Syrie : les visées des Russes, des Turcs et des Chinois

Plutôt qu’une intervention de l’ONU Russes et Turcs proposent leur « médiation ».

Plutôt qu’une intervention de l’ONU, Russes et Turcs proposent leur « médiation ».

Par l’aleps et Guy Sorman.

La ville de Homs, bombardée par l'armée syrienne.

La situation se dégrade chaque jour en Syrie. C’est un massacre quotidien de plusieurs centaines de personnes, ce sont des familles qui fuient, ce sont des quartiers entiers incendiés. Pour l’instant la dictature de Bachar El Assad se maintient grâce à une armée dont cependant certains éléments commencent à se désagréger – pour autant l’ASL (l’Armée Syrienne Libre) n’est qu’une troupe sans commandement, incapable de remporter quelque victoire significative. Quant aux opposants, comme en Égypte, comme en Tunisie, ils se divisent entre islamistes et jeunes libéraux – tandis que la laïcité est toujours le principe du pouvoir syrien.

Tous les diplomates de tous les pays occidentaux ont fait pression auprès du Conseil de Sécurité de l’ONU pour condamner (facile) la dictature et la combattre ouvertement (plus difficile). Russes et Chinois ne veulent pas entendre parler d’une intervention militaire.

Le monde libre peut-il rester spectateur impuissant devant ce drame vécu par la population syrienne, en particulier par la communauté chrétienne, très diminuée depuis quelques années, et persécutée de tous côtés ?

En fait, la question de la Syrie s’inscrit dans un conflit plus général qui agite le Moyen Orient depuis plusieurs années mais s’est exacerbé après les « printemps Arabes ». Le pouvoir va sûrement basculer dans le camp des islamistes, mais lesquels ? Salafites, sunnites, chiites ? Et qui inspirera les nouveaux dirigeants : l’Iran, ou l’Irak ? A vrai dire, Russes et Turcs, sans s’entendre pour autant, ont une visée commune : apparaître comme les arbitres et les pacificateurs de la région, pour en contrôler les richesses naturelles et conforter leur propre place dans le concert international. Soumis aux critiques de la plupart des démocraties, ils veulent rappeler que personne ne peut se passer d’eux.

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Sur le web

Le point de vue de Guy Sorman

Au siège de l’ONU à New-York, le représentant de la France m’explique le refus de la Chine et de la Russie, de toute condamnation du gouvernement syrien. Par principe, ces deux gouvernements autoritaires, indifférents à l’opinion publique, et aux droits de l’Homme, s’en tiennent à une idéologie souverainiste. Chacun en somme, est libre de tuer ses propres citoyens à l’intérieur de ses frontières.

Ce souverainisme en contradiction avec le droit ou devoir d’ingérence contre les États assassins – prévu par l’ONU – arrange aussi les affaires intérieures de la Chine et de la Russie. Si l’ONU intervenait en Syrie, ne risquerait-elle pas demain, de la voir s’intéresser de trop près aux Tibétains, Tchétchènes et autres Ouighours ? Les victimes syriennes sont ainsi prises en otage non seulement par leur dictateur mais tout autant par une sainte alliance des tyrans.

À la guerre froide Communisme contre Capitalisme, achevée en 1989, succède une nouvelle fracture autour de l’universalité ou non des principes de la démocratie ; s’y superpose une rivalité entre le capitalisme démocratique et le capitalisme autoritaire de modèle chinois.

L’ Histoire continue.