Réponse à Comte-Sponville et Onfray sur le capitalisme

Moral, amoral ou immoral le capitalisme? Sortons un peu des invectives classiques pour nous pencher sur le problème de fond, avec un article d’analyse sur le sujet, pour faire la synthèse.

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Réponse à Comte-Sponville et Onfray sur le capitalisme

Publié le 10 mars 2012
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Moral, amoral ou immoral le capitalisme ? Sortons un peu des invectives classiques pour nous pencher sur le problème de fond, avec un article d’analyse sur le sujet, pour faire la synthèse.

Par Damien Theillier.
À la suite du débat entre Michel Onfray et André Comte-Sponville, j’aimerais proposer une synthèse.

Le capitalisme est-il moral ? La thèse de Comte-Sponville est que le capitalisme est amoral. Michel Onfray soutient que le capitalisme est immoral. Je ne suis pas complètement d’accord avec André Comte-Sponville et un peu d’accord avec Michel Onfray.

Selon moi, le capitalisme peut être dit amoral,  moral et immoral, sous trois rapports différents bien entendu.

Le capitalisme est amoral.

En tant que théorie économique, le capitalisme peut être entendu comme une description des mécanismes de la production et de la division du travail, dans le contexte d’une économie de marché, fondée sur la propriété des moyens de production et le salariat. Une théorie descriptive n’a pas à être morale ou immorale, elle décrit les causes et les effets et elle peut seulement être dite vraie ou fausse, point.

De ce point de vue, ACS a raison de dire que seuls des individus, sujets de droits et de devoirs, sont moraux ou immoraux. Le capitalisme n’est pas un individu, c’est un être de raison. Il ne pense pas, il n’a pas de volonté, ni d’intentions.

Prétendre que le capitalisme pourrait être moral n’a pas de sens. En effet, le possible et l’impossible n’ont que faire du bien et du mal. […] Imaginez la réaction d’un physicien qui vous expliquerait la grande équation d’Einstein, E=mc2, et à qui vous objecteriez que cette équation n’est pas morale puisqu’elle fait exploser des bombes atomiques. Ce physicien vous répondrait que vous ne parlez pas de la même chose! Dans l’ordre économico-techno-scientifique, rien n’est jamais moral ni immoral. Tout y est plutôt amoral car la morale n’a rien à faire ici. À la question : Le capitalisme est-il moral ? je réponds donc évidemment non puisqu’il ne le peut pas ! Conséquence, si nous voulons qu’il y ait une morale dans une société capitaliste, celle-ci doit venir d’ailleurs que du marché.

Mais l’économie n’est pas une science expérimentale au sens strict, ni une science de la nature. Ce n’est pas une branche de la physique, même si elle peut lui emprunter certains critères de scientificité. C’est une science humaine. Et au XIXe siècle, on disait même : c’est une science morale et politique. Tout ce qui a trait à l’Homme comporte nécessairement une dimension morale. L’économie est constituée de pratiques humaines, indissociables de droits et de devoirs. On peut même dire que l’objet de l’économie, c’est l’action humaine, avec ses motivations, ses croyances, ses opinions. Morale est un mot qui vient du latin mores, les mœurs. Or l’économie ne porte pas sur des agrégats statistiques, mais bien sur les mœurs humaines dans le domaine de la production, de l’échange et de la consommation.

C’est pourquoi le capitalisme ne peut être défini comme une théorie purement descriptive. C’est aussi une théorie normative, qui inclut un certain nombre de jugement de valeurs. Le plus fondamental : le droit de propriété, fondé sur le travail, est un droit inaliénable de l’individu. On peut être ou ne pas être d’accord avec ce jugement mais on ne peut pas l’ignorer.

C’est pourquoi  je suis en désaccord avec Comte-Sponville. Pour lui, la seule légitimité du capitalisme serait son succès matériel, fondé sur la recherche de l’intérêt égoïste. Conception matérialiste et purement utilitariste. Pour moi la légitimité du capitalisme tient d’abord et avant tout à son socle moral : le droit de propriété, droit naturel et universel. En cela, ma conception du capitalisme se situe davantage dans la lignée de la tradition libérale française et autrichienne, plutôt que dans celle du libéralisme anglo-saxon, dont Marx fut le disciple.

De ce point de vue, le capitalisme est moral car il est fondé sur la propriété privée, qui est un droit de l’Homme, et sur la liberté des contrats. Au contraire, l’appropriation collective (socialisme réel) ou même la limitation de la propriété au nom de l’intérêt général (social-démocratie) constitue une violation des droits individuels parfaitement immorale.

