À J-12, l’orage gronde et les candidats discutent chiffons

On nous serine que la crise est finie. Les candidats font tout comme. Pourtant, il n’en est rien.

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À J-12, l’orage gronde et les candidats discutent chiffons

Publié le 10 avril 2012
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Dans quelques semaines, nous aurons un président valable 5 ans, sans garantie et sans service après-vente. Quel qu’il soit, il devra affronter une situation économique inédite dans sa difficulté. Et absolument rien dans sa campagne ne montre qu’il y est préparé.

En fait, tout montre qu’il s’en fiche éperdument. Que ce soit Sarkozy ou Hollande, c’est une évidence douloureuse mais qu’on ne peut nier.

Le petit Nicolas, par exemple, se tâte les tréfonds pour savoir s’il ne faudrait pas bidouiller le permis de conduire. Voilà une question qui méritait largement d’être posée en pleine campagne, ne trouvez-vous pas ? Mis à part l’aspect purement racoleur sur les jeunes générations, comment cette question parfaitement mineure peut-elle intéresser les 44 millions de votants ? Comment ce sous-thème pour maire provincial d’un petit département déserté peut-il parvenir à se faire une place dans les grandes questions de campagne ?

François le rond, de son côté, procède dans un registre assez similaire d’enfumage citoyen et festif : ne s’inscrivant que comme le candidat de l’opposition, il s’oppose, quitte à diaboliser son rival en lui affublant une véritable « purge libérale » si jamais il parvient à conserver le pouvoir. On a déjà pu mesurer, les cinq années précédentes, le fameux côté libéral de Sarkozy : évaporé entre le premier et le second tour des élections de 2007, l’argument d’un retour en libéralisme du président sortant fait plus pitié que rire, en réalité.

Et, comme je le soulignais en introduction, pendant que nos deux clowns repeignent leur petit monde avec les brosses larges et baveuses de leurs idées hors sujet, la situation reste désespérément loin de ce qu’ils s’imaginent.

La crise est finie ? Ah bon ?

Pourtant, en Espagne, ce n’est pas exactement la décontraction vaselinée qui règne. La dernière émission obligataire a été, n’ayons pas peur des mots, un fiasco catastrophique : sous-soucrite, des taux qui flambent, des CDS qui grimpent, il n’y a pas franchement matière à réjouissance. Du reste, la comparaison effectuée par un analyste de JP Morgan ne laisse guère de doute sur la position réelle du pays en termes économiques : la faillite est parfaitement crédible et de plus en plus proche (voire inévitable, pour certains).

Comparaison Espagne / reste du monde, avril 2012, JPMorgan

Cela se traduit d’ailleurs très concrètement par des mesures gouvernementales désespérées pour racler les fonds de tiroir. Comme par hasard, ce sont les domaines de la santé et de l’éducation qui trinquent actuellement, domaines parfaitement intouchables en France, totalement ignorés des thèmes de la campagne actuelle, et qui représentent les efforts les plus colossaux à mener pour espérer sortir le pays du gouffre.

En même temps, pour le Portugal non plus, la crise est tout sauf finie : ses banques montrent de clairs et distincts signes de graves problèmes structurels et empruntent à tour de bras auprès de la BCE. On peut retourner ce fait de tous les côtés, ce n’est pas bon.

Et si la situation n’est pas bonne pour le Portugal, on comprendra sans mal qu’elle est catastrophique en Grèce où le gouvernement en est réduit à louer ses forces de police pour arrondir ses fins de mois. Et hormis ce fait symptomatique, on ne pourra pas oublier qu’un retraité s’est suicidé devant le parlement grec, incitant le peuple à se révolter et « pendre les traîtres ».

En dehors de l’Europe, si la crise est finie, on a oublié, là encore, de prévenir.

underfunded pensions funds, apr. 2012 (FT) Aux États-Unis, les créations d’emplois ralentissent nettement à 120.000, lorsque les analystes tablaient sur 200.000 … Pour une fin de crise, on a connu plus flamboyant. D’ailleurs, d’autres nouvelles américaines laissent songeur. Je passe sur l’état général des emprunts étudiants (qui puent) ou sur d’autres problèmes qui s’accumulent doucement sous un tapis de plus en plus encombré, comme par exemple le sous-financement de plusieurs fonds de pension d’entreprises majeures du marché américain pour simplement souligner que si la crise est finie outre-atlantique, certains signes laissent plus que perplexe.

Et ce qui est vrai aux US l’est au moins autant au Japon : la rumeur de plan social massif chez Sony ne peut pas, elle non plus, signifier une amélioration générale de la situation économique mondiale.

Japon, Etats-Unis, Grèce, Portugal, Espagne, … On ne parle pas ici de petits pays, de petits partenaires de la France, mais d’économies majeures qui ont des liens étroits avec le pays qu’entendent diriger, pour les cinq prochaines années, tant Hollande que Sarkozy. Et pourtant, dans leurs discours, dans leurs propositions, tout est décidément orienté vers la dépense, la vigoureuse action étatique avec l’argent qu’ils n’ont pas et la distribution de cataplasme sur les jambes de bois de notre système social que le monde ne nous envie pas.

Nous sommes à J-12. L’orage gronde mais les candidats discutent chiffons.

Voir les commentaires (12)

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Créer un compte Tous les commentaires (12)
  • Il manque la conclusion évidente à cette histoire: Ce pays est Foutu !
    Merci H16

    Juste une chose: certains signent laissent plus que perplexe –> certains signes laissent plus que perplexe

  • Pourquoi n’en parlent ils pas alors ? Ils ont forcément conscience de la situation. Pourquoi n’ont ils pas le courage ? Pourquoi dire que la crise est finie ou est simplement financière ? Pourquoi refuser de changer notre modèle social ou économique ?

    • Parce que le changer revient à virer tous ces prétendants à la ponction étatique. Et ils y tiennent, à leur sinécure, pardi !

      • Aussi et surtout qu’électoralement promettre l’âge d’or c’est jugé plus rentable sur le marché électoral que d’annoncer « la sueur le sang et les larmes ».

        On l’a bien vu : quand l’UMP propose un pseudo plan de réduction du déficit, le PS crie à l’austérité – mot tabou en notre contrée – et assène son raisonnement keynésien pour gogo de l’économie.

        Le pire ? C’est que ça marche.

        PS : Ce pays (de rouges) est foutu !

        • Mais est-ce que l’austérité suffit ? Est-ce que l’austérité ne revient pas juste à décaler le problème dans le temps ? Ou alors est-ce que les politiques voient cette austérité comme un moyen de repartir sur de bonnes bases ?

          Après, les querelles entre les partis me dégoutent au plus haut point, toutes ces petites insultes. Les médias et les gens ne parlent que de ça et pendant ce temps là, on ne propose rien, on ne réfléchit à rien.

  • le seul qui est prêt à dire ce qu’il faut , c’est bayrou , mais personne ne veut l’entendre ;

  • Les commentaires sont fermés.

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