John Rawls, ou le socialisme diabolique (1ère partie)

John Rawls

Parmi les nombreuses crapules qu’elle produit et encense, l’Université de Harvard compte non seulement des politicards comme Barack Obama, mais aussi des auteurs à la mode comme Amartya Sen, ou son prédécesseur et maître, le vénéré (et prétendu libéral) John Rawls.

Parmi les nombreuses crapules qu’elle produit et encense, l’Université de Harvard compte non seulement des politicards comme Barack Obama, mais aussi des auteurs à la mode comme Amartya Sen, ou son prédécesseur et maître, le vénéré (et prétendu libéral) John Rawls.

Par François-René Rideau.

Parmi les nombreuses crapules crypto-totalitaires qu’elle produit et encense, l’Université de Harvard compte non seulement des politicards comme Barack Obama, mais aussi des auteurs à la mode comme Amartya Sen, ou son prédécesseur et maître, le vénéré John Rawls.

Rawls est partout dans la presse et l’université françaises présenté comme un libéral, voire comme le plus grand penseur libéral de notre temps. Il est effectivement liberal au sens américain, sauf bien sûr qu’aux États-Unis ce mot a un sens bien différent de celui qu’il a en France : un liberal américain, comme Rawls, prétend certes défendre la liberté, et c’est au nom de soi-disant libertés soi-disant supérieures qu’il donne un blanc-seing à un État tout-puissant pour intervenir arbitrairement à tout sujet, appelant ainsi à l’abolition effective de toute liberté. Il s’agit donc pour les socialistes de voler le mot libéral pour avancer masqués et diffuser leur idéologie totalitaire. Aux États-Unis, les socialistes ont réussi cette usurpation, avec la complicité des conservateurs. En France, les socialistes continuent d’employer le mot libéral comme insulte, repoussoir ultime, là encore avec la complicité des conservateurs. Dans les deux cas, les idées libérales elles-mêmes sont largement censurées, et la confusion des termes et des concepts est systématiquement employée pour empêcher les rares membres du public qui seraient en contact avec d’authentiques libéraux de pouvoir même comprendre le contexte ou le contenu de leurs idées.

Rawls, qui se prétend libéral, est donc à la fois mis en avant par les socialistes prosélytes pour voler les mots et concepts de la liberté au profit de la religion égalitariste, et présenté comme repoussoir par les socialistes les plus dogmatiques pour ce qu’il ose encore réserver de place, fort limitée et hypothétique, à la liberté économique. À placer au centre du débat public un choix entre d’une part les socialistes cupides à la Rawls qui veulent bien laisser les créateurs s’enrichir pour mieux les plumer, et d’autre part les socialistes méchants comme ceux qui honnissent Rawls parce qu’il ose défendre la moindre trace de liberté, les socialistes s’assurent que le socialisme vaincra dans les deux cas.

Rawls est tellement repris et mis au pinacle de la philosophie qu’il mérite d’être dénoncé pour l’escroc qu’il est, ses principaux arguments démontés et montrés pour ce qu’ils sont : des tours d’illusioniste, vastes fumisteries ne trompant que ceux qui veulent bien être trompés (à commencer par lui même, comme pour tout bon escroc). Examinons donc la fameuse Théorie de la Justice qui a rendu Rawls célèbre en 1971. Traduite en français en 1987 seulement, elle n’en a pas moins servi de prétexte dès bien avant cela pour contribuer en France comme ailleurs à la panoplie des justifications du socialisme démocratique. Rawls prétend fonder sa Théorie de la Justice, son égalitarisme libéral sur deux Principes ; il justifie ces principes à leur tour en utilisant des concepts issus de la théorie des jeux, formalisme à la mode qu’il use de façon fort trompeuse.

Premier Principe : pseudo-libéralisme

La théorie de Rawls commence par une excuse pseudo-libérale, son Premier Principe

Chaque personne doit posséder un droit égal à la plus large combinaison de libertés fondamentales compatible avec une même combinaison pour chaque autre personne.

Ce principe sorti d’on se sait d’où, en surface semble mettre la liberté en premier, mais en fait, soumet cette liberté à un fatras de restrictions et de faux concepts qui la réduisent à néant.