Le capitalisme est immoral

Onfray, comme tous les indignés, a raison sur un point et ce point a été souligné par Marx. Un capitalisme qui reposerait sur l’intervention de l’État, serait par définition immoral. En effet, il serait à l’abri des faillites, il aurait des rentes de situations garanties à jamais. Il socialiserait ses pertes et il privatiserait ses bénéfices.

Ce que dit Onfray décrit assez bien la situation du capitalisme en France comme aux États-Unis :

Le capitalisme voudrait pouvoir fabriquer des déchets sociaux pour le bon fonctionnement de sa machine immorale et laisser la gestion des déchets sociaux à l’État ! Le profit pour lui, les dépenses pour les instances publiques…

Tel est le capitalisme de copinage qui s’est développé dans le monde financier, celui des banques. Mais c’est aussi le cas de grosses entreprises (le big business), comme Renault ou Peugeot, subventionnées par l’État sous différentes formes.

L’erreur d’Onfray, c’est de confondre libéralisme et loi du plus fort. C’est un vieux cliché. Le libéralisme n’est pas la liberté d’empiéter sur les droits d’autrui. C’est la liberté de faire ce qu’on veut avec ce qu’on a justement acquis. Cette liberté-là conduit-elle, comme il le prétend, aux inégalités et à l’injustice sociale ? La conviction des libéraux c’est que la liberté, entendue comme liberté responsable respectueuse et des droits individuels, est le plus sûr chemin vers la réduction de la misère, la paix et l’harmonie sociale, c’est-à-dire précisément l’idéal socialiste. (Onfray est partisan d’un capitalisme libertaire auto-géré, voir ici)

Il existe donc deux formes de capitalisme : moral et immoral

En conclusion et là je m’éloigne autant de Michel Onfray  que d’André Comte- Sponville, il faut distinguer deux sortes de capitalisme : le capitalisme de libre-marché et le capitalisme de copinage. Ce dernier est un perversion du premier, il est moralement condamnable. L’idée d’un capitalisme amoral me semble relever davantage de la pétition de principe.

Marx avait raison sur un point : l’exploitation est un mal moral. Et si le capitalisme est fondé sur un cartel de patrons, protégé par la force des lois, alors le capitalisme est immoral, il s’apparente à de la spoliation légale, comme l’avait bien montré Frédéric Bastiat. Mais Marx avait tort sur un point : ce capitalisme là n’est pas le seul envisageable. Il existe un capitalisme de libre-marché, fondé sur la libre concurrence et la liberté des contrats. La seule condition pour qu’il fonctionne : limiter le pouvoir de l’État à la répression des atteintes aux droits individuels.

À lire pour approfondir

Une vidéo passionnante d’ACS sur le management (excellent orateur, comme il était très bon professeur à la Sorbonne il y a quelques années !)

Introduction à Michel Onfray par MO

 

Sur le web

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  • Super article. Vraiment.

  • Onfray et Comte-Sponville ont raison en disant que le capitalisme n’est pas moral. En effet, la morale n’a rien à voir là-dedans. Est-ce que boire à une source est moral ? Est-ce que cueillir un fruit à un arbre est moral ?
    L’erreur des deux anciens penseurs, c’est de croire que toute question a forcément une réponse binaire. Et que donc, s’ils considèrent que le capitalisme n’est pas moral, alors il est amoral…
    Cela ne fait que démontrer leur étroitesse d’esprit. Rien d’étonnant avec ces deux vieux aux vieilles idées…

  • Il n’y a pas deux sortes de capitalisme. Le capitalisme de connivence est de l’interventionnisme. C’est la connivence des grandes firmes et des Etats et des banques centrales. En clair, le contraire du capitalisme.

    • Tout à fait d’accord. Il faut cesser d’appeler « capitalisme » quelque chose qui lui est parfaitement contraire. L’expression pour désigner le capitalisme de connivence, sans utiliser le terme « capitaliste », reste à inventer.

      Le vrai capitalisme, quant à lui, est parfaitement moral.

