Suisse : 6 semaines de vacances pour tous ?

Dimanche 11 mars, les Suisses diront s’ils acceptent l’initiative de Travail.Suisse qui exige trente jours de vacances annuels obligatoires pour tous, contre vingt actuellement

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Suisse : 6 semaines de vacances pour tous ?

Publié le 8 mars 2012
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Dimanche 11 mars, les Suisses diront s’ils acceptent l’initiative de Travail.Suisse qui exige trente jours de vacances annuels obligatoires pour tous, contre vingt actuellement.

Par Stéphane Montabert, depuis Renens, Suisse.

Selon toute vraisemblance, l’initiative « Pour 6 semaines de vacances » sera nettement rejetée par le peuple ce dimanche. Si quelques inconnues subsistent quant au degré de rejet – espérons que la Suisse romande ne sorte pas trop du lot, histoire de ne pas renforcer les clichés – la mission de l’initiative a été accomplie, au moins dans le canton de Vaud : mobiliser les forces de la gauche en vue du premier tour des élections pour le Grand Conseil et le Conseil d’État.

Quel que soit le degré d’échec, des gens des deux camps seront là pour s’en réjouir. Les uns fêteront une bataille perdue, mais ouvrant la voie à plus de « progrès social » (bientôt la redite avec « 5 semaines de vacances pour tous », qui sait ?). D’autres célèbreront le rejet d’une initiative démagogique, économiquement suicidaire, brisant d’un même coup les conventions collectives et le fédéralisme, et tutti quanti.

Une connaissance avec qui je discutais de l’initiative me demanda si j’allais voter selon « le cœur ou la raison ».

Faisant peu de mystère de mon intention de vote, je lui demandais quand même de préciser ce qu’il entendait par là.

— Eh bien, me répondit-il, le cœur, c’est l’envie, les sentiments… Et qui n’aurait pas envie de six semaines de congés par an ? Six semaines ! Ce serait chouette !

— Bon, d’accord, mais la raison ?

— C’est simplement de penser que ça coûterait cher aux employeurs, tout ça… J’avais lu quelque part que si on posait la même question en France, neuf Français sur dix approuveraient. Mais pas en Suisse. Non, en Suisse, les gens sont trop bêtes pour accepter de voter un truc pareil, c’est du masochisme !

Puis il lâcha, malheureux, que les Suisses étaient finalement des gens trop raisonnables.

J’ai repensé depuis à cette petite conversation sur le « cœur » et la « raison » au sujet du vote, mais je suis parvenu à des conclusions très différentes.

Prenons un employé dans un secteur relativement bien portant, disposant d’une solide compétence, ou encore travaillant dans une grande entreprise comme Nestlé ou Roche, voire pour l’administration helvétique. Des personnes de ce genre, estimant leur emploi peu menacé, n’auraient objectivement aucune raison rationnelle de s’opposer à une hausse des vacances obligatoires de 4 à 6 semaines. Le raisonnement le plus égoïste les amènerait donc à voter pour l’initiative.

Égoïsme ? Bien entendu. Car à l’autre bout de l’échelle, il y a les Petites et Moyennes Entreprises (PME) de moins de 250 employés. Elles forment une majorité écrasante du paysage économique suisse ; 99,7% des entreprises appartiennent à cette catégorie. La certitude économique et la sécurité de l’emploi ne font pas partie de leur quotidien ; non seulement elles sont étranglées par les variations du taux de change, mais les forcer à payer deux semaines de vacances en plus à tous leurs employés pourrait leur porter le coup de grâce. Les salariés des entreprises survivantes s’en sortiraient mieux, mais ils ne sont pas tous seuls.

Alors, six semaines de vacances pour les chanceux, et pour les autres, le chômage…

Si bien que j’en arrive à penser que les Suisses, loin de repousser l’initiative gauchiste par simple froideur rationnelle, le font au contraire à cause de sentiments, au premier chef desquels l’altruisme dans son sens le plus noble. Ils sont prêts à sacrifier un confort immédiat en échange d’un meilleur niveau de vie pour eux-mêmes dans le futur, et pour d’autres, travailleurs anonymes et inconnus mais qu’on contribuera à ne pas jeter au chômage, refusant de céder aux sirènes démagogiques de la gauche.

Contrairement à ce qu’on raconte, je ne suis pas sûr que les Français adopteraient une telle mesure à 90%, à supposer qu’on leur pose la question. Mais nous aurons dimanche la preuve que les Suisses repoussent comme prévu le cadeau empoisonné de six semaines de vacances. Certains se lamenteront de l’échec de cette avancée dans le « progrès social ». D’autres, comme moi, tireront une grande fierté de ce que chaque citoyen suisse est capable de voir plus loin que sa petite personne, et de repousser une politique aux effets économiques et sociaux désastreux.

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  • Ai voté contre en tout cas.

    Le « coeur » c’est plutôt celui des petits enfants qui mangent des glaces à en être malade, bouffent des bonbon à finir avec des dents pourrie en bref c’est juste de l’irresponsabilité ou de la bêtise.