Tout d’abord, en clarifiant son principe, Rawls s’empresse de restreindre les libertés aux seules libertés de pensée et d’expression, qu’il augmente d’une liberté politique de concourir à des élections, assortie de la reconnaissance à la propriété de menues possessions personnelles, et d’une protection procédurale contre l’arrestation arbitraire. Quant aux libertés économiques, elles sont explicitement exclues par Rawls des libertés fondamentales qu’il prétend défendre. Votre travail pourra être confisqué, toutes les professions y compris la vôtre enrégimentées, toute production pourra être contrôlée par l’État, vos idées soumises à l’approbation de commissions bureaucratiques, votre consommation rationnée en des proportions choisies par en haut ; il n’y a là aucune liberté valable dont vous puissiez vous réclamer selon Rawls. Ah, si vous n’êtes pas content, vous pourrez parler autant que vous voulez, et même vous présenter aux élections ; mais les journaux, les écoles, les télévisions seront gérées politiquement, et il n’est pas même garanti que vous y ayez un accès symbolique dès lors que vos propos iront contre l’Establishment politico-médiatico-universitaire ; d’autant moins que l’Internet n’existait pas quand Rawls publia son ouvrage, et que le principe de Rawls n’exclut pas qu’il soit contrôlé au nom du peuple. Bonne chance pour changer quoi que ce soit. D’ailleurs, puisque votre carrière professionnelle et votre sort économique seront entièrement entre les mains des puissants agissant au nom du peuple, les moyens d’intimidation, de censure, de confiscation, de diffamation, et de mise à l’écart ne manqueront pas.

Le premier Principe de Rawls vous protègera d’une arrestation arbitraire, mais il suffira qu’une loi ad-hoc soit votée au nom du peuple pour que d’arbitraire votre arrestation se transforme en tout à fait régulière. Le cas échéant, il suffira de vous laisser proie sans défense face à des socialement proches que l’on excitera contre vous pour vous faire taire sans avoir à se salir les mains — cependant que le peuple sera opprimé directement par les délinquants autant que par la police, dans le règne de l’Anarcho-tyrannie. Soumettre la société tout entière au pouvoir politique, c’est véritablement offrir à l’arbitraire des puissants un pouvoir totalitaire ; la protection contre une forme limitée mais visible d’arbitraire n’est que de la poudre aux yeux par laquelle les socialistes démocrates maintiennent une illusion de liberté alors même qu’ils contrôlent tout. Seule la classe dirigeante est effectivement protégée contre le zèle des sbires patentés autant que leur manque de zèle.

Ce principe rawlsien de liberté ne vous protégeant de rien, quelle est donc la contribution intellectuelle de Rawls ? Pourquoi prend-il la peine d’énoncer ce principe ? La réponse est que Rawls met ses pseudo-libertés en avant précisément pour neutraliser toute vraie notion de Liberté. L’appel de la liberté est plus que populaire, il est universel ; chacun sent son sang bouillir quand il en est privé, et c’est en dressant des barrières d’ignorance, de haine et de mépris que les puissants arrivent à prévenir l’empathie qui nous fait réagir autant quand nous sommes témoins voire complices de l’oppression d’autrui. Rawls rajoute la confusion à ces barrières, empêchant les victimes de comprendre ce dont elles sont victimes, et se portant au secours idéologique des bourreaux. En éliminant la Liberté et le Droit comme principes universels de non-agression dans les limites de la propriété individuelle de chacun, et les remplaçant par des paniers arbitraires de petites libertés et droits positifs portant sur des ressources indéterminées gérées par l’arbitraire politique central, il escamote les concepts qui comptent, et rend l’indignation incapable de se focaliser sur la source du mal.

Enfin, dès l’énoncé de son premier Principe, Rawls introduit la trompeuse expression égalité des droits, que j’ai déjà longuement dénoncée dans un précédent billet, et qui subordonne la liberté à ce faux concept d’égalité, appréciation subjective soumise à l’arbitraire du pouvoir, qui n’est qu’un prétexte du totalitarisme, et que Pierre Leroux, inventeur du socialisme moderne, n’hésitait pas à revendiquer ouvertement comme l’idole d’une nouvelle religion. C’est bien fidèle à cette même religion génocidaire que Rawls présente son principe pseudo-libéral et véritablement socialiste.

Second Principe : socialisme

Dans son second principe, dit de différence, Rawls affirme que

les inégalités sociales et économiques doivent être organisées de façon à ce que celles-ci profitent le plus possible aux membres de la société les plus désavantagés.

