Ainsi fonctionne le socialisme d’entreprise

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Une proposition de dépenser l’argent du contribuable à hauteur de 250 millions de dollars sur un projet de commerce illustre ici le dommage que les subventions publiques font en prenant de l’argent aux masses au profit d’une élite déjà riche.

Une proposition de dépenser l’argent du contribuable à hauteur de 250 millions de dollars sur un projet de commerce illustre ici le dommage que les subventions publiques font en prenant de l’argent aux masses au profit d’une élite déjà riche.

Par David Cay Johnston, depuis les États-Unis.

Les subventions d’entreprises, qu’elles soient nationales ou locales, ont atteint plus de 70 milliards en 2010, selon les calculs du professeur Kenneth Thomasof de l’université du Missouri-St Louis.

Dans un pays de 311 millions, ce sont 900$ prélevés en moyenne sur chaque famille de 4 personnes en 2012. Il n’y a pas de chiffres officiels, mais celui-ci est probablement prudent puisque – comme le documente Thomasof et Good Jobs First, un organisme de contrôle pour les contribuables financé par Ford, Surdna et d’autres fondations majeures – ces transferts de richesses vers le haut continuent de s’accentuer.

À Irondequoit, en proche banlieue de Rochester (N.Y.), et à quelques kilomètres de là où j’habite, le promoteur Scott Congel réclame 250 millions de $ en TVA pour financer la reconstruction du centre commercial Medley Centre en ajoutant un immeuble et un hôtel. Habituellement, les gouvernements locaux émettent des obligations, qui sont financées au moyen des recettes de TVA, détournées de leurs fins publiques au bénéfice du promoteur.

Les subventions pour les entreprises de commerce sont la pire sorte de redistribution à destination des entreprises parce que, à la fin de la chaîne économique, le commerce de détail ne se développe que lorsque la population et les revenus augmentent. Si la population ou le revenu tombe, alors les subventions pour de nouveaux projets, comme celui de Congel, nuisent aux affaires existantes, dans lesquelles faute de quoi les gens auraient dépensé  leur argent.

Le centre commercial, qui dépérissait depuis le départ, a été construit en 1990 pour 140 millions de dollars d’aujourd’hui. Un associé de Congel, Adam Bersin, l’a acheté en 2005 pour moins de 6 millions de dollars d’aujourd’hui. Il a ensuite persuadé l’agence de développement industriel du comté de Monroe d’émettre 5,4 millions de $ en obligations et a ensuite refilé l’immobilier à Congel en 2007.

Photo de Medley Centre prise le 30.05.2012.

Aujourd’hui le centre commercial est vide, ses portes fermées, sauf pour un Sears à une extrémité et un Macy’s à l’autre, chacun avec une poignée de clients lors de mes visites.

Congel avait promis un projet de 260 millions $, mais sur cinq années rien n’a été construit et Congel réclame des délais supplémentaires pour tenir ses promesses, sur la base desquelles ont été accordés des allègements fiscaux en matière d’impôts sur la propriété.

C’est ainsi que fonctionne le socialisme d’entreprise – les contribuables mettent la main à la poche quand le marché rejette.

Aux dépens du contribuable

Congel n’a jamais évoqué publiquement ses plans pour le centre commercial et ni Congel ni un quelconque de ses représentants, y compris un avocat, n’ont répondu à mes appels. Mais le mois dernier, son bureau a fait une déclaration à une télé locale promettant d’investir non plus 260 millions mais 750 millions $.

Un examen des coûts de construction des hôtels et immeubles suggère que le chiffre de 750 millions $ est largement exagéré, mais ça peut rendre les subventions plus politiquement correctes. Si ce chiffre élevé était réel, et les contribuables versaient 250 millions $, ils paieraient un tiers du projet, alors que pour un projet de 260 millions $, la part du contribuable serait de 96%.

Faire payer aux contribuables la quasi totalité d’un nouvel investissement est devenu commun. General Electric, par exemple, fait financer un projet de 126 millions $ par le contribuables de l’Ohio à hauteur de 92%.

C’est ainsi que fonctionne le socialisme d’entreprise – les contribuables donnent le capital, alors que les propriétaires gardent les profits.

