Le labo chilien

Le président chilien Sebastián Piñera

Depuis la regrettable dictature Pinochet mais grâce à un entourage d’économistes compétents, le Chili est un laboratoire de l’innovation sociale

Depuis la regrettable dictature Pinochet mais grâce à un entourage d’économistes compétents, le Chili est un laboratoire de l’innovation sociale.

Par Guy Sorman, depuis Santiago du Chili.

Le président chilien Sebastián Piñera

Un taux de croissance soutenu de 6% par an, une économie qui se diversifie bien au-delà des exportations de cuivre, des produits alimentaires que l’on retrouve sur les marchés de New-York, Paris ou Tokyo : tout cela témoigne de l’esprit d’entreprise de ce peuple si pauvre au départ qu’il n’a jamais eu d’autres ressources que de travailler durement plutôt que de vivre de ses rentes comme les aristocrates du Brésil et les grands propriétaires fonciers de l’ Argentine.

Ce qui ne suffit pas, m’explique ce matin, le Président Piñera à sortir de la misére un tiers des Chiliens les plus pauvres. Pour eux, il convient qu’à l’esprit d’entreprise s’ajoutent des institutions sociales et scolaires performantes. Or le Chili, depuis la regrettable dictature Pinochet mais grâce à un entourage d’économistes compétents, est un laboratoire de l’innovation sociale.

La privatisation des fonds de retraite au temps de Pinochet (la quasi totalité des fonds épargnés sont investis dans l’économie chilienne) est un succès que les successeurs socialistes et démocrates-chrétiens de Pinochet n’ont pas remis en cause. Pas remis en cause par la gauche non plus (Piñera est le premier Président de droite depuis Pinochet), le chéque éducation conçu par Milton Friedman, généralisé au Chili mais pas d’un montant suffisant pour créer une égalité véritable entre tous les enfants. Dans les régions où n’existe qu’une seul école, souvent médiocre, voucher ou pas , les parents n’ont pas de véritable liberté de choix. Piñera va donc y ajouter un programme généreux de bourses.

Plus créatif encore est le « revenu familial éthique », annnoncé ce jour : comme au Mexique qui fut le pionnier, puis au Brésil (la « bourse familale »), le gouvernement chilien octroie aux méres de familles pauvres un revenu minimum mensuel à condition que les enfants aillent effectivement à l’école. Le Chili va améliorer cette aide à condition que les enfants se placent parmi les 30% au sommet de leur classe et que les mères cherchent un travail dans ce pays où l’on manque de main d’oeuvre : le revenu minimum sera ainsi conditionné par une démarche ou un comportement éthique des familles aidées (le contraire du RMI français ?).

Ce qui est remarquable au Chili est la qualité de la réflexion économique et sociale, le primat de la réalité sur l’idéologie et la continuité de la stratégie. Ce sérieux chilien – ce sont les Allemands de l’Amérique latine – a précédé l’ère Pinochet – qui apparaît aujourd’hui comme une parenthèse douloureuse : un Musée d’une grande noblesse, le Musée de la Mémoire, relate ces années sombres mais, faute d’unanimité sur les origines du coups d’État, on n’ y explique pas les origines du Golpe. Pinochet a-t-il interrompu le parcours démocratique du Chili ou l’a-t-il restauré contre un risque réel ou illusoire de guerilla marxiste ? Les Chiliens en disputent et je me garderai de me prononcer sur ces temps lointains. Ma seule contribution, du temps de la dictature, fut de venir dénoncer chaque année devant des amphithéatres bondés les exactions de Pinochet : à l’Université catholique, cette liberté de parole était totale quoique l’exercice fut plus angoissant que de signer des pétitions au café de Flore.

Mais ce n’est pas la nostalgie qui doit conduire aujourd’hui à Santiago, plutôt le goût pour un monde réel : loin de la crise des dettes souveraines et du débat absurde entre croissance ou austérité, qui menacent les Européens et les États-Unis, les économistes libéraux tiennent à la disposition des dirigeants politiques qui voudraient les entendre, des solutions concrètes et effectives qui améliorent vraiment la condition humaine.

—-
Sur le web. 

Lire aussi :