Là, on nage en plein dans le socialisme.

Ce principe veut dire que tant que la vie du bébé malformé non viable n’aura pas été prolongée d’une seconde de plus, que le mourant pestiféré n’aura pas les plus belles femmes du monde se relayant auprès de lui, que quiconque marchera plus vite qu’un handicapé, et que l’idiot du village laid et paresseux ne sera pas aussi riche et bien marié qu’un génie travailleur au profil d’Adonis, alors tous les droits sont abolis, toutes les confiscations sont permises, et les politiciens au pouvoir ont toute autorité pour organiser la société comme bon leur semble. Bref, ils n’ont qu’à faire un effort symbolique en faveur des plus malheureux, et au nom du symbole ils pourront asservir la société entière à leur gré, dans un énorme sacrifice des vivants aux mourants.

Ah, rétorquerons les Rawlsiens, mais il ne s’agit pas que du plus mal loti, mais des plus mal lotis. Mais où donc s’arrête cet ensemble des plus mal lotis ? S’agit-il seulement de la personne la plus mal lotie ? On a vu qu’il s’agit d’un mourant handicapé pour qui rien ne peut être fait. Ou s’agit-il des 1% les plus mal lotis ? 10% ? 50% ? 100% ? Plus mal lotis selon quels critères, mesurés de quelle façon ? Sont-ce des critères objectifs, ou un prétexte laissant toute latitude à l’arbitraire de qui se fera juge, législateur, ou tyran ?

Et d’ailleurs, des plus mal lotis parmi quelle population ? Doit-on exclure les citoyens d’autres nations ? Et pourquoi donc ? Y a-t-il donc un principe supérieur qui l’emporte aux frontières ? Quel est donc ce principe supérieur au principe de Rawls ? Il mériterait d’être énoncé et étudié pour voir s’il ne l’emporterait pas aussi à l’intérieur des frontières.

Ou doit-on alors inclure les citoyens d’autres nations ? Cela veut-il dire que l’État d’ici a pouvoir totalitaire sur les citoyens nationaux, dont aucun ne mérite rien puisqu’aucun n’est le plus mal loti sur la planète ? Au nom de ces plus mal lotis, notre État a-t-il le devoir de forcer à agir l’État étranger où réside ce plus mal loti, quitte à envahir cet État s’il ne coopère pas ?

Et doit-on s’arrêter à notre planète, ou tous les droits terrestres sont-ils nuls et non avenus jusqu’à amélioration du sort des prolétaires extra-terrestres ? La relativité générale nous réserve bien des surprises si le principe de Rawls s’applique sur de telles distances où le temps varie avec l’espace. Peut-on alors parler du plus mal loti de maintenant ? Ou ne doit-on pas aussi considérer le plus mal loti dans le passé et le futur lointain ? Il risque d’être assez difficile d’améliorer le sort de malheureux morts il y a longtemps. Quant à ceux du futur — peut-on améliorer le sort de personnes qui ne sont pas encore nées, voire qui naîtront ou ne naîtront pas selon ce que l’on fait pour « améliorer » leur sort ? Comment faire quoi que ce soit sans empêcher certaines personnes de naître, au profit d’autres qui naîtront ? Est-ce que ces futurs non-nés ne sont pas plus mal lotis que les futurs nés ?

Et puis, quitte à considérer des entités extra-terrestres ou virtuelles, qu’en est-il des bien réelles entités inhumaines habitant cette planète ? Les vertébrés supérieurs ont-ils des droits ? Les insectes ? Les plantes ? Les microbes ? S’il faut démocratiquement accorder des droits égaux à chaque être vivant, ma foi, l’humain ne vaut rien et il est urgent d’améliorer le bien être des cafards et des virus du SIDA en leur jetant les humains en pâture. Comme tout principe collectiviste, le principe de Rawls donne naissance à contradiction sur contradiction, dès lors qu’on le prend au sérieux — et mis à nu, n’est plus qu’une série de dogmes arbitraires, traductions néfastes de vagues émotions névrotiques : insécurité métaphysique, complexe d’infériorité, jalousie, envie et haine envers ceux qui réussissent.

