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Un aller simple pour ailleurs

Publié le 4 mai 2012
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Un chiffre dont personne ne veut entendre parler : le nombre de nos concitoyens qui ont décidé d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Bon nombre des Français votent avec leurs pieds.

Par Georges Kaplan.

Alors que les candidats rivalisent de clientélisme politique et de démagogie sécuritaire pour mieux draguer électeurs médians et votes contestataires, il est un phénomène qui se développe parallèlement et dans l’indifférence générale : les Français votent avec leurs pieds.

Le chiffre que personne ne veut connaitre

Il faut dire que le nombre de nos concitoyens qui ont décidé d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs, c’est le chiffre dont personne ne veut entendre parler. Officiellement, il n’y a pas d’émigration française ; on ne quitte pas le plus beau pays du monde et son modèle social que le monde nous envie ; il y a tout au plus quelques « expatriés » – doux euphémisme – qui n’ont quitté notre pays de cocagne que de manière très temporaire, juste le temps de voyager un peu et d’améliorer leur anglais. Qu’on se le dise : l’émigration est un phénomène qui ne touche que les pays à la dérive ; nous n’avons donc aucune source exhaustive qui nous permette de connaître avec précision l’ampleur du phénomène. Seule indication à peu près officielle : la liste des expatriés qui ont fait les démarches nécessaires pour être inscrits au registre des Français établis hors de France.

Or, sur la base de cette liste consulaire, il semble qu’après avoir été relativement casaniers de 1984 à 1991, les Français aient soudain été pris d’une formidable envie de changer de pâturage. De 1991 à 2002, ce sont ainsi plus de 25 000 de nos compatriotes qui quittaient la mère-partie chaque année et, de 2002 à 2011, il semble que le phénomène se soit nettement accéléré : ce sont près de 55 000 Français qui décidaient d’aller vivre sous d’autres cieux tous les ans. Au 31 décembre 2011, le ministère des affaires étrangères dénombrait ainsi 1,6 millions de nos compatriotes inscrits au registre officiel ; en 20 ans ce chiffre a quasiment doublé.

Et encore, ce ne sont là que les inscriptions au registre officiel ; lesquelles se trouvent être facultatives et souvent jugées trop contraignantes par bon nombre des expatriés. En réalité, ce ne serait pas 1,6 millions de Français qui vivent désormais loin du pays qui les a vu naitre mais probablement plus de 2,3 millions. À titre d’exemple, là où les listes consulaires recensent 123 306 Français au Royaume Uni, la Maison des Français à l’Étranger parle de 250 000 expatriés outre-manche et des estimations non-officielles n’hésitent pas à avancer des chiffres compris entre 300 000 et 400 000 froggies vivant au royaume de Sa Majesté. En 2007, Nicolas Sarkozy s’amusait de ce que Londres était la sixième plus grande ville de France ; il se pourrait bien qu’elle soit désormais la quatrième.

Et il semble bien que ce ne soit pas fini. Un sondage de BVA publié mi-mars [1] révèle que plus d’un de nos compatriotes sur cinq rêve de s’expatrier et que cette proportion atteint même 28% chez les moins de 35 ans.

Qu’ils s’en aillent tous !

Bien sûr, de Nicolas Sarkozy qui envisage de lancer le fisc à leurs trousses à François Hollande qui déclare si volontiers qu’il ne les aime pas, notre classe politique pense immédiatement aux coupables habituels : les riches, les exilés fiscaux. Évidemment, lorsque les gérants de fortune et autres agents immobilier vaudois se frottent ostensiblement les mains à l’idée d’une victoire du candidat socialiste et que Boris Jonhson, le maire de Londres, déclare aux banquiers français que « si votre propre président ne veut pas des emplois, des opportunités et de la croissance économique que vous générez, nous en voulons », on a vite fait d’imaginer que l’expatriation n’est qu’un phénomène qui ne concerne que les plus fortunés d’entre nous.

