Le teuton, nouveau bouc émissaire ?

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Le réflexe normal lorsqu’une déroute est en train de se profiler à l’horizon est de rechercher un bouc émissaire

Le réflexe normal lorsqu’une déroute est en train de se profiler à l’horizon est de rechercher un bouc émissaire, et tout semble indiquer que le teuton va remplacer le banquier.

Par Charles Gave

Comme je ne cesse de le répéter, la crise actuelle dans un certain nombre de démocraties n’est en rien une crise économique, mais plutôt, une superbe crise politique (ou plus exactement de la politique telle qu’elle a été pratiquée en Grèce, en Italie,  en Espagne et bien sûr en France). Les hommes politiques ont cru qu’ils pouvaient acheter les voix de la majorité en taxant la minorité et en empruntant ce qui manquait aux petits enfants à venir. Hélas, le clientélisme et la démagogie  qui dominent nos systèmes politiques depuis des décennies arrivent à leur terme et les pauvres élus se rendent bien compte que des jours sombres s’annoncent pour eux. Le réflexe normal lorsqu’une déroute est en train de se profiler à l’horizon est de rechercher, toutes affaires cessantes, un bouc émissaire afin qu’il endosse la rage de ce bon peuple.

Le premier de ces boucs émissaires a toujours été le banquier, le financier, souvent apatride « cosmopolite » façon bien propre de dire « pas vraiment de chez nous ». Là où l’affaire se corse, c’est qu’en France les banquiers font tout à fait partie de la nomenclature officielle et que les banques françaises n’ont fait que suivre les recommandations édictées ou acceptées par… nos élites françaises fort bien représentées à Bâle, au FMI, à Bruxelles… Donc ou les réglementations étaient idiotes (ce qui était le cas) ou nos élites incompétentes (le cas encore), ou les deux à la fois, ce qui ne plaide pas en faveur de ceux qui les ont choisi. Donc les banquiers en tant que bouc émissaire (à la René Girard) perdent un peu de crédibilité au fur et à mesure que le bon peuple se rend compte que ce n’est pas le brave type qui s’occupe d’eux au Crédit Agricole du coin qui est responsable du désastre qui s’annonce. Heureusement, dans l’inconscient collectif de notre bon peuple émerge fort souvent l’ennemi héréditaire, le vrai, non pas l’Anglais ou l’Américain comme la presse de gauche aime à nous le faire accroire,  mais le Teuton, l’ennemi d’outre Rhin. Tout semble indiquer que le teuton va remplacer le banquier.

Bien sûr, je ne suis pas dans le secret des Dieux, mais je me demande si les socialistes ne sont pas en train de nous préparer une sortie en fanfare de l’Euro, au cas bien sûr où leur représentant serait élu. Je commence à voir apparaitre des articles « suspects » , signés par des « économistes » très marqués à gauche et qui rendent le refus allemand de financer tous nos braves démagogues d’ores et déjà responsables de l’obligation où va se trouver notre pays de sortir de l’Euro. Selon eux, l’intransigeance allemande (lire le respect des traités par les Allemands) va forcer la France à des mesures extrêmes que l’Allemagne sera la première à regretter. Si ces annonces déclenchent une panique dans les marchés et sur la dette française, voila qui rendra la réélection du Président sortant quasiment impossible. Si par contre l’Euro tient jusqu’en Mai et que leur candidat est élu, ils pourront se targuer auprès des Allemands de la « volonté populaire » qui réclame un changement des traités. On voit l’habilité remarquable de la manœuvre et à quel point les intérêts à long terme de notre pays sont défendus par ces hommes. Et pourtant, je suis partisan d’arrêter cette énorme erreur que fut l’euro. L’euro n’est pas responsable de nos malheurs pas plus que les Allemands. Les responsables, ce sont nos hommes politiques.

Le lecteur a besoin de savoir une chose et une seule : les déficits de la France viennent uniquement du poids excessif de l’État dans notre économie. Une dévaluation qui ne s’accompagnerait  pas d’une reforme profonde de notre système étatique serait donc inéluctablement une dévaluation ratée, comme nous en avons connu beaucoup dans notre histoire. Et dans le cas d’une dévaluation ratée, le peuple dans son entier s’appauvrit. Comme le disait Churchill, le socialisme répartit la pauvreté de façon égalitaire tandis que le capitalisme répartit l’abondance de façon inégalitaire. Quand on sait l’intérêt que Monsieur Hollande a pour l’égalité, je n’ai pas le moindre doute sur ce qui nous attend s’il est élu.

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