Le problème de la privatisation

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Le problème de la privatisation

Publié le 2 février 2012
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Les libéraux feraient mieux de ne pas opposer les secteurs « privé » et « public », mais plutôt les secteurs « concurrentiel » et « monopolistique ».

Par Steven Horwitz, depuis les États-Unis
Article publié en collaboration avec UnMondeLibre

Les penseurs libéraux soutiennent classiquement la « privatisation » de nombreuses activités publiques. Leur argument, bien sûr, est que le secteur privé fournit des biens et services à moindre coût et de meilleure qualité que le secteur public. Si les libéraux classiques ont raison sur ce point, pourquoi alors penser qu’il y ait un problème avec la privatisation ?

La réponse est que les appels à la privatisation passent à côté de la vraie raison expliquant pourquoi le secteur privé fonctionne mieux que le secteur public. Le grand avantage du secteur privé n’est pas tant la propriété privée en soi, mais le fait que les propriétaires privés se font concurrence. Les libéraux feraient mieux de ne pas opposer les secteurs « privé » et « public », mais plutôt les secteurs « concurrentiel » et « monopolistique ». Si l’objectif est l’efficacité dans la fourniture de biens et services, la propriété privée est une condition nécessaire mais pas suffisante. Au lieu d’appeler à la « privatisation » des services publics, les libéraux devraient favoriser la « dé-monopolisation ».

Monopoles privés

Supposons qu’une collectivité locale décide de privatiser la collecte des déchets. Souvent, cela signifie que plutôt que de gérer elle-même l’organisation du ramassage des ordures, la collectivité locale offre le droit du monopole de collecter les déchets à l’entreprise privée la plus offrante. Bien que les entreprises intéressées se concurrencent pour remporter le marché, une d’elles finit néanmoins avec un privilège de monopole dans la localité. Du point de vue du consommateur, un monopole du secteur public a été remplacé par un monopole du secteur privé.

Les monopoles privés pourraient être légèrement plus efficaces que les monopoles publics, d’abord parce qu’ils ont des objectifs d’entreprise privée (en termes de profits et pertes) et, aussi, doivent sans doute faire du bon travail s’ils veulent obtenir un renouvellement de leur contrat. Ces incitations peuvent être plus fortes que celles qui découlent de la capacité des administrés insatisfaits à se plaindre ou voter contre des responsables locaux dans le cas de la fourniture publique de services. Toutefois, il faut noter que le monopole privé doit in fine satisfaire les politiciens qui dispensent le privilège de monopole, pas les consommateurs finaux. Ainsi, pour les administrés, les gains provenant du remplacement d’un monopole public par un monopole privé ne sont pas si évidents.

Imaginons plutôt que la collectivité locale ait tout simplement ouvert la collecte des déchets pour toute entreprise qui souhaite vendre les services aux consommateurs. Cette « dé-monopolisation » conduirait à une concurrence réelle entre des fournisseurs (potentiels), forçant les éboueurs à servir les consommateurs et non pas simplement les politiciens locaux qui distribuent des privilèges de monopole. La concurrence incite les entreprises à fournir des biens et services de meilleure qualité et à moindre coût aux consommateurs, plutôt que des avantages politiques aux agents publics. Bien sûr on ne peut avoir de concurrence sans propriété privée, mais la propriété privée ne suffit pas. La démonopolisation est nécessaire pour générer la concurrence qui est au cœur de l’efficacité du secteur privé.

La propriété plurielle

Dans certains de ses derniers écrits, le penseur Friedrich Hayek fait une remarque semblable quand il suggère qu’il est problématique de parler de « propriété privée » et que nous devrions parler plutôt de « propriété plurielle ». La distinction n’est pas juste sémantique. Son argument est que l’aspect important de la propriété « privée » n’est pas qu’elle est privée, mais qu’elle est divisée entre « plusieurs » propriétaires qui se concurrencent alors pour en faire le meilleur usage.