D’ailleurs, il est intéressant comme Rawls passe en fraude l’idée que la Société entière pusse et dusse être organisée centralement. Cela passe par l’identification du lecteur à un philosophe possédant un pouvoir divin pour modeler la société selon sa volonté, les institutions sociales étant alors l’émanation de ce choix social, censé être identique pour tous les philosophes pensant correctement (i.e. aboutissant nécessairement aux mêmes conclusions que l’auteur). On nage en plein dans le mythe du pouvoir de droit divin, que les victimes sont censées accepter via leur propre identification au divin. Joli tour de passe-passe émotionnel en vérité. « Vous êtes Dieu tout puissant, cet État est émanation de votre volonté, (ou le serait si vous étiez aussi rationnel que moi philosophe)… en conséquence de quoi vous devez obéir à son pouvoir arbitraire. » Mais dans la réalité, vous n’êtes pas Dieu, le philosophe n’est pas plus le prêtre de votre volonté que l’État n’en est pas l’émanation. Au contraire, l’État est un phénomène naturel, dont vous êtes la victime plutôt que le commanditaire, phénomène doué de ses caractéristiques propres, et que l’on pourrait fort bien étudier du point de vue de la théorie des jeux, si on s’en donnait la peine (voir par exemple le paragraphe « théorie des jeux » de mon essai « L’État, règne de la magie noire »). Et l’intellectuel propagandiste au service du pouvoir est aussi un phénomène on ne peut plus naturel, connu et étudié depuis longtemps.

Second principe bis : encore du socialisme

Rawls, qui a du mal à compter jusqu’à trois, complémente son second principe d’une clause secondaire :

[les inégalités sociales et économiques doivent être organisées de façon à ce que] (b) les postes et les places soient ouverts à tous sous des conditions équitables d’égale opportunité.

Cette seconde clause implique que les incompétents, les gens sans talent, ni honnêteté, ni persévérance, ni intégrité ont le même droit d’occuper des places que les personnes compétentes, honnêtes, persévérantes, intègres. Avec pour conséquence qu’avec la discrimination dite positive souhaitée par Rawls et les socialistes, ce sont les personnes incompétentes, dénuées de talent, malhonnêtes, paresseuses et ayant le toupet de s’en revendiquer, qui pourront évincer leurs rivaux plus méritants. Pour ce qui est du mérite d’ailleurs, Rawls insiste que tout est hasard et que personne ne mérite rien, se justifiant en utilisant l’intimidation via un modèle formel (voir ci-dessous l’analyse du caractère pseudo-scientifique de son « voile d’ignorance »). Je plains non seulement les rivaux méritant malheureux exclus au profit de leurs inférieurs (ces rivaux exclus ne sont-ils pas alors, eux, les plus mal lotis socialement ?), mais aussi les consommateurs, usagers, et autres victimes qui devront subir le pouvoir de la lie de la société élevée par les socialistes à ces postes où elle pourra nuire.

Contre Rawls, je citerai Ernest Renan qui dénonce le préjugé français, qui voit dans la fonction une rente à distribuer au fonctionnaire bien plus qu’un devoir public. Ce préjugé est l’inverse du vrai principe de gouvernement, lequel ordonne de ne considérer dans le choix du fonctionnaire que le bien de l’État ou, en d’autres termes, la bonne exécution de la fonction. Nul n’a droit à une place ; tous ont droit que les places soient bien remplies. Bien sûr, le socialiste étend ce préjugé à tout poste même privé, car un socialiste ne voit partout que des fonctionnaires, les entreprises privées n’existant que par autorisation temporaire et révocable de l’État, Rawls insistant bien que toute activité économique privée est subordonnée à l’arbitraire politique, ne valant que si le pouvoir considère cette activité expédiente pour la réalisation de ses fins socialistes.

Car comme tout socialiste, Rawls ne considère l’activité économique que du point de vue de l’intérêt du producteur, les diverses occupations sociales n’étant que des places disponibles dans une machine au plan préétabli. Un authentique libéral, comme Bastiat, saura voir l’activité économique du point de vue de l’intérêt du consommateur; car le but des diverses activités humaines est de satisfaire les besoins, les envies, les intérêts des hommes en tant que consommateur. Un libéral comprend d’ailleurs qu’il n’y a pas de plan social préétabli, et c’est la liberté de choisir son activité, assortie de la responsabilité de faire un profit, qui aiguillone chacun vers l’amélioration de ses arrangements économiques. Restreindre la production et donner du travail à faire, voilà le progrès pour le socialiste. Travailler moins pour produire plus de satisfactions, voilà le progrès pour le libéral.

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