  • Quelle confusion !
    Le capitalisme n’est pas une théorie économique.
    Le capitalisme peut désigner :
    — soit le principe de la propriété privée, auquel cas il est JUSTE, catégorie et condition de la morale
    — soit la pratique des affaires, laquelle peut être juste ou injuste, morale ou immorale.
    Depuis Marx, la vermine esclavagiste-absurdiste du socialisme joue de la possibilité de confondre ces trois interprétations, multipliant les fausses définitions implicites pour disqualifier de manière sophistique la théorie économique du laissez-faire et la politique du libéralisme.
    http://lumiere101.com/2011/11/23/le-capitalisme-bouc-emissaire/
    Aujourd’hui, ce macaque d’Onfray et ce con de Comte-Sponville, dont Claude Tresmontant a dit ce qu’il y avait à dire en ce qui concerne la métaphysique et la théologie :
    http://www.claude-tresmontant.com/article-claude-tresmontant-nous-parle-d-andre-comte-sponville-80652936-comments.html

  • Deux remarques à propos de l’article et de certains commentaires :

    1 – L’éternel débat sur la définition de « CAPITALISME » :

    – le capital est un facteur de production essentiel et commun aux modes d’organisation social libéral et autoritaire : dans ce dernier sont les apparatchiks et les fonctionnaires qui contrôlent le capital et en bénéficient ; dans le premier, c’est la totalité de la population qui peut en bénéficier (emploi, épargne, investissement, etc).

    – pour créer de la valeur ajoutée, on doit utiliser d’autres facteurs de production (travail, technologie, etc) et la propriété de chacun de ces facteurs de production n’est pas mutuellement exclusive (les propriétaires du capital travaillent aussi, les salariés peuvent devenir propriétaires du capital ou de la technologie, etc)

    – le mot « capitalisme » est utilisé à toutes les sauces par les socialistes pour stigmatiser le mode d’organisation social libéral afin d’imposer leur prise de contrôle sur la vie social. Les libéraux devraient donc utiliser plutôt le terme « société libérale » que « capitalisme » pour définir leur projet de société et ne pas tomber dans le piège créé par les socialistes.

    2 – L’éternel débat sur la moralité du capitalisme :

    – D’abord, les libéraux devraient utiliser plutôt le terme « société libérale » ou « libéralisme » (pas « capitalisme »).

    – Afin d’apporter une réponse pragmatique et définitive au débat sur la moralité/immoralité ou amoralité de la pensée libérale, je proposerais d’appliquer au domaine économique/social la théorie de l' »éthique minimale » de Ruwen Ogien (http://fr.wikipedia.org/wiki/Ruwen_Ogien) :

     » Il (Ruwen Ogien)s’efforce actuellement de mettre au point une théorie éthique qu’il nomme  » éthique minimale « . C’est une éthique d’esprit anti-paternaliste qui voudrait donner des raisons de limiter autant que possible les domaines d’intervention de ce qu’il appelle, à la suite de John Stuart Mill, la  » police morale « . L’éthique minimale se présentait initialement sous la forme de trois principes :
    a) Principe de considération égale qui nous demande d’accorder la même valeur à la voix de chacun ;
    b) Principe de neutralité à l’égard des conceptions du juste et du bien personnel
    c) Principe d’intervention limitée aux cas de torts flagrants causés à autrui.
    Par la suite, Ruwen Ogien a essayé de les réduire à un seul:  » Ne pas nuire aux autres, rien de plus  » en suivant le raisonnement suivant:
    a) Nous n’avons aucun devoir moral à l’égard de nous-mêmes. Nous avons seulement des devoirs moraux à l’égard des autres.
    b) Les devoirs moraux à l’égard des autres peuvent être ou bien positifs (aider, faire le bien) ou bien négatifs (ne pas nuire, ne pas faire le mal).
    c) L’option positive s’exprime dans un ensemble de principes d’assistance, de charité, de bienfaisance qui risquent d’aboutir au paternalisme, cette attitude qui consiste à vouloir faire le bien des autres sans tenir compte de leur opinion.
    d) Pour éviter le paternalisme, il vaut mieux s’en tenir au seul principe négatif de ne pas nuire aux autres.
    (…)
    En conformité avec cette conception générale de l’éthique, il soutient la liberté de faire ce qu’on veut de sa propre vie du moment qu’on ne nuit pas autres, …. »

    L’application de ce principe d’éthique minimale à l’économie permettrait donc de répondre définitivement aux débats concernant la moralité du libéralisme.

  • Le capitalisme n’est pas une philosophie, il n’est qu’un moyen. Il existe le capitalisme libéral, le capitalisme social-démocrate et même le capitalisme d’état.

    La question de la moralité ne peut pas s’y appliquer.

    Par contre, le libéralisme, la sociale-démocratie ou le socialisme sont-ils moraux ?

    Tout dépend de savoir si la moralité est le respect de l’individu, sa soumission ou sa négation.

    Qu’est-ce qui est plus moral de récompenser : Le mérite ou l’influence.

    Quel bien commun est le plus moral :
    Celui qui considère que dès qu’un seul individu est lésé, il n’y a plus de bien commun, ou le bien commun décidé par celui-ci ou celui là, le groupe le plus nombreux ou le groupe le plus fort ?