    Je ne sait pas si les français voteraient pour mais coté responsabilité ça ne semble pas gagné au vu des antécédents.

    Pourtant avec une vraie démocratie, après éventuellement quelques votes désastreux (comme un gamin qui apprend en se brulant) je suis certain qu’ils s’en sortiraient 100 fois mieux que cette oligarchie médiocre et bête à pleurer.

    La responsabilité vient quand on l’exerce. Pourvu que la majorité vienne aux peuple français avant sa vieillesse et sa mort pour cause de « parent » complètement cons.

    • Je suis d’accord.
      Mais je suis certain que si on leur posait la question, les français voterait favorablement dans une écrasante majorité.

      Les français ne retrouveront leur liberté et responsabilité que lorsque l’Etat sera en faillite. En attendant, tous le monde patiente.

  • Votre démonstration est intéressante, par contre je ne suis pas d’accord sur les tenants.

    En effet pour vous, les suisses vont peut-être (car l’élection n’ayant pas eu lieue je garde le conditionnel) rejeter cette proposition par Altruisme envers d’autres acteurs économiques.
    Je pense au contraire que le rejet viendrait plutôt d’un égoïsme profond : la peur de prendre leur emploi personnellement.
    La décision sera prise selon des considérations personnelles, mais surement après un vrai débat ou chaque camp aura pu exprimer ses positions.

    Si la question était posée en France la réponse serait le Oui à 95 % minimum. Pour deux raisons majeures:
    1) La démagogie est très présente en France et les grands et petits partis politiques surfent dessus allègrement. Votre interlocuteur a raison de dire « qui n’aurait pas envie de six semaines de congés par an ? Six semaines ! Ce serait chouette ! » Et puis pourquoi pas 10 semaines… La réalité c’est que très peu de gens aiment vraiment leur travail car ils n’ont choisi mais subissent ce job.
    2) En France un vrai débat démocratique et serein est impossible. Toujours par démagogie et militantisme des journalistes. Seul serait présenté la facette gauchiste et démagogique. La facette économique serait expurgée car classée de « néo-libérale » donc forcément « mauvaise ».

    Le choix des électeurs serait dès le début contraint et orienté… Comme l’a été le vote sur la Constitution Européenne…

    • « Je pense au contraire que le rejet viendrait plutôt d’un égoïsme profond : la peur de prendre leur emploi personnellement. »

      Je ne crois pas que ce soit le cas. Les Suisses n’en sont pas à chérir leur emploi actuel à n’importe quel prix, et à considérer le chômage comme un gouffre dont on ne ressort pas. En tous cas, pas ceux dont j’ai croisé le chemin.

      Il est vrai que le taux de chômage helvétique est moitié de celui de la France, ce qui doit certainement en changer la perception…

    • « Je pense au contraire que le rejet viendrait plutôt d’un égoïsme profond »

      Notre personne en tant qu’habitant de notre corps est effectivement la chose la plus importante à nos yeux, même « l’altruisme » n’est jamais désintéressé, question d’image de soi par rapport aux autres. Rien que de très normal ici nous sommes des animaux sociaux.

      La différence ce fait sur la raison et la compréhension des rouages du monde et de la société, rien ici aussi que de très normal. Juste un peu de logique et de bon sens basé sur quelques connaissances de base.

      Ce qui m’est totalement incompréhensible c’est l’immaturité complète d’une certaine intelligentsia française qui prétend raser gratis et donner tout pour rien et sans aucun inconvénients.

      Les fous et les imbéciles ont toujours existé il est vrai mais la France grouille d’adeptes qui croient ces discours et ça c’est proprement ahurissant pour un pays qui a été un tel phare intellectuel.

  • J’ai voté contre. Bien sûr, nous adorerions être en vacances toute l’année! Mais il est effectivement important de réfléchir un brin et de laisser l’émotionnel de côté. Entièrement d’accord avec Ilmryn. Malheureusement, le « coeur » gouverne trop de monde, à l’heure actuelle, et nous vivons dans une société irrationnelle où la population n’est pas suffisamment éduquée pour apprendre à penser. We have to think hard, a écrit Dan Gardner dans son excellent livre, « Risk ». Ben, quand on voit certains délires de politiciens, notamment en matière de risque, d’écologie et compagnie, c’est pas encore gagné…!

    • @Sandra,

      Plutôt que « le coeur qui gouverne le monde », je préfère la formule de Jean-François Revel « c’est le mensonge qui gouverne le monde » et pouyr moi, la France en particulier.

      • Oui, j’abonde dans votre sens. Mais quand je parle du « coeur » qui gouverne trop d’individus, je pointe l’irrationalité de nombreuses opinions, non fondées sur la science et qui trouvent leurs origines dans des peurs, des croyances et la multitude de charlatanismes qui fleurissent un peu partout.

  • Finalement les Suisses ont bien voté contre à 67 %
    http://www.20minutes.fr/ledirect/895921/referendum-suisses-disent-non-conges-payants-supplementaires

    Au fait ils avaient même refusés les 36 h par semaine… On est bien loin des 35 h à la française !!!

  • Les commentaires sont fermés.

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