Federico Garcia Lorca : homosexualité, mort et création

Revue par Thierry Guinhut de la réhabilitation de la vérité poétique homosexuelle de Garcia Lorca par Ian Gibson dans Le Cheval bleu de ma folie, Federico Garcia Lorca et le monde homosexuel (Traduit de l’espagnol par Gabriel Iaculli, Seuil)

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Federico Garcia Lorca

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Federico Garcia Lorca : homosexualité, mort et création

Publié le 4 avril 2012
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Revue par Thierry Guinhut de la réhabilitation de la vérité poétique homosexuelle de Garcia Lorca par Ian Gibson dans Le Cheval bleu de ma folie, Federico Garcia Lorca et le monde homosexuel (Traduit de l’espagnol par Gabriel Iaculli, Seuil, 448 p, 24,50 €.)

Par Thierry Guinhut. 

Il y a des vérités qui ont longtemps dérangé en Espagne. Non seulement Federico Garcia Lorca était homosexuel, mais son œuvre, plus précisément sa poésie, est illisible sans ce prisme de lecture. C’est la thèse de Gibson, qui fut son biographe (chez Seghers, en 1990) passant outre les difficultés à obtenir des informations, tant les mentalités furent corsetées par le franquisme. La cécité volontaire de la critique, la famille interdisant à qui voulait aborder le scabreux sujet d’accéder aux manuscrits équivalaient à une réelle censure. L’on sait aujourd’hui que traité de « pédé », le poète de Grenade fut « torturé, surtout dans le cul » (selon un témoin) et assassiné en 1936 par les milices franquistes, essentiellement par le soin d’une infâme homophobie…

C’est bien après sa mort, en 1983, que Garcia Lorca aurait pu voir publiés, hors commerce et en petit nombre, ses Sonnets de l’amour obscur. Il n’aurait pas manqué d’être stupéfait, lorsqu’en 1984 le grand quotidien de droite traditionnelle ABC les reprit. Hélas, l’adjectif « obscur » avait disparu. La critique souligna l’allusion à la « nuit obscure de l’âme » du mystique Saint Jean de la Croix. Rien de la connotation de la marginalité homosexuelle obscure. Ian Gibson s’attache alors à rétablir la validité de l’éros de Garcia Lorca. Non pas seulement pour des raisons anecdotiques, historiques, mais pour rendre à l’œuvre poétique toute sa sensualité, toute son acuité, sans préjugé. Il n’y a rien d’attentatoire à l’hispanité que d’accepter que l’un des plus grands poètes espagnol eût fait de l’amour homosexuel un thème privilégié. Il s’agit bien, disait Luis Cernuda, de « radieux garçons ». L’on sait que Rafael Rodriguez Rapun, son secrétaire et ami, fut le destinataire de ces « onze sonnets si longtemps séquestrés ».

Du jeune Garcia Lorca, lycéen accablé par les quolibets pointant sa féminité, adressant des poèmes amoureux à une jeune pianiste blonde, ressort une personnalité complexe. Depuis une passion pour les seins, en passant par la souffrance de la masturbation alors vilipendée, jusqu’aux passions pour les garçons, l’ardeur sensuelle et lyrique ne se dément pas. Il fut l’ami et l’amoureux de Salvador Dali auquel il consacra « une « Ode » splendide, vantant sa « voix olivine » et l’apostrophant : « ton cœur astronomique et tendre ». Mais sans bénéficier de la réciprocité sodomite qu’il espérait… Lui qui avait, nous dit-on, de « terribles besoins sexuels », fut l’amant heureux et malheureux d’un sculpteur, de bien d’autres, surtout lorsque charisme et génie reconnus lui attirèrent tant d’opportunités. Y compris lors de ses voyages à New-York et Cuba où il trouva liberté et « orgies ».

Comment exprimer dans l’œuvre ce désir des « invertis », pour reprendre le terme proustien qu’il connaissait ? Par des allusions à Saint-Sébastien percé de flèches, à la « splendeur adolescente » et aux « cuisses d’Apollon virginal » de l’antiquité grecque, au « cheval bleu de ma folie », symbole de puissance sexuelle. Ou par des vers religieux offerts à « Saint-Michel couvert de dentelles » qui « montre ses belles cuisses ». La « morale de la liberté entière » et la « sexualité plurielle » qu’il réclamait dans des conversations privées s’exprimaient à mots couverts, quand la répression franquiste allait s’intensifier. Pourtant, dans la pièce Le Public, le coït anal est très nettement suggéré : « pénombre et fleurs dans le cul du mort ». Et l’évidence de l’amour qui ne peut pas dire son nom éclate dans l’ « Ode à Walt Whitman », avec l’éloge de la « veine de corail » et la satire des « tapettes ».

Par-delà la mort du républicain Garcia Lorca, surnommé « Loca » (la folle) par une revue fasciste, Ian Gibson a su rendre justice et vérité à celui qui de son temps était un « classique vivant ».


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  • « Ian Gibson a su rendre justice et vérité à celui qui de son temps était un classique vivant. »

    Appeler « justice et vérité » le fait de dévoiler l’intimité de quelqu’un? C’est une blague? C’est plutôt de l’infamie et de l’impudicité!

    C’est le premier article de contrepoints que je trouve être vraiment vulgaire, voir même pornographique. On n’est plus dans le libéralisme, mais dans le libertinage.

    Alors si c’est une manière pour capter un nouvel électorat, pourquoi pas, mais pourriez-vous dans ce cas faire la rubrique traditionnelle +18 ans avec un accès restreint? Merci.

  • Merci à mes commentateurs, quoique parfois un peu trop vifs, de nuancer et discuter les interprétations de Gibson…

  • Merci infiniment aux contributeurs qui ont dégonflé cette baudruche.
    Par ailleurs je rejoins ceux qui estiment qu’une oeuvre devrait exister par elle-même. Enfin l’homosexualité n’a pas à être glorifiée, c’est bel et bien un problème dont il faut éviter qu’il ait plus d’ampleur que nécessaire, sans pour autant vilipender les homosexuels.
    La légende noir de l’homophobie du passé ne tient pas, semsble-t-il, dans le cas de l’Espagne franquiste, ni dans la France de la même époque si j’en crois les mémoires de J-F Revel, qui en consacre quelques lignes à la démentir (il cite les professeurs de la Sorbonne, je crois, dont plusieurs étaient homosexuels, ouvertement ou non selon leur propre choix, et sans conséquence). ON a vu aussi récemment ce qu’il en fût de la déportation des homosexuels: Un bobard.
    La vérité est que cette victimisation est inventée pour mettre l’homosexualisme à l’abri des critiques raisonnées: Quiconque voudrait avoir une approche raisonnable de la question, plutôt que celle de promotion de l’homosexualité au même niveau que le modèle familial (qui, lui, doit être promu) peut ainsi être réduit au silence en lui imputant ces crimes imaginaires.
    Ne soyons pas dupes. Employons-nous à rétablir les faits pour que la raison puisse continuer de s’exprimer.

  • Les commentaires sont fermés.

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