Congel, tout comme GE et d’autres, devrait financer ses projets en se reposant sur le marché. Si un projet est sain, le marché le financera, sinon, pourquoi les contribuables devraient-ils raquer ?

Quand l’agence de développement industriel du comté de Monroe a donné au plan de Congel l’approbation initiale, j’ai demandé sa due diligence. Le comté a fourni un maigre rapport indiquant que si les contribuables finançaient la restauration, les ventes du Medley Centre augmenteraient de 30 millions $ par an à 420 millions $.

La couverture du rapport dit que Congel l’a dirigé. Judy Seil, directrice de l’agence qui fournit les fonds aux entreprises, a confirmé que Congel a payé pour le rapport. Mais, a-t-elle insisté, le rapport est la due diligence du comté.

C’est ainsi que fonctionne le socialisme d’entreprise  le pauvre peut avoir à passer un test de drogue pour obtenir des allocations tandis que les demandeurs riches rédigent leur propre rapport d’évaluation.

Ma due diligence montre que le total ajusté de l’inflation des recettes du comté de Monroe a diminué de 2,5 milliards $, de 2000 à 2008 (les dernières données), soit 13%. Avec une telle baisse des recettes, il semble improbable que les ventes du Medley Centre aient pu croître d’un multiple de 14.

C’est ainsi que fonctionne le socialisme d’entreprise  ignorer les faits qui dérangent.

Gagnants et perdants

Concernant l’hôtel proposé, mon analyse des données fiscales du secteur de l’hôtellerie du comté montre que la demande de chambres n’a pas changé depuis deux décennies. Si les contribuables financent l’hôtel de Congel, il fera faillite ou alors un ou deux hôtels existants seront certainement forcés de mettre la clef sous la porte.

C’est ainsi que fonctionne le socialisme d’entreprise  les pouvoirs publics, et non le marché, choisissent les gagnants et les perdants.

En novembre dernier, j’ai prévenu qu’on plongerait toujours plus en profondeur dans les poches des contribuables de l’État de New York par une décision de la plus haute cour de l’État. La majorité a reconnu que la constitution de l’État de New York interdit les cadeaux aux entreprises. Pour contourner ce problème, le tribunal a statué : l’argent du contribuable peut être canalisé à travers une agence publique de développement économique comme celle que Seil dirige.

C’est ainsi que fonctionne le socialisme d’entreprise  ignorer les lois qui dérangent.

Parce que New York avait l’une des interdictions les plus fortes parmi les 50 constitutions d’État, cette décision de justice montre à quel point il est facile pour les entreprises de piller les trésors publics.

De nouvelles taxes pour financer des stades au profit des propriétaires d’équipes, des cadeaux en milliards de $ pour construire des usines et l’appropriation par 2700 entreprises des impôts sur le revenu payés par leurs salariés sont devenus monnaie courante.

C’est ainsi que fonctionne le socialisme d’entreprise  détourner l’argent des écoles et autres services publics à destination des coffres d’entreprises.

Les 50 New Yorkais, libéraux comme sociaux-démocrates, qui ont porté l’affaire ont demandé une nouvelle audience, citant des erreurs factuelles sérieuses dans la décision de la haute cour.

Non seulement, le tribunal a rejeté la requête, mais il a aussi imposé le versement de 100$ de frais de justice. Maître James Ostrowwski de Buffalo, qui représentait les plaignants, a parlé d’une « baffe gratuite dans la face des gens qui ont plaidé pour un intérêt public vital sur un budget serré ».

C’est ainsi que fonctionne le socialisme d’entreprise  pénaliser toute personne ayant la témérité de refuser d’être taxée pour donner à celles déjà riches.

Congel peut ne jamais recevoir 250 millions $ de taxes, mais si c’est le cas, les contribuables paieront, peu importe qu’ils viennent au centre commercial ou non, et cela affaiblira ou détruira les affaires locales existantes.

C’est ainsi que fonctionne le socialisme d’entreprise  privatiser les gains, socialiser les pertes et détruire les concurrents qui n’obtiennent pas de subventions.

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Sur le web.
Traduction Édouard H. et Raphaël M. pour Contrepoints.