La rhétorique de la « privatisation » peut dissuader des gens qui pourraient être plus ouverts aux idées libérales si nous définissions ces dernières comme l’opposition au monopole plutôt que comme un soutien au transfert des ressources du « public » vers des mains privées. Il est également intéressant de mentionner que le secteur « public » peut être beaucoup plus « privé » que le secteur privé : comparons le peu que nous savons d’organisations du « secteur public » comme la CIA ou la Fed aux USA, avec ce que nous savons au sujet d’Apple, Google, ou d’autres sociétés qui ouvrent régulièrement leurs livres et rendent publics des rapports annuels. Si nous croyons que les avantages de la démonopolisation iront au « public » en tant que consommateurs, alors abandonnons le discours de « privatisation ».

La propriété privée n’est pas un but mais un moyen vers une fin. Ce qui importe vraiment est ce qui sert au mieux les administrés en tant que consommateurs de services collectifs. La propriété privée ne permet cela que si c’est dans un contexte institutionnel qui favorise la concurrence. Les libéraux doivent changer la rhétorique et passer de la promotion de la privatisation à celle de la promotion de la concurrence en mettant fin à des monopoles d’État autant que possible. C’est le chemin vers des prix plus bas et d’une qualité supérieure, et vers davantage de liberté.

—-
Cet article a paru initialement en anglais sur www.thefreemanonline.org. Traduction : www.UnMondeLibre.org.

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  • Très intéressant article : en fait il s’agit d’ouvrir les marché en empêchant les barrières d’entrée… Les perspectives ouvertes sont bien différentes qu’une simple privatisation…

  • tout à fait d’accord !!

    un monopole privée ou public, cad une activité économique sans concurrence, est par nature inefficace.

    Et j’entends tjrs les étatistes crier haro sur le capitalisme libéral en prenant tjrs comme exemples des monopoles privés …

  • Brillant article fort à propos. En effet, on voit bien que les monopoles privés (par exemple la téléphonie) ne font pas mieux que les monopoles étatiques.

  • Bravo pour cet article.

    Juste une petite question: comment faire pour des services « particuliers » comme le transport d’eau. Car passer du monopole municipal des canalisation vers une mise en concurrence me parait relativemenet difficile.
    En effet, je ne pense pas concret qu’une dizaine d’entreprise creusent elles aussi des canalisations d’eau. Alors comment faire?

    Merci bien

    • Il faut séparer ce qui relève du monopole naturel et ce qui relève de la production. Dans le cas de l’eau, un monopole « naturel » peut se justifier pour ce qui concerne le transport vers le client (canalisations) et les normes de qualité. En revanche, il n’y a aucune raison que les divers producteurs d’eau ne soient pas mis en concurrence (sources naturelles, traitement des eaux usées, récupération d’eau de pluie, désalinisation, etc.).

  • Pas mal ! Voilà un point de vue qui détonne. En +, l’auteur sous-entend que les libéraux économiques frisent la malhonnêteté intellectuelle ou le fanatisme idéologique qd ils soutiennent mordicus la seule privatisation. En fait, les 2 types de monopoles, publics ou privés, mènent à des abus nuisibles pour la collectivité : l’un est au service de ses seuls salariés (type SNCF par ex), l’autre au service de ses seuls actionnaires (groupes privés divers : grandes banques, distributeurs d’énergie…). La satisfaction & le respect du public étant accessoire.

    La Suède a dès 1988 créé des partenariats public/privé pour la gestion & l’exploitation de ses voies ferrées. Et ça marche bien. Bon, on est en Suède : discipline & efficacité, c’est naturel chez eux. Moins d’esprit corporatiste égoïste aussi. L’état suédois est très présent dans le paysage ferroviaire suédois mais sans envahissement. Il s’agit vraiment d’une collaboration privé / public :

    « L’État possède des droits exclusifs sur les
    lignes rentables exploitées par les SJ (Note perso : à 100% publiques). Il lance
    les appels d’offres sur les lignes nationales
    déficitaires via l’agence gouvernementale Rikstrafiken, créée en juillet 1999 et opérationnelle
    depuis début 2000 ; dépendant du ministère de
    l’Économie, cette entité a pour mission de
    maintenir des liaisons interrégionales viables
    (majoritairement en ferroviaire mais pas seulement puisqu’elle subventionne également des
    liaisons maritimes et aériennes vers l’île de
    Gotland et quelques liaisons routières). » (in http://www.certu.fr)

    La gestion « entretien des voies, cession de portions à des opérateurs privés contre rémunération à l’état » est publique. De +, les pouvoirs publics suédois ont su garder un grand nombre de concurrents : ça évite les ententes et abus dès qu’il n’y a plus que 3 ou 4 entreprises sur le marché (type Royaume-Uni où les chemins de fer privatisés sont de qualité moyenne).

