Corruption en Asie : une exception à la règle ?

Il n’est pas hasardeux de trouver des arguments qui soutiennent que les effets de la corruption diffèrent selon que l’on se trouve à tel ou tel autre coin de la planète. Cet argument poussé à l’extrême a donné naissance au fameux « paradoxe asiatique » : en simplifiant, il signifierait une compatibilité entre croissance et corruption. Ce paradoxe est-il vrai ?

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Corruption en Asie : une exception à la règle ?

Publié le 23 juin 2012
- A +

Il n’est pas hasardeux de trouver des arguments qui soutiennent que les effets de la corruption diffèrent selon que l’on se trouve à tel ou tel autre coin de la planète. Cet argument poussé à l’extrême a donné naissance au fameux « paradoxe asiatique » : en simplifiant, il signifierait une compatibilité entre croissance et corruption. Ce paradoxe est-il vrai ?

Par Oasis Kodila Tedika.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.

Pour y répondre, examinions le cas d’un pays très souvent mis en avant ; il s’agit de la Chine. D’abord, il est vrai et argumenté que les effets de la corruption tiennent compte de spécificités locales. C’est dans ce cadre là d’ailleurs que certains ont mis en exergue le fameux problème de la corruption comme moyen « d’huiler la machine », freinée par une bureaucratie inutile, lente ou trop encombrante. Le raisonnement part du constat selon lequel la corruption serait un symptôme des défaillances institutionnelles. Par ailleurs, la corruption présente des effets différents selon qu’elle est décentralisée (où tout le monde peut prélever des pots-de-vin sans coordination aucune) ou centralisée.

Le cas chinois est intéressant à plus d’un titre. Aujourd’hui, on dispose de plus en plus d’études pour nous permettre de tenter de formuler un avis à ce sujet.

Considérons les résultats des études de Bin Dong et Benno Torgler d’une part et ceux de Abe et Wilson d’autre part. Les deux premiers auteurs, dans leur étude sur les causes de la corruption en Chine, constatent notamment, à partir des données régionales (provinces et villes), que les régions où les efforts de lutte contre la corruption sont présents, on trouve une plus grande ouverture d’esprit, davantage de moyens de contrôle ou de surveillance de la part des citoyens (notamment l’accès aux médias) et des salaires relativement élevés (un salaire élevé étant une incitation positive pouvant réduire la tentation à la corruption), sont nettement moins corrompues que celles où il y a davantage de réglementation, d’abondance des ressources (naturelles ou financières) et des entreprises étatiques.

Abe et Wilson constatent de leur côté, à partir d’un modèle d’équilibre général calculable, un gain potentiel énorme du commerce et du bien-être pour les membres de l’Asie-Pacifique dans le cadre d’une coopération économique, avec en toile de fond une amélioration de la transparence mais aussi la réduction de la corruption. En effet, leurs résultats suggèrent que le commerce dans la région augmenterait de 11 pour cent et le bien-être général de l’équivalent de 406 milliards de dollars si on renforçait la transparence dans la région. Les pays comme le Vietnam, la Thaïlande, la Russie et les Philippines pourraient voir augmenter d’environ 20 pour cent leur PIB. Les avantages pour la Malaisie et la Chine ne sont pas non plus insignifiants.

Dans une étude consacrée uniquement à la Chine, Bin Dong et Benno Torgler trouvent que la corruption augmente considérablement l’inégalité des revenus et réduit fortement les recettes fiscales. En regardant les choses d’un point de vue des dépenses, nous observons que la corruption diminue de manière significative les dépenses de l’État en matière d’éducation, de R&D et de santé publique en Chine. En outre, la corruption régionale réduit de manière significative l’investissement direct étranger dans les régions chinoises. Enfin, ces auteurs notent que la corruption aggrave sensiblement la pollution.

Que faut-il conclure ? Au regard de résultats des études évoquées ici, il est clair qu’en situation de faible corruption, la Chine aurait pu beaucoup plus qu’elle ne réalise maintenant. Et les économistes de manière générale reconnaissent qu’il est de plus en plus difficile de soutenir l’idée d’une corruption « bénéfique » qui huilerait les rouages économiques.

—-
Sur le web.

