Paul Krugman : « Personne ne comprend la dette ! »

Le Prix Nobel d’économie Paul Krugman veut nous faire croire que le surendettement des États est sans conséquence négative pour l’économie

Le Prix Nobel d’économie Paul Krugman veut nous faire croire que le surendettement des États est sans conséquence négative pour l’économie.

Par Pierre-Yves Saint-Onge, depuis Montréal, Québec

« Personne ne comprend la dette ! » C’est le titre d’un récent éditorial dans le New York Times, préparé par Paul Krugman, un régulier de ce journal, et prix Nobel d’Économie.

Paul Krugman est relativement célèbre pour ses positions pro-stimulus économique. Sa position peut être résumée ainsi : il est vrai que les plans de stimulation massifs du New Deal n’ont pas réussir à sortir l’économie de la Grande Dépression, mais ce n’est pas parce que le concept n’était pas bon, c’est que le stimulus n’était pas assez imposant. Il répète cet argument pour convaincre les gouvernements d’augmenter les programmes de stimulus qui, encore une fois, ne semblent pas régler les problèmes.

Dans cet éditorial, Krugman développe plusieurs points :

Les déclinologues qui luttent contre les déficits dépeignent un futur dans lequel nous serions appauvris par la nécessité de rembourser l’argent que nous avons dû emprunter. Ils assimilent l’Amérique à une famille qui a contracté un prêt hypothécaire trop important et qui aurait du mal à verser les paiements mensuels.

Il s’agit cependant d’une très mauvaise analogie pour au moins deux raisons.

Premièrement, les familles doivent rembourser leurs dettes. Pas les États – tout ce qu’ils doivent faire est de s’assurer que la dette croît plus lentement que leur assiette fiscale. La dette de la Seconde Guerre mondiale n’a jamais été remboursée ; c’est devenu de plus en plus hors de propos à mesure qu’ont progressé l’économie américaine et, avec elle, les revenus assujettis à l’impôt.

Deuxièmement – et c’est le point que quasiment personne ne semble voir – une famille qui a trop emprunté doit de l’argent à quelqu’un d’autre ; la dette souveraine américaine est, dans une large mesure, de l’argent que nous devons à nous-mêmes.

Ce fut clairement le cas de la dette contractée pour gagner la Seconde Guerre mondiale. Les contribuables ont vécu au crochet d’une dette qui était sensiblement plus élevée que celle d’aujourd’hui, en pourcentage du PIB, mais cette dette était également détenue par les contribuables, comme tous les gens qui achètent des obligations. Ainsi, la dette n’a pas rendu l’Amérique d’après-guerre plus pauvre. En particulier, la dette n’a pas empêché la génération d’après-guerre de connaître la plus forte hausse des revenus et du niveau de vie de l’histoire de notre nation.

Traduction : Contrepoints.

Premièrement, les gouvernements ont certainement la possibilité de ré-emprunter les montants qui doivent être remboursés, mais il est faux de croire que les gouvernements n’ont pas à rembourser leurs dettes. En apparence, l’argument semble valide car si on ne regarde que les sommes totales, elles ne font que croître, donc, dans leur totalité, elles ne sont jamais remboursées. Par contre, les détenteurs de ces dettes s’attendent à être remboursés éventuellement, et à ce moment feront le choix de réinvestir dans la dette gouvernementale, ou pas. Les États-Unis, dans la crise financière, continue à bénéficier de statut de valeur refuge, et de par ce fait payent un taux d’intérêt minime. Mais celui-ci en bout de ligne sera déterminé par le marché, et si les craintes reviennent aux États-Unis, le renouvellement de la dette (qui se fait à coup de trillions annuellement – 1 à 1,5 trillions par années de nouvelles dettes, ainsi que le renouvellement des 15 trillions de la dette déjà existante qui est en grande majorité de la dette à court terme) se fera à des taux supérieurs. Chaque point de pourcentage de plus sur la dette moyenne de 15 trillions aboutirait à des dépenses supplémentaires de 150 milliards.

L’argument est que pour se sortir de ce pétrin, il suffit de faire croître l’économie à un rythme plus rapide que la dette. Pas facile à accomplir quand la dette croît de 10% par année !

Et de là on passe au deuxième argument, c’est-à-dire que la dette encourue à la sortie de la Deuxième Guerre Mondiale était plus imposante par rapport à la taille de l’économie que présentement (et c’est vrai pour le moment). Il y a une énorme différence : la source des énormes dépenses et déficits était terminée avec la fin de la guerre ! Après coup, il reste des dépenses de reconstruction et de rapatriement des troupes, mais les déficits de 20-25% de l’économie et les efforts de guerre ont cessé, et les énormes investissements en infrastructures et manufactures d’équipement de guerre peuvent maintenant être converties en usage civil et servir à la croissance de l’économie. À notre époque, les déficits sont structurels et sans expiration. Le gouvernement américain, face à la crise, et après des mois de négociations à de la peine à se résoudre à des coupes équivalentes à 0,5% du PIB.

Krugman veut nous expliquer que la dette des États-Unis n’est pas dangereuse car pour chaque dollar de dette qui appartient à un étranger, il y a 0,89$ en actifs étrangers qui appartiennent à leurs citoyens et que ceux-ci ont un meilleur rendement. Il faut encore une fois nuancer à deux niveaux : le rendement versé par le trésor américain ne sera pas toujours aussi bas, et la situation présente est possiblement relativement sécuritaire, mais la direction ne l’est pas. Un avion qui va s’écraser mais que le pilote réussit à faire planer peut bien déclamer aux passagers : « Vous êtes en sécurité car nous avons le contrôle de la situation, présentement l’avion ne perd que 1000m d’altitude à la minute ! L’hôtesse va passer vous proposer un rafraîchissement en attendant la fin du voyage ! »

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