Heureusement, le gouvernement planche sur l’orthographe des jeunes

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Luc Chatel lance une réforme de l’Éducation Nationale pour améliorer l’orthographe des élèves. Quel judicieux timing !

Stupéfiente découvairte : l’ortografe des petits Franssais est catastrofique. Heureusement, alors que le premier tour de l’élection présidentielle est dans une poignée d’heures, le gouvernement propose une réforme courageuse histoire de remettre de l’ordre dans les méthodes d’apprentissage. Ouf. Il était temps !

Les articles se multiplient, la conclusion est sans appel : les petits Français ont, comme qui dirait, un peu de mal à maîtriser l’orthographe de leur belle langue et devant ce constat malheureux, aussi inopiné qu’imprévu dans une campagne où tout semblait pourtant s’orienter sur des débats techniques et économiques de haute volée, le gouvernement a décidé d’agir.

Le ministère de l’Éducation Nationale va donc envoyer une circulaire aux professeurs pour les accompagner dans leur pédagogie, afin notamment de rappeler, entre deux messages sanitaires sur la nécessité de manger des fruits, des légumes et du pas salé pas gras pas sucré, que la maîtrise de la langue française est indispensable pour s’en sortir dans le monde de demain (et de maintenant aussi, d’ailleurs). Tout part d’une étude dans laquelle il a été demandé à des élèves de faire une dictée d’une dizaine de lignes et dont le résultat fut édifiant : en 1987, ils étaient 26% à faire plus de quinze fautes. En 2007, les écoliers étaient 46% dans ce cas. Pour une fois qu’une progression franche et massive est constatée, ce n’est pas exactement le genre de croissance qu’on aime voir.

Catastrophe et fourchette en plastique, le communiqué explique la marche à suivre :

« L’orthographe doit constituer un enseignement spécifique et doit s’apprendre à partir de notions claires ayant leurs propres règles permettant aux élèves de mieux comprendre et de rédiger des écrits. Enfin, elle doit s’enseigner de manière complémentaire à la grammaire et au vocabulaire. »

Du vocabulaire. De la grammaire. De l’orthographe. Le tout packagé dans un enseignement spécifique… Pas de doute, c’est un retour à des méthodes d’apprentissage qui fleurent bon les heures les plus sombres de notre histoire, avec des hussards noirs, des tableaux noirs, des poêles à bois et des méthodes syllabiques. On entend d’ici les vagissements gutturaux des bisounours fouettés au plus profond de leurs chairs.

Egalité, Taxes, Bisous : République du Bisounoursland

On peut se réjouir que le gouvernement prenne enfin la mesure de l’étendue du problème. Lui même le reconnaît, diverses évaluations montrent un effritement (qu’il qualifie bien sûr de lent et progressif et que je n’aurais pas de mal à désigner comme rapide et en pleine accélération) des compétences générales en la matière. Autrement dit, oui, de plus en plus de jeunes Français ne savent plus lire, écrire correctement, ne comprennent pas les phrases qui leur sont proposées, ne comprennent pas le sens des règles qu’on leur demande d’apprendre, et ne savent pas les appliquer.

Mais même si le constat est exact, pourquoi aura-t-il fallu tant de temps pour y parvenir ? Cela fait des années que la situation est actée. Cela fait des décennies, même, que les générations dégrossies au référentiel bondissant et méthode globalo-analytique en tenue camouflage sont, lentement mais sûrement, parvenues dans les postes où on commence à mesurer les dégâts de leur inculture. Qui n’est pas tombé sur une faute abominable dans Le Monde, Le Figaro, Libération, en une ? Qui n’a pas noté, sur les dix ou quinze dernières années, les tournures de phrases de plus en plus effroyables qui parsèment les journaux, les livres, les rapports des uns ou des autres ? Qui n’a pas constaté une franche différence entre les mails produits au début du 21ème siècle et ceux qu’on peut lire récemment, qui ressemblent maintenant à une agglutination hasardeuse de mots étranges dans une syntaxe de Klingon bourré ? Et des CV écrits en mode torchon décrivant autant un parcours professionnel sinusoïdal qu’une formation scolaire vraiment innovante ?

Et surtout, pourquoi diable lancer cette initiative à ce moment de la campagne présidentielle ? Il n’y a même pas besoin d’être du milieu, de fréquenter assidûment le directeur de cabinet du ministre pour sentir d’ici l’odeur âcre de la poudre et du sang chaud de ce qui n’est finalement qu’un dernier baroud d’honneur pour un Luc Chatel couvert des ecchymoses et cicatrices d’une guerre qui n’a pas été la sienne mais qu’il a bien fallu faire, armé d’un seul marteau avec lequel il aura consciencieusement enfoncé tous les clous qu’il pouvait…

On sait déjà, rien qu’avec un tel timing, qu’absolument personne, de l’inspection académique au dernier des professeurs, n’aura rien à foutre de la circulaire : entre les grandes vacances qui approchent résolument, la distribution du bac de Juin et le changement prévisible de têtes aux ministères, toute la manœuvre ressemble à un petit prout lâché au centre de commande de Gazprom en Russie. Mieux : comme la prochaine fournée de têtes pensantes sera prétendument de l’autre bord politique, elle s’emploiera à nier et réfuter tous les efforts entrepris auparavant.

Et donc bien évidemment, si tout ceci ne sert à rien, cela veut dire que le niveau général de l’instruction va continuer à s’effondrer. Ça tombe bien, c’est exactement ce dont ce pays a besoin.
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