Mais c’est une erreur : le Royaume-Uni, malgré sa tranche supérieure de l’impôt sur le revenu de 50%, attire massivement et de plus en plus nos compatriotes ; l’exil fiscal n’est qu’une des causes du phénomène. Durant l’été 2010, le ministère des affaires étrangères avait commandé une étude [2] sur la population des Français expatriés. Le profil-type qui en ressortait était pour le moins éloigné de l’image caricaturale du riche oisif qu’aiment à véhiculer les Jean-Luc Mélenchon et autres Marine Le Pen : très diplômés (74% de bac+3 et plus) et exerçant une activité professionnelle pour 77% d’entre eux (contre 66,3% dans l’hexagone), nos compatriotes expatriés sont avant tout des travailleurs ; du médecin au pâtissier, du trader au professeur d’université, du chef d’entreprise au sommelier.

Très clairement, nos compatriotes s’expatrient pour trouver du travail et, si possible, mieux rémunéré qu’en France. Tel chirurgien, outré par les méthodes de recrutement de la fonction publique hospitalière, a fait le choix de s’installer à Londres et cherche aujourd’hui à obtenir la nationalité britannique. Tel jeune boulanger qui, après avoir commencé tout en bas de l’échelle, a pu créer son entreprise à Hong Kong et gagne, après deux ans d’activité, plus qu’il n’aurait jamais pu l’espérer en France. Telle économiste, désespérée par l’absence d’ambitions et de moyens de la recherche française, s’est expatriée aux États-Unis où elle a rejoint une des plus prestigieuses universités au monde. La triste réalité, c’est que ceux qui nous quittent sont massivement des professionnels talentueux, des employeurs potentiels et des créateurs de richesses. C’est à une fuite des cerveaux que nous assistons ; Jean-Luc Mélenchon doit être ravi : effectivement, ils s’en vont tous.

A voté !

Et du travail, de meilleurs salaires, une société plus optimiste et moins sclérosée, si l’on en croit les résultats de l’enquête réalisée dans le cadre de la 4ème convention Mondissimo [3], ils en trouvent. Expatriés dans les « enfers ultralibéraux » (sarcasme) que sont la Suisse, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Australie ou Hong Kong, nos compatriotes déclarent à 97% être satisfaits de leur vie hors de nos frontières. Interrogés sur leur date de retour en France, 23% d’entre eux ne souhaitent pas revenir avant l’âge de la retraite et 36% n’envisagent tout simplement pas de rentrer au bercail. Il va falloir se résoudre à revoir notre vocabulaire : ce ne sont plus des expatriés mais bel et bien des émigrés.

Au pays du déni [4], drapés dans notre légendaire arrogance, nous continuons contre vents et marées à croire que le monde entier rêve de notre « modèle » et n’a d’autre espoir que de venir se placer sous la bienveillante protection de notre sacro-saint État. Nous pensons, encore et toujours, avoir raison contre tous et malgré l’évidence : toute démonstration du contraire n’est que propagande. Nous nous plaignons d’être envahis par une immigration non-désirée sans voir qu’entre un immigré sans aucune qualification qui ne rêve que d’aides sociales et son compatriote docteur en microbiologie, seul le premier viendra s’installer chez nous ; le second, comme les meilleurs de nos jeunes diplômés, comme nos chefs d’entreprises, nos cadres, nos médecins, nos chercheurs et nos artisans les plus doués, ira créer des richesses ailleurs.

—-
Sur le web.

Notes :

  1. BVA, Vivre en France ou partir vivre à l’étranger ? (sondage réalisé pour 20 minutes et publié le 14 mars 2012).
  2. Maison des Français de l’Étranger pour le ministère des affaires étrangères, Enquête sur l’expatriation des Français en 2010.
  3. Expatriés, votre vie nous intéresse ! (vague 9), enquête réalisée dans le cadre de la 4ème convention Mondissimo de la mobilité internationale et du commerce international.
  4. The Economist, A country in denial (le 31 mars 2012).
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  • La bourse ou la vie : les expatriés ont choisi la bourse et la vie. L’enfer fiscal, l’enfer économique, l’enfer social du modèle français n’est pas inéluctable et peut être réformé, de l’intérieur, sans avoir besoin de voter avec ses pieds.

