En 2012, je veaute pour qui ?

Les élections présidentielles ont, enfin, un site à leur hauteur. Bon, c’est exclusivement étatiste, mais justement…

Tiens oui, ça c’est vrai quoi bon à la fin, pour qui dois-je veauter en 2012 ?… Les lecteurs habituels de mes éditos connaissent déjà ma réponse : l’abstention me semble un choix raisonnable, avec sa variante, le bulletin nul, qui a ses défaut. Mais pour ceux qui restent, perdus, au milieu des programmes politiques tous plus excitants les uns que les autres, que faire ? Heureusement, un site web existe pour bien tout lisser.

Ce site, Je Vote Qui En 2012, propose donc un test permettant d’y voir plus clair dans les multiples propositions des candidats, dont on sait tous qu’elles sont si variées et si complexes qu’il est parfois difficile de faire son marché.

Avant de regarder le sympathique petit quizz acidulé, attardons-nous deux secondes sur la page de garde du site qui nous résume l’esprit dans lequel il a été réalisé. On y découvre notamment un bandeau dans lequel on nous explique la chose suivante :

Parce que vos amis ont un avis sur tout, parce que les médias ne sont pas impartiaux, parce que leurs propositions ne sont pas claires… vous allez voter pour n’importe qui !

Eh oui. Doté d’un QI étroit, et d’une capacité réduite à traiter un flot continuel d’information de qualité qu’on pourrait qualifier de médiocre, vous allez vite atteindre vos limites et glisser dans l’urne un de ces bulletins idiots qui vont forcément mener le pays, par la force des choses et du nombre de votants, à une catastrophe électorale (avec des morceaux de fascisme et d’heures les plus sombres dedans ?).

Attention, je ne suis pas en train de dire que le bandeau, c’est du n’importe quoi. Pas totalement.

Effectivement, j’ai des amis qui ont un avis sur tout. D’ailleurs, ils ont surtout un avis, ce qui est facile puisque comme les anus, tout le monde en a un. Maintenant, ce n’est pas parce que mes amis ont un avis sur tout que leur avis dicte le mien ou, a contrario, qu’il n’est pas valable et ne mérite pas qu’on en tienne compte. Si je n’étais pas un individualiste absolument lamentable (qui mange du bébé communiste et licencie tout ce qui bouge dès que je peux) et qui n’en fait qu’à sa tête, je ferais d’ailleurs remarquer que le vote grégaire est celui qui, mine de rien, est le plus courant. L’électeur est, par nature, assez moutonnier et suit facilement les recommandations de sa coterie. Bref : l’argument « vos amis ont un avis sur tout », en lui-même, ne justifie pas d’en conclure qu’on va voter n’importe qui. Les grégaires voteront, comme d’habitude, celui qui a été désigné par leur groupe comme le bon leader. Et ils en seront très heureux.

Je veaute qui en 2012

Les médias sont effectivement partiaux. À la limite, c’est parfaitement normal : nul n’est impartial. On pourra cependant noter qu’ils sont partiaux, mais très globalement, tous dans le même sens. Si l’on regarde de loin, ils ont tous ce petit biais socialoïde (visant à toujours mettre en avant l’importance de l’État et du social avant toute autre considération) qui avantage assez clairement les politiques sociales dans le pays, au détriment de l’environnement économique ou du simple bon sens. De plus près, on voit des différences légères entre un jacobinisme débridé, un conservatisme plus ou moins vieillot aux éventuelles senteurs xénophobes ou un peu de colonialisme déguisé, du protectionnisme et de l’intervention étatique à tous les étages, mais globalement, le champ des possibles est naturellement restreint.

Quant aux propositions pas claires, il suffit cependant de les lire pour comprendre qu’elles sont toutes orientées vers le paradis de la redistribution généreuse d’argent gratuit trouvé dans les poches des autres, sans exception. Seul change un peu la vigueur avec laquelle le bras fiscal de l’État viendra piocher.

