Free Mobile détruit-il des emplois ? Décryptage

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Arnaud Montebourg critique Free Mobile pour avoir détruit des emplois. Une critique valable ou une nouvelle polémique sans fondement?

Arnaud Montebourg critique Free Mobile pour avoir détruit des emplois. Une critique valable ou une nouvelle polémique sans fondement ?

Par Vladimir Vodarevski.

Logo Free MobileL’arrivée de Free sur le marché de la téléphonie mobile a chamboulé le secteur. Les concurrents déjà présents, en particulier SFR et Bouygues Télécom, Orange ayant conclu un accord d’itinérance avantageux, critiquent le nouvel entrant, l’accusant de provoquer des pertes d’emplois. Arnaud Montebourg, ministre « du redressement productif », critique par ailleurs l’ARCEP pour avoir favorisé la concurrence au détriment de l’emploi. Des études affirmant d’autre part que Free entraîne des destructions d’emplois.

Cette polémique, et surtout sa médiatisation, est une illustration de l’état d’esprit en matière d’économie en France. L’innovation y est ainsi vu comme une menace, alors qu’elle est un facteur de progrès. De même, la connivence en économie y est favorisée.

Free Mobile détruit-il des emplois ? Les chiffrages en la matière sont absurdes. Soulignons d’abord que Bouygues ou SFR ne s’interrogent pas sur l’effet que leur entrée sur le marché des télécommunications a pu avoir sur l’opérateur historique, désormais dénommé Orange. Pourtant, Orange doit réduire ses effectifs.

D’autre part, comment chiffrer l’impact d’un nouvel opérateur, qui a un modèle de prix serrés tel que Free, sur l’emploi dans un pays ? Free a embauché, et investi. Ce sont des emplois supplémentaires. En diminuant le prix de l’abonnement mobile, Free libère du pouvoir d’achat pour ceux qui avaient un abonnement plus onéreux, en même temps qu’il occasionne une dépense pour ceux qui n’avaient pas les moyens, ou ne voulaient pas en raison du prix, de s’offrir un abonnement mobile.

Free a aussi incité les opérateurs déjà présents à reprendre leurs investissements. Ceux-ci indiquent désormais vouloir investir dans la 4G pour se démarquer. Investissement, ce qui signifie emploi, et 4G signifie revenu supplémentaire. Ce qui signifie aussi progrès globalement pour la France.

L’intervention que souhaite le ministre Arnaud Montebourg va donc à l’encontre à la fois de l’emploi, du pouvoir d’achat, et du développement technologique du pays. Par contre, cette intervention pourrait servir les intérêts de deux entreprises privées dont le modèle économique, et les bénéfices, sont perturbés par l’arrivée du nouveau concurrent (la position d’Orange est plus subtile, cette société se rattrapant par son accord d’itinérance conclu avec Free Mobile).

Que des entreprises privées défendent leurs intérêts n’a rien de blâmable. C’est le soutien d’un gouvernement à ces intérêts privés qui pose problème. C’est là le problème de l’interventionnisme : celui-ci ne défend pas l’intérêt du pays, mais les intérêts de ceux qui savent mieux communiquer, ou qui sont mieux introduits dans les sphères gouvernementales. Ceux qui savent le mieux établir la connivence.

La solution à ce genre de dérive est connue. C’est la limitation des pouvoirs du gouvernement. Que celui-ci sanctionne les comportements anti-concurrentiels, comme l’utilisation de la force, est normal. Par contre, il ne devrait pas avoir le pouvoir de favoriser des intérêts privés par rapport à d’autres intérêts privés.

Free a été un aiguillon dans le domaine de l’internet, qui a permis le développement du web en France. Il a contribué au développement de ce secteur en France, et de tout l’écosystème qui va avec. Il peut être un aiguillon dans le mobile, alors que la France ne semble pas en pointe dans la 4G. À moins que le gouvernement n’entrave le progrès.


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