    Les réponses semblent couler de source.

  • @ M Theillier

    Je crois que vous n’avez pas tout à fait bien saisis les propos d’André Comte-Sponville et je vais essayer de vous éclairer sur ce point car il est à mon sens typiquement ce que j’appellerais un libéral moral. Je vais essayer de détailler ce qui me semble être son point de vue.

    Je vous cite : « légitimité du capitalisme tient d’abord et avant tout à son socle moral : le droit de propriété, droit naturel et universel. »

    Et là vous vous trompez ! Le droit de propriété n’a rien de naturel, il n’est pas le fait de la morale de l’homme. Il est protégé par une fonction régalienne de l’Etat : La justice. Cela n’a rien de moral dans la mesure ou ces droits relèvent de la légalité. Le droit de propriété, si je le défend rigoureusement, n’est pas universellement moral. Après tout, « qui pourrait jouir en toute justice du superflu quand d’autre meurent de n’avoir pas le nécessaire ? »

    Et cette partie du capitalisme que vous trouvez morale, ne relève pas des intentions humaines, hors seul le fait de l’homme est moral. Vous le dites vous-même : « De ce point de vue, ACS a raison de dire que seuls des individus, sujets de droits et de devoirs, sont moraux ou immoraux. »
    Hors ces fameux droits que vous revendiquez, ne sont pas le fait des individus mais de la loi, de l’Etat.

    Et je cite a peu près André Comte-Sponville : « L’état n’a pas à définir le bien et le mal, ni le vrai du faux, aussi, il ne doit pas donner son avis sur les génocides ou des opinions. »

    Ce n’est pas parce que l’état dit quelque chose qu’il devient moral.

    La seule chose qui puisse être morale, c’est l’intention de l’homme. Hors, dans le capitalisme effectivement, les biens de l’homme sont protégés par le loi, mais le moteur humain du capitalisme, c’est l’égoïsme et l’avarice.

    Je me permet un petit hors sujet pour vous proposer une conférence de qualité : Tolérance et Laïcite par Comte-sponville : http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/anx_conferences_2011/a.c_110122_comte-sponville.html

