Faites le Bien : partagez votre wifi pour de l’argent

Internet ordinateur (Crédits photosteve101, licence Creative Commons)

Une entreprise propose de partager sa bande passante WiFi inutilisée. Encore une idée bassement capitaliste qui pourrait bénéficier à tous.

Comme on est vendredi et qu’il n’est pas question de se prendre la tête à quelques heures du week-end en regardant le spectacle de Guignols politiques proposé par les médias français, je vous propose de découvrir une entreprise innovante, capitaliste, et très bisou-partage dans l’esprit.

Tout commence avec un constat : la plupart des équipements WiFi des particuliers sont sous-employés, et ceux des entreprises ont eux aussi des périodes de sous-utilisation. D’un autre côté, l’abonnement correspondant est, lui, souscrit pour une période de temps ininterrompue et sur cette période, de nombreuses plages horaires ne comptent aucun trafic.

Ainsi, typiquement, le citadin moyen qui part travailler le matin ne se sert plus d’internet chez lui jusqu’au moment où il rentre, plusieurs heures plus tard. En gros, de 9:00 à 18:00, l’équipement WiFi qui est chez lui, à de peu fréquentes exceptions, ne sert à rien. Je dis « peu fréquentes » puisqu’on peut trouver l’occasionnel participant à des Torrents (légaux bien sûr) permettant à de nombreux autres utilisateurs de venir se connecter sur ses équipements et profiter des nombreuses vidéos libres de droit qu’il met ainsi à disposition.

A cette exception près, on se retrouve donc avec un abonnement mensuel dont la durée réelle d’utilisation oscille autour de 140 heures chez un particulier. À l’inverse, dans une entreprise, dans des hotspots divers, l’utilisation a tendance a suivre la courbe de fréquentation du lieu, et donc être plutôt calée sur les horaires inverses : faibles à nulle la nuit, forte en journée, rien le week-end (ou à peu près).

Dans de nombreux cas, cette utilisation sous-optimale de la bande passante disponible se double d’une sous-utilisation de la capacité de téléchargement pendant la période d’utilisation.

Autrement dit, votre abonnement vous permet théoriquement d’être branché tout le temps à internet, jusqu’à 100, 200 ou 500 Go de téléchargé par mois par exemple (l’illimité français est assez rare dans le monde, en fait), mais vous n’utilisez qu’une petite partie de ce quota (sauf, là encore, à faire partie d’un fan club P2P d’échange de films tombés dans le domaine public, hein).

Bref : une bande passante et des quotas sous-utilisés, un abonnement constant… Il doit être possible de faire mieux… Surtout que d’un autre côté, il n’est pas rare de trouver des internautes au pouvoir d’achat millimétré qui n’ont pas les moyens d’accéder à internet à 40$ par mois et qui ne pourraient y consacrer, tout au plus, que 10$.

C’est là qu’une société, KeyWifi, entre en jeu, enfile son costume de super-héros en lycra jaune et rouge et part à l’assaut des bandes passantes sous-optimales et des internautes sans le sou.

L’idée est simple : le pauvre internaute prolétaire souscrit un petit abonnement (autour de 10$) auprès de KeyWifi. De son côté, l’utilisateur capitaliste, richissime nabab d’internet qui a une grosse bande passante et un abonnement obscène à 40$ par mois, s’enregistre auprès de KeyWifi. La société permet alors à l’utilisateur privilégié d’installer un logiciel de gestion de son WiFi qui lui permet de déterminer quand sa borne devient accessible, le nombre de personnes simultanées et les éventuelles limitations de quota qu’il impose à sa bande passante.

WiFi cat

Lorsque l’internaute prolétaire désire se connecter au hotspot Wifi ainsi disponible, il lui suffit d’utiliser son identifiant KeyWifi pour accéder à la borne. Et sur les 10$ touchés par la société intermédiaire, l’utilisateur capitaliste (et partageur) récupérera, au prorata de l’utilisation de sa bande passante, jusqu’au deux-tiers de la somme en question. Ceci permet ainsi au partageur d’amoindrir les frais de ligne, et à l’abonné KeyWifi de ménager ses propres coûts. Mieux : il lui est alors possible d’utiliser d’autres bornes WiFi disposées ailleurs et qui participent au procédé. KeyWifi se charge de rétribuer les différents propriétaires en fonction des utilisations qui sont faites de leur borne.

On comprend aisément que pour certains points d’accès WiFi, normalement inaccessibles la nuit, il peut être très intéressant d’amortir une partie des frais de ligne en laissant l’accès ouvert. Typiquement, certains restaurants, certains établissements accueillant du public auront intérêt après la fermeture à basculer leur ligne en mode KeyWifi et récupérer ainsi une partie de leurs coûts auprès des abonnés alentours.

La clé du succès, ici, réside dans le ciblage précis des bonnes zones de clientèle : ce seront les zones où la bande passante est facilement disponible avec de nombreux points d’accès, dans lesquelles les utilisateurs veulent tempérer l’accroissement soutenu de leurs abonnements Internet. On reconnaît dans cette description des centres villes modernes où nombreux sont les commerçants à utiliser le WiFi dans la journée mais dont la bande passante et l’abonnement sont payés « en pure perte » pendant la nuit ou en début de matinée, heures auxquelles l’activité commerciale est au plus bas.

Maintenant que tout ceci est exposé, vous comprendrez bien que cette idée scandaleuse (basée tout de même sur le principe saugrenu que des riches possédant pourraient vouloir partager un peu de leur opulence) saura trouver de nombreuses critiques.

Outre qu’elle n’a pas vu le jour en France où, pourtant, le partage, l’entraide et la redistribution sont des valeurs tenues en haute estime, cette idée se base dès le départ sur l’exploitation éhontée de la faiblesse de pouvoir d’achat d’une certaine catégorie de prolétaires non possédant à la connectivité internet contrariée. Dès lors, on peut être certain qu’en France, ceci sera par exemple remplacé par un Accès Citoyen Au WiFi, avec l’écriture du droit inaliénable (et opposable) correspondant dans la Constitution.

Mais à titre personnel, je me laisse à imaginer que bientôt, la connexion à internet sera permanente (au moins en ville) et d’un coût quasi indolore, et ce d’autant plus que l’État aura été conservé aussi loin que possible du domaine.
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