Pourquoi je ne te donne pas d’emploi

Hongrie

L’analyse du marché du travail par un Hongrois est parfaitement transposable à la France.

La Hongrie est actuellement sur le devant de l’actualité pour différentes raisons (notamment politiques). Ce pays traverse actuellement une assez grave crise interne, et notamment économique. Cette crise économique a poussé un entrepreneur hongrois à relater, en quelques billets rapides sur son blog, quelques vérités parfois pénibles à entendre, surtout lorsqu’elles sonnent si justes et si facilement transposables pour un Français…

Ce blogueur, Jakab Andor, s’exprime en anglais sur son blog, mais la lecture des titres ne devrait pas être trop compliquée pour le Français lambda, pourtant généralement si allergiques aux langues étrangères. On y trouve notamment deux billets, l’un expliquant pourquoi il ne veut pas employer le lecteur, et le second dans lequel il se demande si, en ne créant ainsi aucun emploi, il ne serait pas méchamment anti-social.

Dans le premier billet, l’auteur explique ainsi que bien qu’ayant la volonté d’employer 12 personnes, là, maintenant tout de suite, il s’y refuse. Et directement, sans gants, il annonce d’emblée qu’il ne veut pas employer de femmes, parce qu’elles lui coûteront trop cher, les lois hongroises l’obligeant à supporter leurs congés maternités pendant plusieurs années. Il explique ensuite qu’un employé touchant, net, 760€ de salaire (ce qui n’est pas exactement le Pérou, même à Budapest) revient en réalité à 1572€ à l’employeur ; certes, concède-t-il, il peut fort bien payer moins, et supporter ainsi un salaire brut moins lourd pour lui, mais risque d’avoir un employé sous-payé qui lui sera, finalement préjudiciable.

Et il en profite pour noter que la Hongrie est, du point de vue du coût employeur, le pays où l’on établit un record.

Coût du travail en Europe

On notera, sans broncher, la très belle seconde place de la France dans ce joli panneau.

Puis notre entrepreneur en devenir se lance dans un intéressant calcul horaire, qui l’amène simplement à constater que pour s’en sortir honorablement, il va devoir facturer ses services autour de 37€ TTC de l’heure, pour un profit estimé, au mois, de 4373€. Une fois son propre salaire déduit de ce profit (un salaire de 1500€ net), et les impôts payés, la compagnie bénéficierait de 266€ au final.

Tout calcul fait, il constate ensuite qu’au marché au noir, dans l’illégalité, les gens facturent 9€ de l’heure et s’en sortent donc autour de 1000€ par mois. On comprend que ceux-là ne veulent pas du job légal à 760€. (Si cela évoque des choses pour le petit Français qui sommeille en vous, c’est purement fortuit.)

Il ajoute de surcroît que ces mêmes personnes auraient probablement assez vite fait de dénigrer son entreprise et qu’il serait rapidement confronté à de la propagande anti-capitaliste, puisqu’il chargerait 37€ de l’heure au lieu de 9€. (Là encore, si cela vous rappelle quelque chose, c’est parce que vous venez trop sur Contrepoints).

Il note qu’il serait aussi possible que, compte tenu du système légal très accommodant pour les salariés, certains pourraient en profiter pour lui voler ses clients, puis se débrouiller pour s’offrir un procès aux prud’hommes contre lui, et gagneraient.

À la suite de ces remarques et de ces calculs, notre Hongrois n’est plus du tout convaincu de vouloir entreprendre quelque chose et conclut, fort logiquement, que ces raisons et son raisonnement sont la raison pour laquelle il y a de plus en plus de chômage, que les gens consomment de moins en moins (ce qui ramène de moins en moins de TVA à l’État), qu’il y a donc conséquemment de moins en moins de compagnies décentes et que celles qui restent payent donc de moins en moins d’impôts, entraînant une chute dans la collecte des fonds nécessaires à faire tourner la machine à aides sociales.

Évidemment, après avoir posté un tel billet, des milliers de bobos européens se sont soudain sentis vexés et terriblement endoloris par une telle lecture ! Un Hongrois était en train de leur expliquer qu’entraver le business d’une entreprise et imposer des lois du travail trop contraignantes étaient fortement préjudiciable à toute l’économie et, donc, au bien être social de toute une nation. C’est intolérable !!!

Heureusement, Jakab a bon fond et tente de se rattraper dans un second billet au moins aussi intéressant. Dans celui-ci, il présente ses plus plates excuses pour avoir exposé ses motivations à ne pas créer d’emploi, et motive son emportement par une enfance passée… dans un pays communiste.

Eh oui, la Hongrie a pu tester, en vraie grandeur, le communisme joyeux tant vanté par les amusants clowns qu’on trouve assez facilement sur la blogosphère et dans les journaux de nos jours. Et apparemment, Jakab Andor n’a pas trouvé ça très très cool ; le hardcore socialisme, pour Jakab, c’était méchamment antisocial. En tout cas, pas suffisamment pour en redemander, et assez pour s’en servir comme excuse de dire des choses qui choquent les bisounours européens.

(Au passage, je vous encourage à lire sa description de la version über-sociale du socialisme réel et palpable qui fut mis en place. C’est toujours bon de se rappeler ce que ça fut là-bas, et ce que ce sera bientôt chez nous. Ça motive les plus malins à fuir et laisser le merdier se décanter, si vous voulez mon avis.)

L’analyse qu’il tire de son propre vécu du socialisme appliqué est que, en somme, le Socialisme favorise la survie du plus corrompu, au lieu du plus adapté, en se basant sur l’idée de protection : il prétend protéger le faible de la même façon que la mafia « protège » le faible. Les socialistes créent un beau bordel, notamment là où il y a des socialistes nationalistes. Tout comme ces nervis de cinéma, baraqués, chauves, au cou épais, ils vous mettent mal à l’aise, avec comme un besoin de cette protection que, justement, ils vous offrent pour une partie « raisonnable » de votre salaire. Ils vous garantissent une bonne santé (et refuser n’est pas une option). Et au plus les gens ont besoin d’être protégés, au plus il faut lever des taxes et des impôts pour assurer cette protection.

Bien sûr, là encore, toute ressemblance avec un pays que je prétends foutu depuis quelques temps est parfaitement fortuite.

Et pour faire bonne mesure, je vous encourage à aller voir vous-même la solution qu’il propose pour se sortir du problème hongrois. Solution qui, soit-dit en passant, pourrait fort bien tirer la France de son ornière et qui ne sera donc jamais appliquée.

(Eh oui : ce pays est foutu.)

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