Bref : le bandeau met dans l’ambiance version humoristique, et permet de mieux comprendre ce qui se passe lorsqu’on clique, fébrilement, sur le gros bouton bleu.

Là, les (13) questions s’enchaînent : mesure prioritaire en matière de travail et de chômage, puis de santé & solidarité, sécurité & justice, d’économie, d’écologie, de social et diverses autres toutes plus palpitantes les unes que les autres…

Seul petit souci : ce sont des questions dont les réponses s’effectuent dans un choix limité. Or, ce choix est très éclairant sur, justement, les politiciens qui les formulent, et, par ricochet, sur les concepteurs du site lui-même. Par exemple, si l’on souhaite « alléger les charges sociales », on ne peut le faire « qu’en les remplaçant progressivement par la TVA sociale. » C’est un package impossible à modifier.

Autre exemple en économie, le choix des questions est le suivant :

  • Établir un budget européen pour financer des projets industriels de dimension européenne et aider la recherche et l’innovation.
  • Proposer un nouvel ordre monétaire international afin d’avoir une parité plus équilibrée de l’euro vis-à-vis du dollar américain et du yuan chinois.
  • Taxer les revenus du patrimoine.
  • Exclure la résidence principale du calcul de l’ISF (Impôt sur les Grand Fortune).
  • Aider les particuliers, les artisants (sic) et les agriculteurs à se sortir d’une situation de faillite et de désendettement.
  • Créer un impôt spécial sur les bénéfices des grands groupes, qui multiplient les avantages fiscaux et ne payent pas d’impôts.
  • Imposer l’impôt sur le revenu à tous les citoyens, même à titre symbolique pour les plus bas revenus.
  • Mettre fin au pouvoir absolu des conseils d’administration sur les entreprises.
  • Annuler la dette française et les intérêts d’emprunt.

On notera (outre une faute d’orthographe), que les propositions dans le domaine se résument à bidouiller la monnaie et augmenter les impôts, ou, en tout cas, intervenir avec les non-finances (rappel du trou 2012 : plus de 80 milliards d’euros) dont on dispose pour aider la veuve et l’orphelin. Et c’est ainsi dans toutes les questions. Rares, très rares sont celles qui reviennent à diminuer l’interventionnisme et les taxes ou ponctions afférentes.

La question qui demeure, à la suite de ce test qui vous jettera un candidat rigolo en pâture à la fin, est de savoir si le test se contente de prendre les réponses afin d’orienter réellement l’internaute vers un des candidats, ou s’il s’agit d’une vaste fumisterie manipulatoire destinée à faire croire qu’on a le choix là où deux secondes de réflexion montrent qu’on nous propose des petits sandouiches au caca ou des poires à lavement dans un bain de confettis colorés et dilatoires.

Je suis libéral, certes, mais je peux être parfois gentil : j’accorde donc le bénéfice du doute aux concepteurs. Dès lors, il apparaît que si les réponses puent toutes le dirigisme et le socialisme le plus débridé, c’est simplement parce que tous les candidats sont, bel et bien, tous aussi socialistes les uns que les autres.

Ici, finalement, je regrette vraiment un site qui proposerait un vrai panel de réponses avec, en plus des réponses discriminantes pour les candidats présents, des réponses permettant d’indiquer, en fin de test, que le candidat correspondant n’existe pas, et que l’abstention ou le vote nul sont, effectivement, les seules solutions raisonnables compte tenu des choix effectués.

Je ne crois pas qu’un tel site existe. Et en réalité, c’est cette dernière absence qui en dit plus long que les programmes des candidats : la réflexion politique, en France, est, techniquement parlant, morte.

Il n’y a plus, maintenant, qu’un camaïeu de rouge et on doit tant s’y tenir que proposer, en toute honnêteté, une échappatoire, est vu comme hérétique ou anti-démocratique.