  • Même si la notion fiscal est un choix pour certain, d’autres, dont je fais partie, s’expatrie pour d’autres raisons qui me semble pouvoir être réunis en un seul : la non vision d’un avenir en terre Française.

    Ne nous méprenons pas, la France en terme de qualité de vie est certainement sur la plus haute marche du podium, c’est un merveilleux pays… pour prendre sa retraite.

    En revanche pour le jeune et moins jeune, un minimum ambitieux, le manque d’avenir, le manque de reconnaissance et la trucherie généralisé ne peuvent provoquer que dégoût.

    Ceci n’est ni entièrement du aux politiques (pour partie responsable de part les taxes et les orientations économique choisies) ni entièrement du à la population (esprit frondeur et souhaitant grappiller pour soi même le maximum).

    Je vais prendre un simple fait flagrant : là où je vis et travail, les heures de travail sont respectées, toutes heures faites est dues et chacun à un bon mélange entre vie privée et vie professionnelle. Le respect au travail est mutuel entre employés et entre employeurs. Cette simple application des choses améliorerait grandement les choses en France et amoindrirait énormément l’esprit de « patron voyou ».

    Il est ainsi effarant que je n’ai jamais fait les 35 heures en France quand mon contrat le stipulait, tandis que je les fais ici, et au même rythme de travail voir même moindre.

    Bref à tout mettre le dos sur l’état c’est se voiler la face de la réalité intrinsèque du monde du travail.

    • Je confirme les dires. Je ne sais pas si je rentrerai un jour, je vis désormais dans une ville d’Europe où les jeunes ingénieurs comme moi gagnent un salaire d’ingé français + un smic, sur 40 heures pas plus, et si on dépasse on les rattrape ou on se les fait payer, là ou je vis le travail est reconnu, il y a un esprit d’entreprise et non des guerres de clochers, il n’y a pas cet espèce d’embrigadement intellectuel qu’il y a en France, il n’y a pas non plus de délinquance ici, il y a des syndicat et non pas des organisations semi mafieuses, en venant ici j’ai surtout compris que je n’étais pas anormal, mais que c’était bien la France qui avait un probleme …

      • Bonjour, désoler de te dérangé, mais là ou tu est y a t’il des débouché pour les monteurs vidéo ,cinéma ect… ? Merci pour ta réponse et prend bien soin de toi
        Hassene

    • Je confirme ce qui a été dit par Cabanou et Jérémie : je suis parti, et je ne souhaite pas revenir. Quand on me demande pourquoi, l’une des premières raisons invoquées (outre le travail) est : je veux que mes enfants grandissent dans un pays qui a un avenir.

  • Je fais une autre lecture, personnellement.

    Qui sont ceux qui peuvent s’expatrier, qui en ont les moyens ? Nécessairement ceux qui ont des moyens justement.

    Ensuite, qui a des moyens ? Généralement les profils diplômés.

    Qui peut espérer (peut-être en se trompant d’ailleurs) trouver un emploi dans un autre pays ? Un profil diplômé (vision française de diplôme = travail), c’est toujours quand même ce que les pays s’arrachent les uns aux autres (voir les critères d’immigration), même si il est certain qu’il y a sûrement de l’emploi pour les artisans, les entrepreneurs par exemple.

    J’ajouterai que l’ouverture au monde est plus facile lorsqu’on a eu une formation longue, ouverte sur le monde justement, dans laquelle on a pu apprendre une ou plusieurs langues étrangères. Combien de diplômés ont fait un stage à l’étranger, ont côtoyé des stagiaires étrangers, ont utilisé d’autres langues dans leur cursus ?

    Les ouvriers, les employés de « bas niveau » sont rarement attirés par le risque d’une implantation à l’étranger, tout au plus rêvent-ils d’y passer des vacances. Ils bougent même déjà à peine loin de leur lieu de naissance ou de celui de leurs études…

    Autrement dit, je n’y vois rien de plus que la conséquence logique de l’augmentation du niveau de vie et du niveau d’éducation de la population générale. Ce qui me semble consistant avec la croissance observée avec le passage du temps.

