné plus de 50 années d’espérance de vie.

Comme l’exemple des deux familles royales l’illustre, la faible espérance de vie de l’époque préindustrielle s’explique notamment par une mortalité infantile très élevée. Au milieu du XVIIIème siècle, c’est pratiquement un enfant sur trois qui ne fêtait jamais son premier anniversaire (environ 30%) ; aujourd’hui, cette probabilité est tombée à moins de 0,4%. Mais ce n’est pas tout : jusqu’au milieu du XXème siècle, l’espérance de vie d’un homme ayant atteint son 60ème printemps ne dépassait pas 13 ou 14 ans ; selon les derniers chiffres de l’INED, il leur reste désormais plus 22 années à vivre. Là où Adélaïde établissait un record familial en atteignant l’âge canonique de 68 ans, une française ayant dépassé le cap des 60 ans peut désormais espérer vivre encore 27 années.

À part ça, en effet, il semble que Charlemagne ait vécu plus de 70 ans…


Sur le web

  1. Certaines sources évoquent la naissance d’un huitième enfant, Philippe, qui n’aurait pas survécu à sa première année.
  2. Gilles Pison, France 2004 : l’espérance de vie franchit le seuil de 80 ans (2005).
  3. Un peu plus de 78 ans pour les hommes et presque 85 ans pour ces dames au dernier pointage.
Voir les commentaires (17)

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  • Juste une erreur factuelle sur les exemples historiques que vous prenez, il ne s’agit pas de l’espérance de vie à la naissance que vous calculez. Je vous renvoie à la définition de celle-ci http://fr.wikipedia.org/wiki/Esp%C3%A9rance_de_vie_humaine et rappelle simplement qu’elle se calcule pour une population qui naîtrait à la date choisie et vivrait dans les mêmes conditions toute sa vie.

    Et sinon, on note un déclin ces dernières années, pour la première fois (hors guerres évidemment) les nouvelles générations vivront (hypothétiquement) moins bien et moins longtemps.

    • flomyen,
      Vous confondez le concept statistique et la méthode d’estimation. Les exemples royaux de cet article sont bien des espérances de vie à la naissance, mesurées ex-post puisque ces gens sont morts depuis longtemps. Lorsque les démographes cherchent à estimer l’espérance de vie actuelle d’une population, ils ne disposent pas de boule de cristal et doivent donc procéder à une estimation basée sur les conditions de mortalité actuelle.
      « Sinon, on note un déclin ces dernières années »
      Oh oui ! C’est très net…

    • Puis-je avoir vos références concernant la baisse de la durée de vie, ou est-ce des affirmations à l’emporte pièce issues de je ne sais quel ragot.

  • Notez par ailleurs que l’espérence de vie au paléolithique, avant l’ère glaciaire, tournait autour de 36 ans malgré une forte mortalité infantile, avec un âge modal évalué aujourd’hui par les spécialistes les plus sérieux aux alentours des 60 ans (c’est l’âge que chaque nouveau-né considéré a une chance sur deux d’atteindre). C’est significativement plus que dans les civilisations antiques (espérance de vie évaluée entre 21 et 33 ans suivant les époques et les zones géographiques)…

    @flomyen: vous faites bien de signaler la baisse récente d’espérance de vie, surtout que celle-ci s’accompagne d’une bassie de la durée de vie en bonne santé depuis encore plus longtemps. Ceci tient à nos choix désastreux en matière d’alimentation, qui ont défait une partie des progrès médicaux accumulés depuis deux siècles… diabète, maladies cardiaques, cancers et autres maladies dégénératives sont devenues des causes de mort prééminentes à cause de ces mauvais choix.

    • Jesrad (ou flomyen), pourriez-vous nous indiquer des sources confirmant la baisse de l’espérance de vie dont vous parlez ?

      • Dans mon cas je parle de longévité aux USA (désolé, c’est un biais que j’ai fréquemment, de généraliser sur des choses qui sont plus typiquement nord-américaines). Par exemple certains ont noté il y a quelques temps que la CDC avait opéré des changements rétroactifs dans ses estimations de longévité pour masquer un recul de l’espérance de vie.

    • Jesrad, tu parles ici de médiane, pas de mode. La médiane d’une variable c’est la valeur qui sépare une série en 2 partie égale. Le mode c’est la valeur la plus probable, la réalisation la plus fréquente. (Pour l’espérance de vie à la naissance la médiane est l’indicateur le plus intéressant, dire que le mode est à 3 mois par exemple n’apporte pas une information vraiment pertinente.)

