Les dirigeants de l’Eurozone prédisent une récession: à qui la faute?

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Si l’eurozone fait face à des temps si difficiles, c’est car ses dirigeants gardent la monnaie unique à n’importe quel prix

La raison pour laquelle l’eurozone fait face à des temps si difficiles est que ses dirigeants ont décidé de garder la monnaie unique à n’importe quel prix.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume-Uni

L'euro compresse ses économies constituantes

Vous souvenez-vous de cette scène des Simpsons où Homer, Roi de Springfield Mardi Gras, roule  en pente descendante dans un char hors de contrôle et ordonne à ses « sujets » de se jeter au-devant des roues afin de freiner sa descente ? Eh bien, c’est plus ou moins l’attitude que les dirigeants de l’eurozone demandent à leurs citoyens.

Notez le ton d’auto-apitoiement de leurs vœux de Nouvel An. Alors que David Cameron attaquait avec une note patriotique et optimiste, les chants des palais et des chancelleries d’Europe ressemblaient à une lamentation monacale. Nicolas Sarkozy a appelé au stoïcisme face à la plus grave crise économique depuis la guerre. Angela Merkel a déclaré que 2012 serait « sans aucun doute bien pire que 2011 ». Mariano Rajoy a annoncé la fin du jour férié de milieu de semaine, expliquant à ses citoyens qu’« il n’est plus temps de faire la fiesta ».

De telles annonces amènent des questions. La raison pour laquelle l’eurozone fait face à des temps si difficiles est que ses dirigeants ont décidé de garder la monnaie unique à n’importe quel prix. La prochaine récession ne tombe pas du ciel. Elle est la conséquence des politiques menées par Merkozy, Monti, Barroso et le reste.

Ils le nient bien sûr. En ce qui les concerne, il y a une crise de la dette, pas de l’euro. Les Lettons et les Hongrois, démontrent-ils, ont gardé leur monnaie et en souffrent autant. C’est vrai, mais c’est botter en touche. Dieu sait que les gouvernements européens ont trop emprunté. Il n’empêche que c’est la monnaie unique qui a transformé ce qui était un problème maitrisable en une véritable catastrophe.

Si la Grèce avait gardé la Drachme, elle ne se serait jamais embourbée dans la situation qu’elle connait aujourd’hui: les marchés seraient intervenus et auraient apporté des mesures de correction il y a des années. C’est cette ridicule idée que les dettes de l’Allemagne et de la Grèce étaient interchangeables qui a alimenté le boom artificiel et qui a rendu inévitable l’effondrement qui s’en est suivi. Mais même maintenant, Lucas Papademos, l’Eurocrate qui dirige la junte imposée de Bruxelles le gouvernement national d’Athène s’explique ainsi : « Nous devons continuer nos efforts avec fermeté, pour rester dans l’euro, et pour être sûrs que nous ne gaspillerons pas nos sacrifices et que nous ne transformerons pas la crise en une faillite désastreuse et incontrôlable. » Une « faillite désastreuse », Lucas ? Comparée à ce que vous avez aujourd’hui, vous voulez dire… ?

Le cas de l’Irlande est encore plus évident. Contrairement à la Grèce – et pour ce que ça vaut, contrairement au  Royaume-Uni – elle détenait un surplus relativement sain qui est allé directement dans la crise des crédits. Celui-ci s’est effondré non pas à cause de la politique fiscale mais à cause de la politique monétaire. La BCE a imposé des taux d’intérêts à l’eurozone dans son ensemble. Alors que sa politique était sans doute trop laxiste, même pour l’Allemagne et ses économies satellites, elle était désastreusement pro-cyclique pour l’Irlande et les autres États périphériques. Entre 1998 et 2007, alors que l’économie irlandaise surchauffait, les taux d’intérêt réels étaient à –1%.  Tout économiste irlandais pouvait faire le constat du problème, mais aussi longtemps que l’Irlande restait dans l’union monétaire, il n’y avait aucune possibilité d’en réchapper.

Depuis le crash, l’Irlande a également dû se résoudre à une dévaluation compétitive de 20% à l’égard de son principal partenaire commercial, le Royaume-Uni. Et, comme si cela ne suffisait pas, elle a dû emprunter en plus des centaines de millions  pour financer les plans de sauvetage du Portugal et de la Grèce. Pourtant, malgré toutes ces preuves, José Manuel Durrão Barroso a insisté en estimant que l’Irlande était entièrement responsable de son propre malheur et que l’euro était la solution, non le problème. (voir ici)

Mon but n’est pas de vous dire : « Je vous l’avais dit » – même si effectivement, « Je vous l’avais dit ». Mon but est plutôt de démontrer que les élites Bruxelloises refusent d’apprendre de leurs erreurs. Ils appliquent toujours la même politique qui a conduit l’Europe dans le pétrin où elle en est aujourd’hui, mais en l’intensifiant. S’ils s’étaient préparés à un dégroupage bien ordonné de l’euro il y a trois ans, le gros des problèmes aurait pu être évité. Aujourd’hui, il n’y a plus de solution facile, mais une restauration d’au moins quelques monnaies nationales est manifestement la moins mauvaise option. En refusant de l’admettre, les dirigeants de l’eurozone affichent un effrayant mépris pour le bien-être matériel de leurs électeurs.

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Article repris depuis The Telegraph avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Traduction : Virginie Ngo