    Ajouté à cela, le monde est plus ouvert, les gens sont plus ouverts au monde, il y a donc plus de gens qui s’expatrient. La circulation des personnes est bien meilleure, le prix des billets d’avions incomparable avec les années 80-90 (on peut donc aller prospecter, goûté au voyage, à l’étranger).
    Pour autant ils ne renoncent pas à leur citoyenneté que je sache (phénomène qui par contre prend des proportions inédites pour les citoyens américains).

    Tout simplement, les gens ont davantage le goût du risque, d’entreprendre à l’étranger. Quant à l’exil fiscal, pour autant que je m’en souvienne, la balance est en faveur de la France malgré les cris de la droite qui utilise toujours cet épouvantail comme si il était signifiant (l’exil représente une goutte d’eau en terme d’impôts et en investissements, c’est un rapport de la Cour des Comptes qui le disait je crois).

    Si les expats disent ne pas souhaiter revenir, mais seulement à leur retraite (quand ils n’auront plus d’attaches professionnelles et/ou d’enfants à charge), ça ne veut pas dire qu’ils n’aiment pas la France et qu’ils l’ont fuie, seulement qu’il leur est difficile de bouger à nouveau, de refaire leur vie alors qu’elle s’est construite là bas. Il est plus aisé de partir à la fin des études qu’une fois votre carrière bien entamée, vos relations établies, vos enfants grandissant etc.

    Et pourquoi n’auraient-ils que le droit d’être désespérés par leur lieu vie ? Soit on aime la France et alors on ne peut pas s’estimer heureux de l’endroit où l’on vit, soit on est heureux de cet endroit et alors on déteste la France ? Jamais vu un raisonnement aussi fallacieux. J’aime Bordeaux, donc je déteste forcément tous les autres endroits sur Terre ? Je vous rappelle que si les gens vivent là où ils sont, sont installés, c’est vraisemblablement qu’ils s’y plaisent, sinon bah… ils ne s’y seraient pas installés, vu que dans le cas des expats, ils choisissent leur lieu de vie (contrairement à ceux qui naissent et vivent toujours dans la même ville, ils n’ont pas fait de choix).

    Enfin encore une fois, si les gens n’aimaient pas la France, et étaient gênés par la fiscalité etc., ils renonceraient à leur citoyenneté.

  • C’est valorisant de partir à l’étranger non ?

    Par contre pour ce qui est des Fr à l’étranger qui encense leur niveau de vie dans leur nouveau pays d’accueil çà me fait toujours bien sourire. Ce qu’ils oublient c’est qu’ils ont généralement changé de couche sociale en « émigrant » vers un pays plus pauvre ou bcq plus inégalitaire. Un diplômé moyen en Fr se retrouve alors propulsé dans la couche supérieure dans son nouveau pays d’accueil…car la population est beaucoup plus pauvre et sous-diplomée ou la différence pauvre-riches est bcq plus marquée qu’en Fr !

    Je sais de quoi je parles l’aillant vécu moi-même…

    • Tout à fait pertinent, on émigre rarement dans un pays où l’on se retrouve pauvre, et si l’on peut autant essayer de faire partie des privilégiés… 😉

      Combien ne reviennent pas en France parce qu’ils n’en ont pas les moyens ? Riches dans leur territoire, ils seraient quoi en France ?

  • Article brillant et frustrant ..pour les français qui restent…

  • twitter_libertates
    7 mai 2012 at 17 h 46 min

    Remarquable article

  • Personnellement, je suis exilé dans un petit bout de France : la Nouvelle-Calédonie.
    Ce pays vit certes sous perfusion de la métropole, mais les impôts y sont bien moins élevés et la qualité de vie remarquable.
    Attention, ce bout de territoire est TRES TRES loin d’un paradis libéral, mais au moins, il y a encore de la place pour les travailleurs. Les opportunités sont nombreuses si l’on veut bien se donner un peu de peine. Et l’état ne prend pas (encore) trop pour lui les fruits du travail.

    Par contre, imaginer un retour en France à court terme est excessivement difficile pour moi, et pourtant j’y ai toute ma famille et mes amis. Le climat semble si pesant et les opportunités pro si rares…

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