Notes :

[note][1] Wei, S-J. (1998), « Corruption in Economic Development: Beneficial Grease, Minor Annoyance, or Major Obstacle? », Presenté au Workshop on Integrity in Governance in Asia, organized by the United Nations Development Program and the Transparency International Thailand Chapter, Bangkok, June 29-July 1.

[2] Vial, V. et Hanoteau, J. (2010), « Corruption, Manufacturing Plant Growth, and the Asian Paradox: Indonesian Evidence », World Development, 38(5), pp. 693-705.

[3] Kaufman, D. et Wei, S. (1999), « Does “Grease Money” Speed Up the Wheels of Commerce? », NBER Working paper No 7093.

[4] Bin Dong et Benno Torgler, 2010, « The Causes of Corruption: Evidence from China », CREMA Working Paper Series No 2010-07.

[5] Bin Dong et Benno Torgler (2010) « The Consequences of Corruption: Evidence from China », CREMA Working Paper Series No 2010-06.

[6] Abe K. et Wilson, J.S. (2008) « Governance, Corruption, and Trade in the Asia Pacific Region », World Bank Policy Research Working Paper 4731.[/note]

Voir les commentaires (12)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (12)
  • Personnellement, je pense que là où la corruption est généralisée, on retrouve les mêmes effets que pour une économie réellement libérale.

    En quoi il en serait différemment ?

    • Oui, la corruption est généralisée. C’est un fait. Ces études démontrent clairement un fait que nous savons tous plus ou moins intuitivement : la corruption est liée aux structures publiques/étatiques.

      En clair, en diminuant la sphère d’intervention de l’Etat (libéralisme), on diminue d’autant le volume global de corruption.

  • Aucune organisation sociale ne peut exclure la corruption pour la bonne raison que toute organisation sociale comprend de par sa nature des règles, donc des interdits ou des limites et que la corruption est par essence le moyens qu’utilisent ceux qui veulent s’affranchir de ces limites ou de ces interdits. Donc toute règle génère tentative que s’affranchir de la règle. La seule différence entre une société libérale et une société totalitaire ou étatique, c’est le niveau auquel la corruption opère. Plus une société réglemente dans les moindres détails la vie des individus et plus la corruption commence ba dans l’échelle sociale. Une société libérale laissant une plus grande part de liberté individuelle repousse la corruption dans les sphères plus élevées de la société.

  • Comme nous l’avions montré dans deux publications, il existe un lien étroit entre place de l’État et niveau de la corruption. Conclusion : si on veut réduire la corruption, il faut réduire le périmètre de l’État.

    http://www.contrepoints.org/2011/12/21/61345-reduire-letat-pour-reduire-la-corruption
    http://www.contrepoints.org/2011/12/05/59025-corruption-publique-la-france-classee-25e-sur-183-pays

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Surprise ces derniers jours : l'Organisation mondiale de la santé (OMS), dont le but semble de se mêler de plus en plus de politique, a clairement pris position contre l'actuelle stratégie zéro covid actuellement déployée en Chine, rejoignant en cela les critiques déjà nombreuses de l'opinion internationale vis-à-vis de la politique interne de la Chine.

Eh oui : même pour une organisation ayant nettement tendance à préférer la centralisation et les mesures fortes (voire dictatoriales), ce qui est actuellement mis en place par les autor... Poursuivre la lecture

Il y a moins d’un an, en juillet 2021, le Secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) et président de la République populaire de Chine Xi Jinping avait toutes les raisons d’être heureux : non seulement c’est à lui qu’est revenu l’honneur de célébrer le centième anniversaire du PCC, mais surtout, c’est lui et aucun autre de ses prédécesseurs depuis Deng Xiaoping qui a réussi à impulser et incarner la troisième ère du glorieux socialisme chinois. Un socialisme « moderne », inspiré de Mao et de Deng malgré leurs contradictions et leurs ... Poursuivre la lecture

Par Daniel Lacalle.

Les chiffres macro-économiques les plus récents montrent que le ralentissement chinois est beaucoup plus sévère que prévu et qu'il n'est pas seulement imputable aux confinements liés au Covid-19.

Les confinements ont un impact énorme. 26 des 31 provinces de Chine continentale connaissent une augmentation des cas de covid et la crainte d'un confinement de type shanghaien est énorme. Les informations en provenance de Shanghai prouvent que ces fermetures drastiques causent d'énormes dommages à la population. Des... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles