Les secteurs où la concurrence fera baisser les prix (si on la laisse s’exercer)

Un universitaire détaille les secteurs de l’économie où le consommateur surpaye, généralement à cause de réglementations protectrices d’intérêts particuliers.

Dans un entretien accordé au site Atlantico.fr, Emmanuel Combe, professeur à l’Université de Paris-1, professeur affilié à ESCP-Europe et membre du Collège de l’Autorité de la Concurrence, détaille les secteurs de l’économie où le consommateur surpaye, généralement à cause de réglementations protectrices d’intérêts particuliers. Extraits.

Atlantico : A quels secteurs pensez-vous en particulier ?

Emmanuel Combe : Toutes les professions réglementées par exemple, dont le rapport Attali nous parlait déjà en 2008 et, bien avant lui, le rapport Armand Rueff en …1959. Notez bien qu’il ne s’agit pas de déréglementer ces professions pour laisser n’importe qui entrer et faire n’importe quoi. Il s’agit simplement de mettre un peu de nouveauté et de dynamisme dans des professions qui ont eu tendance à s’endormir sur leurs lauriers. Bien entendu, l’ouverture à la concurrence ne doit  jamais remettre en cause les impératifs de qualité et de sécurité. Prenez l’exemple  des taxis parisiens :  voilà un marché qui n’a quasiment pas bougé depuis 70 ans. Nous avons 16500 taxis aujourd’hui, il y en avait 25000 en 1925, est-ce bien normal ? Surtout pour une ville comme Paris qui s’affiche comme la capitale mondiale du tourisme ?

Autre sujet, assez tabou en France, celui des pharmacies. Le groupe Leclerc s’est d’ailleurs battu dans le passé pour pouvoir ouvrir une chaine de pharmacies mais il n’a jamais réussi à lever l’obstacle juridique. En France, les chaines de pharmacie sont toujours interdites, alors qu’il s’agirait d’un moyen efficace de rationaliser les coûts et l’offre.[..] Les Italiens ont par exemple libéralisé la vente de médicaments sans ordonnance en 2005 sous Romano Prodi et les prix  ont baissé en moyenne de 20%.

Autre segment de marché, qui est d’ailleurs en train d’évoluer : la vente de produits optiques et notamment de montures de lunettes. En France, nous sommes sur un modèle qui se base essentiellement sur la vente en magasins physiques. En Allemagne, les gens achètent aussi leurs montures en ligne. Je pense que le commerce en ligne peut venir bousculer ce secteur et permettre à ceux qui le souhaitent d’acheter leurs montures moins cher. Marc Simoncini a d’ailleurs lancé Sensee, un site internet pour acheter ses montures de lunette. Ceux qui pensent que ce sont des mesures « lilliputiennes » se trompent : compte tenu des écarts de prix, le gain de pouvoir d’achat peut être considérable.

Le secteur bancaire est lui aussi concerné. En France comme ailleurs en Europe, le marché de la banque de détail a toujours été une affaire domestique et  les banques étrangères ont du mal à s’inviter sur notre territoire, sauf en ciblant des produits particuliers (ING avec le livret épargne) ou des segments de clientèle à forts revenus (HSBC et Barclay’s Bank).

[..]Selon moi, il y a en France des gisements inexploités de pouvoir d’achat et surtout d’emploi dans les services à la personne. Pour faire jaillir ces gisements, cela suppose d’abord une volonté politique d’ouverture des marchés. Il ne faut pas oublier que Free a pu rentrer dans le marché de la téléphonie grâce à une décision politique forte : l’octroi d’une quatrième licence en 2009. Mais il faut beaucoup de courage politique pour prendre de telles décisions, qui viennent bousculer les intérêts établis.


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