Comment être un dictateur

Augmentez les taxes. C’est beaucoup mieux de décider qui obtient à manger que de laisser les gens se nourrir eux-mêmes

Alastair Smith est professeur de sciences politiques à la New York University. Récipiendaire de trois bourses de la Fondation nationale des sciences et auteur de trois livres, il a été choisi comme lauréat 2005 du Prix Karl Deutsch, donné tous les deux ans au meilleur chercheur en relations internationales de moins de 40 ans.

À l’occasion de la publication de The Dictator’s Handbook: How Bad Behaviour is Almost Always Good Politics (2011) dont il est co-auteur, il s’est entretenu avec le magazine The Economist. Extrait choisi :

Il est pratiquement impossible de trouver un exemple où les dirigeants politiques n’agissent pas dans leur propre intérêt. Si vous êtes en démocratie, vous changez le découpage électoral. Cela réduit considérablement le nombre de votes qu’un président a besoin de gagner lors d’une élection. Puis vous augmentez très fortement les taxes. C’est beaucoup mieux de décider qui obtient à manger que de laisser les gens se nourrir eux-mêmes. Si vous avez un bas niveau de taxation, les gens travailleront plus mais le fruit de leur travail viendra d’eux-mêmes, il ne viendra pas à travers vous. Or, quand vous êtes un leader politique, tout doit venir de vous.

Regardez les subventions agricoles en Afrique. Le gouvernement achète les récoltes à un prix inférieur au marché aux agriculteurs. Les agriculteurs n’ont pas le choix : c’est une sorte de taxe sur les agriculteurs. Mais le gouvernement récompense aussi les agriculteurs : il subventionne les engrais. Ce qu’il prend d’une main, il le redonne de l’autre. En Tanzanie, les subventions d’engrais sont distribuées dans les circonscriptions loyales au parti au pouvoir, pas à celles qui en ont le plus besoin.

Il y a une limite : si vous augmentez trop les taxes, les gens cessent de travailler. C’est le grand débat aux États-Unis. Les républicains disent que les démocrates ont trop augmenté les impôts. Mais quand ils étaient au pouvoir il y a cinq ans, les républicains n’avaient aucun problème avec les impôts et les dépenses publiques puisque cela leur permettait de taxer la population (dont les démocrates) et de redistribuer cet argent à leurs amis républicains.