La crise sera résolue par une agence de notation européenne

Si les dirigeants européens pensent qu’il suffit de légiférer contre les mauvaises nouvelles, c’est que la fin est proche

Si les dirigeants européens pensent qu’il suffit de légiférer contre les mauvaises nouvelles, c’est que la fin est proche.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume Uni

 

Comment pensez-vous que les députés européens comptent sortir de la crise ? En reconnaissant que la monnaie unique était une mauvaise idée dès le départ ? En autorisant les économies exsangues à faire défaut, devenir indépendantes et dévaluer ? Aucune chance. Ils prévoient de réguler, voire même censurer, les agences de notation américaines, tout en créant une agence européenne à la place. Les députés italiens notamment pressent la Commission de lancer le projet : cela fait six mois, rappellent-ils, que le Parlement Européen approuve le principe.

Et pourquoi une telle structure serait-elle nécessaire ? Pour reprendre une réponse écrite qu’ils ont eux-mêmes rédigé :

Le but est aussi d’éliminer les conflits d’intérêt, et d’assurer que les agences de notation restent totalement impartiales dans leurs évaluations, une garantie indispensable au vue de la situation économie et financière actuelle.

Quoi de plus « totalement impartiale » qu’une agence financée par Bruxelles en effet ? L’idée que dans un marché libre, les agences partiales feraient faillite est exactement le genre d’idée anglo-saxonne dépassée qui nous a mis dans ce pétrin, Hannan.

De mon côté, je suis en faveur du crowdsourcing, ici comme ailleurs : regardez cette idée par exemple (chapeau bas, Hugo Philion). De telles notions, en revanche, sont absurdes pour les Eurocrates, qui considèrent que « dérégulé » est synonyme d’ « illégal ».

Vous seriez surpris par le nombre de personnes intelligentes et cultivées qui se sont convaincues que la crise de l’euro est un complot anglo-américain. Le président du Comité des Affaires Étrangères, un chrétien-démocrate allemand du nom de Elmar Brok, a récemment accusé les États-Unis de financer une guerre économique contre l’euro. Il est loin d’être le seul à partager cet avis. La semaine dernière, un chrétien-démocrate italien s’est déchainé sur moi à propos d’un article du Financial Times, qui avait relevé la possibilité d’une dégradation de la note italienne. Ceci constituait la preuve à ses yeux que les Anglais étaient complices du complot. J’ai tenté en vain de lui expliquer que 1) reporter une crise de la dette n’est pas la même chose que la causer, 2) le Financial Times est le journal anglophone le plus europhile, 3) le gouvernement britannique ne contrôle pas ce qui apparait dans ce journal. Il ne m’a pas cru.

Les commentateurs parlent parfois de l’Europe comme construite sur des bases « cartésiennes », dans la tradition logique à la française, plutôt que celle empirique des Anglais. Mais ce qui est vraiment cartésien dans l’Union Européenne est cette croyance qu’elle peut contrôler la réalité en régulant nos sens, tel le malin génie de Descartes. Montée du chômage ? Publions de meilleurs chiffres ! Les gens se retournent contre la monnaie unique ? Créons une vidéo de commémoration ! De mauvais résultats économiques ? Débarrassons-nous des agences de notation et créons en une meilleure à la place ! Quand nos dirigeants pensent qu’ils peuvent légiférer contre les mauvaises nouvelles, la fin est proche.

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Traduction : Cthulhu pour Contrepoints.