      • Oh, pour démonter le mythe des hommes des cavernes mourant tous avant 35 ans, un âge modal de 64 à 78 ans est efficace, croyez-moi 🙂 Si par contre c’était 1 an, oui, ce serait inutile. Le problème de l’âge médian, c’est que quand il y a deux pics de mortalité à peu près équivalents en nombre d’individus (un en bas âge et un en fin de longévité) il n’apporte pas grand chose d’éclairant sur les conditions de vie réelles…

        • Age modal à 68 ans ça veut dire que de 0 à 100 ans l’âge le plus probable de mourir c’est 68 ans. D’autres part je ne comprends pas la remarque sur la courbe bimodale : justement avec 2 mode (mettons 2 ans et 68 ans) on est en plein dans cette confusion.

          D’autres, je cherche sur google scholar des publi avec les mots clef « life expectancy » et « stone age » et on n’est pas du tout, mais alors pas du tout à un âge modal de 68 ans, hein.

  • De quelle baisse de l’espérance de vie parlez-vous tous les deux ?
    A ma connaissance, à part une légère stagnation aux Etats-Unis, elle est en hausse partout ailleurs.

    Il me semble que les « prévisions » pessimistes quant à l’évolution de l’espérance de vie sont en fait une prophétie écologiste du même acabit que celle de la surpopulation et du peak oil.

    • @ Jesrad :
      vos affirmations sur l’espérance de vie des hommes préhistoriques sont parfaitement fantaisistes.
      Il suffit d’aller voir sur wikipedia pour dire :
      Que les méthodes de cacul sont forcément extrèmement parcellaires
      Que la majorité des hommes de cromagnons (95 %) ne dépassaient pas 40 ans.

      De plus, votre affirmation sur la baisse de la durée de vie en bonne santé est parfaitement fausse, démontrée fausse et statistiquement fausse grace à l’INSEE.
      Vous ressortez les peurs habituelles sur la polution et blablabla

      • « Fantaisistes » alors que vous citez… Wikipedia 😀

        Je me base sur ce type de document: la biodémographie de la longévité (CBASSE 1997), dans laquelle on apprend par exemple que, dans les sociétés primitives de chasseurs-cueilleurs, 40% des individus atteignent l’âge de 60 ans (et plus !).

        Pour le déclin actuel, d’accord, disons plutôt que nous sommes à un plateau de longévité (il y a même un bref déclin en 2007 dans les chiffres de l’INSEE) accompagné d’une dégradation de la santé de plus en plus tôt (régression de l’espérance de vie en bonne santé). Il faudra encore quelques décennies pour vraiment en avoir la preuve, je pense.

        Sinon, je n’ai en rien parlé de pollution, je ne vois pas pourquoi vous introduisez un tel homme de paille dans la discussion.

        • Ah, erreur de lecture de ma part, il fallait lire 60% des individus qui atteignent (et dépassent) les 60 ans dans les peuples de chasseurs-cueilleurs sans contact avec la civilisation moderne, et non 40%.

      • J’ai une source plus facile à lire ici: Gurven&Kaplan 2007. Voyez en particulier la page 335 (15 dans le PDF), où on voit que la plupart des tribus de chasseurs-cueilleurs primitifs ont un âge modal supérieur à celui des Suédois du XVIIIème siècle.

  • Pour répondre aux allégations fantaisistes des certains sur la « baisse de l’espérance de vie » aux USA; voici un extrait du rapport du CDC de 2011:

    « Selon le dernier rapport du National Center for Health Statistics (NCHS), paru le 16 mars 2011, l’espérance de vie à la naissance aux États-Unis a encore progressé en 2009, atteignant un nouveau record. Alors qu’elle se situait en moyenne à 78 ans en 2008, elle est passée à 78,2 ans en 2009, rapportent les auteurs, qui notent une différence considérable non seulement entre l’espérance de vie des femmes (80,6 ans) et celle des hommes (75,7 ans), mais également selon les origines ethniques de la population (voir figure).

    Par ailleurs, le rapport indique que les taux de mortalité de 10 des 15 principales causes de décès ont baissé de façon significative entre 2008 et 2009 : maladies du cœur (–3,7%), cancer (–1,1%), maladies respiratoires chroniques (–4,1%), congestion cérébrale (–4,2%), accidents (–4,1%), maladie d’Alzheimer (–4,1%), diabète (–4,1%), grippe et pneumonie (–4.7%), septicémie (–1,8%) et homicides (–6,8%). »

    http://www.cdc.gov/nchs/data/nvsr/nvsr59/nvsr59_04.pdf
    http://www.cdc.gov/nchs/data/nvsr/nvsr60/nvsr60_04.pdf

    En fait ce délire est partie des délires psychotiques d’une intégriste écolo-maniaque : Marie-Monique Robin.
    Une personne qui fait ses « investigations » uniquement sur internet et ne retient que ce qui lui plait…

  • Oui, et?
    Le nombre des années que l’on peut espérer vivre n’est pas tout, encore faut-il en examiner les conditions.

  • Les commentaires sont fermés.

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