  • À propos du livre “Le capitalisme est-il moral” d’André Comte-Sponville

    Voilà, incontestablement, un livre magistral qui nous présente avec beaucoup de clarté une conception des supports de nos comportements qui se révèle pertinente pour en décoder le vécu réel et en expliquer les dérives qui nous guettent à tout moment, du ridicule ou de la tyrannie, de la barbarie ou de l’angélisme. La conjonction de ce que l’auteur appelle la hiérarchie ascendante des primautés et l’enchaînement descendant des primats fournit une analyse lumineuse des contradictions douloureuses que nous éprouvons, mais aussi des harmonies heureuses qui peuvent nous saisir, souvent trop furtivement.
    Quant à l’application de cette grille de lecture sur nos activités économiques qualifiées de capitalistes du fait qu’elles sont gouvernées par l’échange marchand où chacun peut décider de ce qu’il offre et de ce qu’il demande en échange, et que l’on est propriétaire de ce que l’on produit, en particulier des moyens de production, l’économiste souhaite nuancer les conclusions de l’auteur pour qui, en fin de compte, la question, titre du livre, n’a pas de sens, seuls les individus pouvant être moraux ou immoraux.
    Pour l’économiste, c’est la finalité du système pris dans son ensemble qui importe. Son questionnement ne s’arrête pas à l’entreprise pour laquelle cette finalité est effectivement le profit. En considérant le système pris dans son ensemble, ce profit n’apparaît plus comme une fin en soi, mais possède une double raison d’être.
    La première est d’être un indicateur de validité de l’activité économique en répondant au critère d’une offre qui répond à un rapport qualité-prix compétitif et cela au regard de l’authentique finalité ultime du système qui est d’optimaliser le temps que nous consacrons au travail, en d’autres mots de produire le plus et le plus utile en travaillant le moins (« Le plus utile » correspondant, dans une conception libérale, à ce que chacun d’entre nous accepte de payer à son coût de production pour le posséder).
    La seconde est de permettre la reconstitution dans le temps de l’épargne préalablement nécessaire au financement de l’acquisition des biens de longue durée utilisés dans le processus de production (usines, machines, brevets…) et d’organiser ainsi explicitement l’attrait d’une accumulation de ces biens appelés « capitaux » qui en améliorant la productivité, permettent effectivement de produire de plus en plus en travaillant de moins en moins. L’efficacité du système vient de ce que cet indicateur a un impact puissant : positif, il vous permet de poursuivre vos activités et l’accumulation des capitaux qui peuvent en sous-tendre l’expansion; négatif, il fait tout simplement disparaître ces mêmes activités.
    Or, l’économie, au sens strict du mot, a une portée prescriptive. On l’appelait fort justement l’ « économie politique ». Elle est à distinguer de la sociologie économique qui analyse comme faits, le comportement des hommes quand ils sont confrontés aux nécessités de la production et de la consommation. L’économiste, lui, énonce des « normes ou méthodes » pour gérer au mieux une entreprise ou pour encadrer au mieux le déploiement de la production au niveau global. Le fondement du capitalisme, c’est l’explicitation d’une préoccupation neuve, à savoir : « comment devons-nous nous organiser pour produire le plus en travaillant le moins ? » Et l’économie naît comme une réponse à cette préoccupation dont les grands traits sont : division du travail, coordination par le marché signifiant décentralisation des décisions, liberté d’accès aux activités pour créer la concurrence, libre-échange entre les pays, profit comme indicateur de validité, accumulation des moyens de production (capital) pour augmenter la productivité et ainsi produire de plus en plus en travaillant de moins en moins grâce à un dispositif de reconstitution de l’épargne préalable par le profit.
    Or, ce caractère prescriptif implique des considérations morales. La loi de la gravitation est un fait qui s’impose et la question de sa moralité n’a pas de sens, même si on l’utilise pour provoquer des catastrophes. Que l’être humain est mu par l’intérêt, soit aussi une loi qui s’impose à l’économiste et que la question de sa moralité n’ait pas plus de sens, est encore recevable. Mais, s’il apparaissait que cette construction sociale recommandée pour produire le plus en travaillant le moins, est fondée sur l’inégalité de l’échange entre le travailleur et le capitaliste, le moraliste pourrait conclure que cette recommandation est immorale. C’est là, sans doute, l’explication de la position de Michel ONFRAY qui sanctionne nettement l’immoralité du capitalisme. La réponse à lui donner est que cet échange est équitable car le profit est la reconstitution dans le temps de l’épargne qui a été préalablement nécessaire à l’acquisition du capital avant que celui-ci n’ait été productif et qu’il convient de considérer qu’échanger un pouvoir d’achat, aujourd’hui, contre un même pouvoir d’achat, demain, n’est pas équitable : celui qui sait attendre doit recevoir plus demain. C’est cette philosophie du rapport au temps, propre à la foi protestante qui honore celui qui a investi dans des arbres dont l’exploitation ne se fera que dans une cinquantaine d’années, qui explique le génie spécifique du capitalisme et du développement qui en est résulté dans les pays animés par cette foi. L’exigence de profit, partie inhérente du coût de production, sera établie pour assurer que les épargnes disponibles aillent en priorité aux activités dont la rentabilité ultérieure justifiera a posteriori le détournement d’un pouvoir d’achat à l’acquisition de biens capitaux qui comme tels, ne répondent à aucun besoin de consommation.
    Si, sur cette question fondamentale de l’égalité de l’échange, la recommandation d’une organisation capitaliste de l’activité économique n’est pas immorale, ne doit-on pas aller au-delà et se poser la question de la moralité de cette préoccupation neuve qui est la recherche d’une organisation qui tend à permettre de produire le plus en travaillant le moins, de cette sublimation du travail qui en a résulté au point d’en faire une œuvre sanctifiante ? La question pourrait ainsi être formulée : « L’économie est-elle morale quand son objet est de recommander l’organisation du travail la plus apte à produire le plus en travaillant le moins ? » André COMTE-SPONVILLE et son outil de lecture des comportements nous donnent la réponse : la question ne se pose pas à ce niveau (cet ordre), car, ce sont toujours les individus, et non le système, qui librement choisissent le temps qu’ils consacrent à travailler dans un but d’échange et qui en définissent la finalité ultime. Cette exigence morale est d’autant plus forte que le système réussit : l’enrichissement rend cupide, individualiste, égoïste…mais il ne nous contraint pas à ces attitudes. L’enrichissement peut aussi être facteur de sécurité, de bien-être qui engendrent des rapports sociaux plus détendus et plus fraternels, qui génèrent une liberté de choix plus réelle mettant en question notre éthique personnelle quant à la finalité que nous donnons à notre temps de travail.

    JeanMarieMottoul Décembre 2013

  • Si on consulte Google à partir de mon nom (Jean-Marie Mottoul), le texte qui apparait n’est pas de moi, mais du commentateur précédent. le problème est que ce commentaire est une insulte et je ne souhaite pas y être associé Peut-on corriger?
    Merci

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