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Cuba : médailles à vendre

Publié le 22 janvier 2012
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Beaucoup de Cubains qui avaient reçu des décorations qui renvoient à des gloires passées préfèrent aujourd’hui les marchander contre des pesos.

Par Yoani Sánchez, depuis La Havane, Cuba

Grades militaires, étoiles, distinctions de plus ou moins grande importance : des décorations qui renvoient à des gloires passées. À côté des livres que l’on vend sur la Plaza Vieja – des cartes postales pour touristes avec le portrait du Che – se tient le plus grand marché de médailles du pays. Si en Allemagne de l’Est le commerce des médailles est descendu dans la rue après la chute du mur, il est né ici à la barbe de ceux-là même qui ont épinglé ces pièces de métal sur les revers. Beaucoup de travailleurs modèles, de soldats mutilés et de combattants fédérés qui ont reçu ces honneurs, préfèrent aujourd’hui les échanger contre des pesos convertibles. Ils marchandent en monnaie forte l’objet qui les a distingués comme modèles sociaux à imiter.

Sur un tapis rouge, manquant déjà de sobriété, sont exposés les emblèmes d’une nation qui étouffe entre les diplômes et les distinctions. L’héritage soviétique nous a laissé cette longue liste d’ordres, de distinctions, de rameux d’olivier, de lauriers de fer blanc, de certificats d’excellence, de faucilles et de marteaux peints en rouge, et de blasons de la république imprimés sur du zinc. Tout un attirail de la reconnaissance qui a calqué le kitch et la démesure venus tout droit du Kremlin. Dans ces années-là, personne ne voulait rester sans décoration et on troquait ces distinctions pour des prébendes ou des privilèges. Dans les assemblées où l’on distribuait réfrigérateurs ou machines à laver, les aspirants aux appareils domestiques y allaient avec leur barrette de médailles fixée à la chemise. La réunion se transformait en un combat de mérites, en un carnaval de hauts faits exagérés. Mais c’était il y a longtemps…

Dans l’ambiance de scepticisme de 2012, l’esthétique de ces insignes provoque chez nous un mélange de curiosité et d’étonnement. Quelques clochards de la Vieille Havane se les épinglent sur la poitrine pour que les touristes leur donnent un peu d’argent. Beaucoup de ces reliques gisent également, cachées dans le fond de nombreux tiroirs, du fait de l’indifférence ou de la déception de leurs bénéficiaires. D’autres ont tout simplement une valeur. Elles se vendent sur le marché des antiquités à côté des expositions de numismatique du XIXème siècle ou des appareils photo Leica octogénaires. Les acheteurs soupèsent les médailles, en discutent le prix avec le vendeur pour finalement laisser ou emporter le froid métal, porteur de pompe autant que d’échec ; grandeur et décadence.

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Sur le web
Traduction : Jean-Claude Marouby

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