Le renouveau des cinémas ?

Avec internet, le P2P, Megaupload, le cinéma est fichu, ma brave dame ! … Eh bien en fait, non.

Piratage massif des DVD. Streaming et Video-On-Demand à gogo, pour des prix modiques. Écrans plats abordables, home-cinéma largement démocratisé… Une multitude d’ingrédients présidaient à ce que beaucoup voyaient comme la fin des salles de cinéma comme il en pullulait depuis le milieu du siècle dernier. Et pourtant, internet, la technologie qui aura signé la fin d’un certain type d’exploitation, sera sans doute la technologie qui sauvera bel et bien ces mêmes salles de cinéma…

En réalité, bien que la technologie permette maintenant à n’importe qui de trouver n’importe quel film sous forme numérique, gratuitement, dans un délai très court, les chiffres laissent peu de place au doute : la fréquentation des salles de cinéma n’est pas en berne. Que du contraire, même, puisque malgré les couinements répétés d’une industrie qui prétend voir s’effondrer ses bénéfices à cause d’internet, on constate une augmentation régulière des chiffres de fréquentation, avec même un record en 2011. Eh oui : depuis 1949, l’évolution à la baisse s’est nettement enrayée.

Evolution de la frequentation des salles cinema depuis 1949(Source)

On pourrait croire aussi que le nombre de salles est en baisse permanente. Il n’en est rien : il est relativement stable sur la période, avec une disparition des petites salles ne disposant que d’un ou deux écrans et l’apparition progressive, depuis les années 90, des multiplex de grands groupes comme UGC et Gaumont.

Mais surtout, les dernières années ont vu l’apparition de deux phénomènes majeurs : la 3D et le spectacle numérique « live ».

Pour la 3D, son introduction, essentiellement depuis Avatar de James Cameron en 2009, tient, la plupart du temps, du gadget pour lequel le film n’a pas été réellement prévu et permet en définitive d’alourdir le prix des billets pour une innovation visuelle discutable.

En revanche, l’utilisation de cette technologie aura permis, en apportant une manne nécessaire à financer les équipements numériques fort coûteux, de mettre en place l’infrastructure indispensable pour disposer dans les plus grandes salles d’un son et d’une image numérique, ainsi qu’une liaison très haut débit depuis le distributeur vers les cabines de projection. D’ailleurs, le nombre de salles équipées de projecteurs numériques a bondi (passant de 1836 écrans fin 2010 à 3618 fin 2011).

Innovation

C’est cette dernière innovation qui constitue, en elle-même, un changement de paradigme profond dans l’utilisation des salles de cinémas. En effet, très majoritairement, le cinéma a consisté pour le moment à offrir aux spectateurs un enregistrement (sonore et visuel) préparé longtemps à l’avance et restitué dans des conditions progressivement bien meilleures que celles de son salon (taille de l’écran, qualité du son et de l’image,…). Cette qualité permet dès à présent de diffuser des spectacles lyriques comme du théâtre et de l’opéra.

Cependant, avec la distribution très haut débit, il devient maintenant possible de retransmettre dans les salles obscures un spectacle en direct ou en différé léger (quelques secondes à quelques minutes). Pour le moment, ce sont majoritairement les spectacles lyriques qui sont proposés dans quelques installations de grandes villes ; pour certains privilégiés habitant ces métropoles, il devient possible d’assister à des représentations de Verdi d’un opéra majeur comme celui du Metropolitan de New-York. Mais on comprend qu’il n’est pas loin le moment où des retransmissions de match de foot, de course automobile, de spectacles live (performances artistiques, danseurs, chanteurs, pyrotechnie…) seront proposées.

Et dans ce dernier cadre, il semble évident que la 3D prendra tout son sens (je laisse à mes lecteurs le soin d’élaborer sur ce sujet selon leurs préférences artistiques ou sportives).

Il est alors plus qu’intéressant, devant cette révolution tranquille qui se passe en quelques années, de remettre en perspective les prédictions plus ou moins apocalyptiques de certains syndicats et autres professionnels de la profession, qui ont toujours réclamé à cors et à cris de lourdes subventions au prétexte que leur métier était voué à la disparition.

Il est aussi particulièrement piquant de constater que les excellents chiffres de fréquentation et la vague d’amélioration technologique qu’on peut vivre actuellement n’empêchent en rien certains majors de continuer à tout faire, lobbying gouvernemental inclus, pour museler l’internaute alors que tout tend à montrer qu’il est un acteur précieux de cette révolution, et qu’il faudrait, au contraire, le dorloter.

La mutation technologique, et les changements de services visibles dans les salles de cinéma sont une parfaite illustration de la destruction créatrice typiquement capitaliste, qu’à peu près aucun acteur du milieu ne pouvait décemment prévoir à dix ans de recul. Cela illustre aussi l’inventivité permanente des individus, et l’adaptabilité du marché qui ont embrassé ces technologies plutôt que jouer aux luddites ridicules comme on en voit si souvent pontifier dans la presse et sur les plateaux télés…
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