    Voilà un exemple qui monte que c’est possible de marier les deux systèmes dès qu’il y a volonté politique… et mise en place précoce.

    Ceci dit, je le répète, la culture rentre en jeu également : l’esprit suédois est méthodique, discret et très tourné vers le bien-être collectif, tout le contraire de l’esprit français dont l’individualisme (qui pourrait être un atout si bien utilisé) va quasi systématiquement vers l’égoïsme & le rapport de forces avec les autres. Et je ne parle pas que des grèves du secteur public, je parle aussi de la mentalité française dans le secteur marchand plutôt sensible aux « sirènes libérales économiques à l’américaine » où l’exploitation de l’outil d’activité ne s’embarrasse guère de considérations morales et éthiques, population et environnement passant après l’intérêt de l’actionnaire ou des actionnaires. Je pense qu’en fait un partenariat privé/public n’est possible que si les notions d’éthique commerciale sont à un niveau avancé. Ce qui est le cas des pays scandinaves.

  • La démonopolisation est bien sûr mieux qu’une simple privatisation, mais ce qu’il y a encore de mieux c’est que tous les concurrents en place soient privés. Actuellement sur certains marchés libéralisés, sont en compétition des entreprises privées (par exemple easyjet) avec des entreprises publiques ou semi-publiques (par exemple airfrance), c’est juste déloyale.

  • Ce raisonnement est très juste. Notre pays part néanmoins de tellement loin, que prôner les privatisations est déjà un premier pas avant de rentrer dans les détails. Une entreprise privée a de toute façon une obligation de résultat plus importante qu’un service public. Les statuts, salaires et avantages diverses subissent généralement moins de dérives. C’est toujours cela de gagné. Je précise également que l’Etat adore créer des monopoles privés, avec lesquelles les relations sont ambivalentes. Actuellement, la mode est de les appeler « champions nationaux » …

    Normalement, c’est justement une des fonctions régaliennes de l’Etat de préserver la concurrence et le libre marché. Malheureusement, en France, l’abus de réglementation foisonnante fait exactement le contraire. La maîtrise réglementaire limite la possibilité de nouveaux entrants sur les marchés.

    il faut aussi noter que dans le cas de privatisations, Il faut essayer de créer directement des marchés stables. La privatisation du rail au Royaume-Uni et de l’électricité aux Etats-Unis a montré que trop morcelé un marché menait à de nombreux dysfonctionnement. La concurrence brutalement insupportable met fin à tout investissement. Le marché ne fonctionne à nouveau qu’après consolidation dans la douleur.

    A noter que l’arrivée de Free dans le marché des mobiles montre qu’il serait peut être plus optimal que le réseau des mobiles soit indépendants des opérateurs eux-même. Cela créerait des concurrences internes entre les réseaux pour capter les opérateurs. On pourrait alors surement se contenter de 3 réseaux au lieu de 4 pour atteindre un niveau de concurrence suffisant, ce qui serait une économie au niveau global.

    A noter que certains marché sont par définition difficilement exposé à la concurrence … Les marchés de distribution avec réseau posent problèmes (électricité, eau, téléphone, rail, routes, …). Les concessions d’autoroute devraient peut être renouvelés plus souvent avec appels d’offre. Les entretiens des réseaux devraient être séparés de leur exploitation au lieu d’être fournis en package. Les frontières physiques devraient être plus souples afin d’éliminer les violences des appels d’offre publiques. L’exemple de la collecte des ordures est typique car la perte d’une ville complète ruine instantanément une société. Il serait donc mieux d’avoir plusieurs société sur plusieurs communes et de faire des découpages à la rue, au moins offrant chaque année.

  • L’auteur passe à côté de l’essentiel, ce qui vide de sens sa démonstration.

    Aucun monopole, faussement qualifié de « privé », ne peut subsister sans la complicité active de l’Etat et des fonctionnaires. Un monopole ou un oligopole, qu’il soit public ou privé, est toujours une excroissance de l’Etat nécessitant l’usage illégitime de la force publique. Un monopole, public ou privé, c’est l’Etat.

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